LexCy(que)

On / l’on



Cy Jung — LexCy(que) : On / l'on

Ma phrase [*] : C’est complexe, en effet, mais on se comprend.

Mes Feuillets ont pour sujet principal « on », qui représente l’âme, l’esprit, une personne, toutes les personnes… Allez savoir ! Cette écriture en « on » me place dans une position intéressante du point de vue de l’écriture. Le « on » est à la fois narrateur (narratrice puisque j’accorde les participes passés et les adjectifs au féminin), presque « je », mais également personnage extérieur au « je », « nous », en quelque sorte, parfois tout le monde… Ce n’est pas si facile à décrypter. Je suis écrivaine, pas analyste littéraire.
Ceci étant, je me régale et cet article du LexCy(que) me donne l’occasion de valoriser ce choix d’écriture en « on » à travers une question récurrente : quand dois-je écrire « l’on » à la place de « on » ? Et quelle est donc cette forme-ci ?

Dans l’exemple que je prends ici (il y en a de centaines d’autres dans mon texte), Antidote ne me propose pas « mais l’on se comprend ». Et pourtant, j’ai envie de l’écrire ainsi, sans raison particulière, spontanément. Ai-je raison ?

La forme « l’on » est la « forme euphonique » de « on », dit Antidote, qui définit l’euphonie comme l’« Harmonie des sons qui se succèdent à l’intérieur d’un mot ou d’une phrase. » Les « formes euphoniques » sont donc ces formes où l’on modifie la forme originale pour que le son soit plus « agréable ». Antidote précise ainsi « Dans la question Viendra-t-elle ?, le t est dit euphonique. »
Il en est donc ainsi de ce « l’ » qui précède « on ». Mais quand le met-on ? Antidoe consacre un article de sa grammaire à ce point. Je le résume, en cherchant des exemples dans mes Feuillets.
* « L’on » ne s’emploie jamais quand « on précède un mot qui commence par l » : « La Bible réclame la part de Dieu, les merguez de la moutarde et l’oreiller qu’on lui regonfle les plumes. » (« V04-8 février 2012 ».)
* « L’on » ne s’emploie pas non plus derrière le pronom « dont » : « On pourrait établir la liste de ce que l’on aurait emporté si l’on avait pu prévoir, la liste de ce dont on aurait besoin, là. » (« V04-29 novembre 2011 ».) Vérification faite dans mon texte, je n’ai pas commis l’erreur.
* On utilise « l’on » quand il y a un « hiatus », soit quand se rencontrent « deux voyelles appartenant à des syllabes différentes ». Antidote précise que « et, ou, où, qui, quoi et si » invitent le plus souvent au « l’on » : « Encore faudrait-il que l’on sache si l’on peut toujours voter. » (« V04-8 décembre 2011 ».)
* On utilise enfin « l’on » « après que, si la syllabe qui suit est con- », pour éviter la sonorité con-con. Dans mon exemple qui précède, j’aurais donc dû écrire « qu’on sache » et non « que l’on sache »… Cela m’embête ; je préfère la sonorité « que l’on ». Est-ce vraiment une faute de le laisser ?

Un autre article d’Antidote revient sur l’origine de ce « l’on » : « Le l apostrophe de l’on n’est pas à l’origine une consonne euphonique, mais l’article défini : l’on était synonyme de l’homme en général. » Cela va très très bien à l’usage que j’en fais dans mes Feuillets ! Je poursuis ma lecture.
Après un rappel des règles que je viens d’évoquer, Antidote conclut : « Plusieurs auteurs utilisent l’on dans d’autres contextes, des contextes où l’euphonie n’est pas en cause, notamment en début de phrase : L’on ne saurait mieux dire. Ces emplois, qui se rencontrent surtout dans un style recherché, littéraire ou archaïque, pourront sembler affectés selon le contexte. C’est une affaire de jugement et de bon goût. »
Puis-je donc faire ce que je veux ? Cela m’arrange même si, pour le coup, ce va être à moi d’harmoniser mes usages, ce qui n’est jamais si facile.

Je fais un petit détour par Grevisse avant de conclure.
Dans son paragraphe « Observations diverses sur on » [§754] je découvre une chose qui ne m’arrange pas sur le pronom associé à « on » ; j’y consacrerai un prochain article de ce LexCy(que). Hormis cela, Grevisse énonce à peu près les mêmes règles qu’Antidote, mais en moins autoritaire, considérant une certaine « liberté » chez les auteurs. Il note néanmoins l’usage régulier du « l’ » après une « consonne phonétique » : « On maintient comme l’on peut la tête hors de l’eau. » (« V04-9 février 2012 »). Mais j’ai écrit aussi « On est libre désormais de le rompre, si l’on veut, comme on veut. » (« V04-24 décembre 2011 »). Je corrige en « l’on », je préfère.

Et je conclus… Que je laisse pour l’instant ma phrase d’exemple telle quelle, que je vais tâcher de m’en tenir aux règles énoncées ici, et rester libre pour le reste tout en me forgeant une jurisprudence. N’est-ce pas cela la maîtrise de l’écriture ? Cela y ressemble !

Note : J’apprends au passage de l’article du Grevisse que « Les grammairiens exigent que on soit répété devant les verbes coordonnés. ». Cela signifie que l’on ne fera pas l’élision du sujet dans une phrase de type « On va pêcher la lettre d’amour dans la cachette et on la déchire, sans regrets, sans remords. » (« V04-10 février 2012 ».)

Un article sur l’accord de « on, nous, vous » avec le participe passé est disponible ici.


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[*Phrase extraite de « V-04 1er décembre 2011 », Les Feuillets de Cy Jung.


Information publiée le jeudi 23 février 2012.

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