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Ravoir à se rasseoir



Cy Jung — Lex(Cy)que : Ravoir à se rasseoir

Texto d’Isabelle : « Réavoir » ou « ravoir » ?

Voilà le type même de question qui m’amène à me gratter la tête. A priori, je dirais « ravoir » mais Isabelle aime bien les formulations classées par nos dictionnaires modernes dans la rubrique des archaïsmes… Alors ? Une recherche rapide dans Antidote me donne la réponse. J’envoie un texto à Isabelle pour lui dire qu’il s’agit également de « rasseoir »… Elle me remercie aussitôt en me disant que sa question portait sur « ravoir ». Quelle chipoteuse !
Antidote me confirme qu’il s’agit bien de « ravoir » et je m’interroge aussitôt sur la formation de ces verbes à partir d’autres verbes auquel on ajoute « r », « re » ou «  » pour marquer la répétition. Existe-t-il des règles de formation ?

La première idée qui me vient c’est que l’on doit peut-être à la juxtaposition de deux voyelles (ici « e » et « a ») l’élision du « e ».
L’hypothèse ne tient pas dix secondes, puisque le Grand Robert m’indique aussitôt que l’on « réaccélère », que l’on « réinjecte », que l’on « réorganise » ou que l’on « réunifie ». Il en profite pour m’indiquer qu’une telle formation ne se limite pas aux verbes mais s’applique aussi aux « dérivés de verbe (noms d’action), produit des verbes, des substantifs et des adjectifs verbaux ». Il précise également que ce préfixe indique certes la répétition, mais aussi « Le fait de ramener en arrière : rabattre (…) », « Le retour à un état antérieur : ramener (…) » et « Le renforcement, l’achèvement : réunir (…) ».
Voilà qui est établi mais qui ne me dit pas comment se forment ces mots et s’il y a moyen de savoir, autrement que par mémorisation, s’il existe des règles sur leur formation avec « r », « re » ou «  ».

Dans son article consacré aux « Principaux préfixes » [§173], Grevisse s’oriente dans un premier temps vers une opposition entre « formes populaires » et « formes savantes », la première privilégiant l’élision du « é » ou du « e » devant une voyelle, la seconde ne pratiquant pas l’élision. Et devant une consonne, la première privilégie le « re » là où la seconde préfère le « ré » (à l’instar des mots empruntés au latin).
Je comprends que ce distinguo serait intervenu au moment de la formation de ces mots, aujourd’hui fixés dans leur composition. Face aux exemples donnés, je demeure infichue de comprendre pourquoi tel mot serait de « forme populaire » ou de « forme savante » mais j’imagine que d’aucuns savent les distinguer…
Je continue la lecture de ce paragraphe du Grevisse et très vite, perds pied. Exemple, contre-exemples. Mode de formation. Contre-mode de formation. Et les cas particuliers s’accumulent !

Et j’en conclus… que mieux vaut consulter un bon dictionnaire à chaque fois que l’on utilise un mot à préfixe « r », « re » ou «  » ; c’est le moyen le plus sûr de ne pas se tromper.

Note : Le verbe « ravoir » ne se conjugue qu’à l’infinitif, selon Grevisse. Antidote le conjugue pourtant «  en Belgique », précise-t-il, dans le sens « se ressaisir » ou d’« avoir sa revanche (sur qqn) », au futur (« je raurai », « tu rauras », etc.) et au conditionnel présent (« je raurais », « tu raurais », etc.) Voilà un verbe qui a échappé à mon article sur les « Verbes défectifs » et que j’ajoute aussitôt.
Quant à la conjugaison de « rasseoir », on « se rassoit » (sans « e ») ou l’on se « rassied » selon que l’on préfère une langue moins ou plus soutenue. Les guides de conjugaison vous diront le reste.

Information publiée le mercredi 23 mai 2012.

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