LexCy(que)

Faute à / de



Cy Jung — LexCy(que) : Faute à / de

Ma phrase [*] : C’est la faute à la professeure de piscine : c’est elle qui veut que l’on y mette les jambes.

Je me demande si c’est « la faute à » ou si c’est « la faute de ».

Pour une fois, je me tourne d’emblée vers le Grand Robert en ligne, certes un peu cher, mais vraiment très agréable à utiliser. J’y trouve d’abord l’expression « C’est de sa faute », avec cette remarque : « Quoique condamnée par certains puristes, cette tournure est entrée dans la langue littéraire depuis le XIXe s. (…) » Je ne comprends pas en quoi la formule serait « condamnable »… mais ce n’est pas mon sujet.
Un peu plus loin, je trouve une autre remarque à propos de « par la faute de » : « Dans ces expressions, le nom complément déterminatif de faute est introduit par de ». J’en profite pour garder cette jolie citation du Médecin malgré lui (Molière, lIII, 1) : « Les bévues ne sont point pour nous ; et c’est toujours la faute de celui qui meurt. »

Plus loin encore, je trouve enfin ce que je cherche. Le Grand Robert propose « la faute à » comme construction « populaire » avec ce fameux refrain de Gavroche (Victor Hugo, Les Misérables, V, I, XV.) : « On est laid à Nanterre, C’est la faute à Voltaire, Et bête à Palaiseau, C’est la faute à Rousseau. »
J’en profite pour me tourner vers Grevisse afin d’évaluer le « populaire » en question. J’en trouve confirmation dans un article sur la « Construction du complément de relation » [§352]. Mais qu’est-ce donc que cela ? Antidote m’éclaire : « Le complément établit avec le nom dont il dépend divers types de relations, en particulier la possession et l’appartenance. La majorité des compléments de relation sont introduits par la préposition de. » Dont acte.

Je reviens sur Grevisse. Il indique que ce complément de relation peut être introduit par « à » dans de nombreux cas :
* Quand il est suivi d’un pronom personnel. Ex : « Par contre, pour sa mort à elle, le moyen demeure essentiel. » [*]
* Pour renforcer un possessif. Mon exemple précédent vaut également.
* Dans des expressions figées. Je n’en vois aucune citée par Grevisse que j’aurais utilisée dans l’un de mes romans… Pour exemple, « la bête à bon Dieu », ou « la bande à Bonnot ».
* Dans un usage populaire. Grevisse indique que ces usages sont rares à l’écrit, sauf volonté exprès de l’auteur, comme Hugo avec Gavroche. Il s’en ensuit une longue discussion de laquelle je retiens qu’il appartient à l’auteur de décider s’il tient à une inflexion « familière » ou « populaire » de sa construction.

Retour à la case départ. Il m’appartient de choisir.
Le ton est plus « enfantin » que « populaire » mais il semble que cela puisse justifier que je garde ma construction en « faute à ». Pourtant, je vais revenir à « faute de », car cette inflexion n’est pas suffisamment nécessaire pour que je garde ce « à » qui passe mal à l’écrit.
Ainsi, ma phrase devient : C’est la faute de la professeure de piscine : c’est elle qui veut que l’on y mette les jambes.


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[*Phrase extraite de Je ne saurai jamais si elle était jolie, manuscrit, V-07, juillet 2012.

[*Je ne saurai jamais si elle était jolie, manuscrit, V-07, juillet 2012.


Information publiée le samedi 8 septembre 2012.

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