D’un jour à l’autre

Et il sort quand, ton prochain roman ?



Cy Jung — [D'un jour à l'autre] Et il sort quand, ton prochain roman (...)

Quand on interroge un écrivain sur sa vie professionnelle, cela commence très souvent ainsi :
— Tu es sur un roman ?
— Oui, plusieurs.
— C’est chouette ! Et il sort quand ?
Misère ! Et embarras.
— C’est que je n’ai plus d’éditeur
Voilà une phrase qui casse aussitôt l’ambiance. Comment est-ce possible ? Un auteur sans éditeur ? Cela ne peut pas exister. Ne suffit-il pas qu’un texte soit écrit pour qu’il se transforme en livre et soit mis en vente ?
Non, il ne suffit pas et la crise n’est pas seule en cause. La baisse des ventes de livre, bien sûr, fragilise le secteur de l’édition et de la librairie mais, fort étrangement, ce sont les auteurs qui sont les premières victimes des aléas économiques. On pourrait croire qu’au contraire, la chaîne du livre prendrait soin des écrivains car, faute de textes, point de livres. Eh bien non. Il en est des auteurs comme des producteurs de fruits et légumes : ils ne décident ni du cours de leurs produits, ni des réseaux de transformation et de distribution et, quand le consommateur trouve le livre ou le kilo de pommes un peu chers, l’auteur et le producteur, eux, n’en touchent pas plus et parfois moins.
L’avantage d’un livre est certes qu’il est moins périssable que ces fruits qui finissent en décharge. L’auteur peut donc les stocker à l’envi en attendant une opportunité de publier, de préférence dans des conditions littéraires et financières acceptables (ce qui n’est que très peu souvent le cas). J’ai ainsi dans mon ordinateur Ce una poulette, un manuscrit de neuf cents pages qui fait suite à Once upon a poulette et à Es ist eine poulette, Je ne saurai jamais si elle était jolie, le troisième volet de ma trilogie sur le désir et l’amour entamé avec Mathilde, je l’ai rencontrée dans un train suivi de Un roman d’amour, enfin, Quartier rose, un roman rose où l’homosexualité se révèle, Retour d’amour, un court manuscrit qui rassemble vingt-deux lettres de rupture, Les chaussettes de Nathalie, une série d’histoires courtes pour très jeunes lecteurs, mes Feuillets, que je publie en ligne au fur et à mesure de mon travail…
— La voilà la solution ! Tu t’autoédites !
J’ai toujours pensé que mes textes gagnent énormément au travail d’écriture guidé par un éditeur et, même si aujourd’hui je peux m’appuyer sur mon savoir-écrire, il n’est pas question pour moi de m’autoéditer. Je m’en suis expliqué dans le mode d’emploi de mes Feuillets, je vous y renvoie.
À ce stade de la discussion, une autre remarque m’est souvent faite.
— Tu n’as qu’à faire des trucs moins lesbiens, ça marcherait !
Je passe sur le peu de considération pour la création à thématique LGBT qu’une telle appréciation révèle et préfère arguer qu’au contraire, si mes romans avaient eu une thématique hétérocentrée, ils ne seraient aujourd’hui plus disponibles. Car l’avantage majeur d’être publiée par des maisons d’édition LGBT c’est bien qu’elles assurent la pérennité de leur catalogue, même si au fil des ans, les ventes s’amenuisent. Inversement, elles souffrent d’un trop faible réseau de distribution et baisser le prix des livres a fait la preuve que là n’est pas non plus la solution. Bien au contraire…
Ici, mes interlocuteurs commencent à perdre pied, tristes à l’idée qu’il n’y aurait pas de solution et que mes romans en cours d’écriture ne trouvent jamais de débouchés.
— Mais tu écris quand même ?
Oui, j’écris quand même. Et j’espère bien toujours écrire. J’ignore quand je publierai de nouveau et j’ai gagné 814 euros en produit direct de mon travail d’écriture en 2111. Mais j’écris, au moins cinq jours sur sept, le matin, après une séance de sport et un bon café. J’écris parce que je suis écrivaine. J’ai, à ce jour, publié six nouvelles et onze livres. Je viens de fêter mes 49 ans et je trouve cela pas si mal. J’écris et mange mon pain noir avec appétit. Et si vous trouvez que vraiment il faudrait que mes textes en cours soient publiés et que vous disposez d’une solution, n’hésitez pas à me contacter ; j’étudie toute proposition respectueuse de mon travail.
Bel été à vous toutes et tous !

Cy Jung, 20 juin 2012.

Note : Cet édito a fait l’objet d’un article sur le site Alu, le 9 septembre 2012. Pour en savoir plus, c’est ici.

Lire les éditos précédents.

Information publiée le mercredi 20 juin 2012.

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