LexCy(que)

Avoir être convenu de



Cy Jung — LexCy(que) : Avoir être convenu de

Mail d’Alex : Faut-il dire « Nous avions convenu d’un rendez-vous au pied des marches de l’Opéra. » ou (comme le pense Isabelle) « Nous étions convenues d’un rendez-vous au pied des marches de l’Opéra. » ?

Quand Alex m’a posé cette question, je n’avais aucune idée de la réponse et un premier détour par Antidote m’a convaincue d’en faire un article de ce LexCy(que) plutôt que de lui faire une simple réponse par mail.
Antidote, en effet distingue d’emblée :
1) « convenir à » et « convenir que », transitifs indirects, qui se conjuguent avec l’auxiliaire « avoir », considérant que « se convenir » (pronominal) lui utilise l’auxiliaire « être » ;
2) « convenir de », toujours transitif indirect, qui se conjugue avec l’auxiliaire « avoir » ou « être », dans le sens de « tomber d’accord », l’auxiliaire « être » étant réservé à un « usage soutenu » ;
3) et « convenir » « intransitif » qui se conjugue uniquement avec l’auxiliaire « être », dans un sens de « se mettre d’accord », ou de « comparaître ensemble » (droit).
Alex et Isabelle auraient donc toutes les deux raison, puisque nous sommes dans le cas (2) mais cela me semble mériter un petit tour de mes dictionnaires afin de bien fixer les usages et les sens. C’est le genre d’étude qui permet de faire de belles découvertes.

Je commence par le XMLittré qui distingue la conjugaison avec « être » ou « avoir » sur des questions de sens, « convenir de » étant conjugué avec « être » ; « convenir à » avec « avoir ».
Je vous laisse aller regarder les différents sens et usages (le XMLittré est en accès libre) mais dois néanmoins indiquer que, pour ce dictionnaire, « convenir d’un rendez-vous » se conjugue avec « être ». Ce n’est d’ailleurs pas contraire à ce que dit Antidote, considérant que ces deux dictionnaires ont près d’un siècle et demi d’écart. Les usages du Littré peuvent donc être considérés comme « soutenus », la langue s’étant depuis, forcément, transformée.

Le Grand Robert pose d’emblée « convenir de » comme se conjuguant avec l’auxiliaire « être », usage « littéraire », dit-il, ou « avoir ».
L’ordre même avec lequel il donne ces auxiliaires (ordre inverse de celui d’Antidote) permet de faire le lien entre les anciens et les modernes, le Littré et Antidote. Il pose l’usage « historique » mais ensuite, dans ses exemples, force est de constater que l’auxiliaire « avoir » est majoritairement utilisé (à l’exception des citations, bien sûr). Et dans la partie de la définition consacrée aux « sujets pluriels » qui donnent le sens de « faire un accord, s’accorder sur » (un rendez-vous, par exemple), la conjugaison avec « être » est posée comme seconde et considérée comme « littéraire ou vieillie ». Et de conclure, dans une remarque spécifique : « Bien que la règle traditionnelle demande l’auxiliaire être avec convenir dans les sens 1 et 2 (cf. Académie, 8e éd., et Littré), de nombreux auteurs emploient l’auxiliaire avoir (cf. Grévisse ; Hanse, art. Convenir ; Littré, in Suppl., cite J.-J. Rousseau). »

Je m’en vais donc voir ce qu’en dit justement le Grevisse.
Je trouve la réponse à ma question dans l’article « Observations diverses sur les auxiliaires » [§814] ; l’usage sur l’auxiliaire est discuté dans les mêmes termes que ceux que je viens d’évoquer. Dans le sens de « être approprié, plaire », « avoir » s’impose. Dans les sens de « reconnaître la vérité de, admettre » ou « tomber d’accord, faire avec qqn un accord », les deux auxiliaires sont utilisés, « avoir » dans une forme plus moderne que « être » qui demeure l’auxiliaire historique.

Reste à savoir pourquoi cette évolution a eu lieu, sans quoi cette enquête lexicale serait inachevée. Le Dictionnaire historique de la langue française (Robert), s’il constate les « nombreuses entorses » à l’usage de « être », « même à l’écrit » n’en donne pas la cause. Dommage. Si vous avez une piste, dites-moi.
En attendant de savoir, je conclurai cet article en disant que… Je ne sais pas trop. D’une manière générale, j’aime bien les archaïsmes et les usages anciens. Je serais donc plutôt versée à utiliser l’auxiliaire « être », à l’instar d’Isabelle. Mais comme avant qu’Alex ne me pose la question, j’aurais spontanément utilisé « avoir »… Et je ne trouve pas dans mes textes un exemple qui dirait dans quel sens j’aurais pu déjà trancher.
Nouveau suspens ? Exactement.

Note : Vous trouverez un bon récapitulatif ici.

Information publiée le dimanche 8 avril 2012.

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