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Incipit et explicit



Cy Jung — LexCy(que) : Incipit et explicit

Ma phrase [*] : Cela s’appelle des « explicits » ; le terme est peu usité mais, après vérification, il semble que cela soit le bon.

J’ai animé à l’été 2013 un atelier d’écriture et un jeu textuel au Centre LGBT Paris-IDF. Pour le premier (ici), nous avons travaillé à partir des premières phrases de seize romans homosexuels par leur auteur ou sujet. Il s’appelait donc fort naturellement « À la recherche des incipit oubliés » (« incipit », mot latin, est invariable). Pour le second (la), j’ai voulu prendre le parti inverse et travailler à partir de la dernière phrase des dix nouvelles de Dix ans, ça se fête ! recueil de nouvelles parfaites pour un « Lendemain d’anniversaire », titre choisi pour ce jeu textuel. Et là, les choses se sont corsées…

Je n’ai pas trouvé, ni dans Antidote, ni dans Le Grand Robert de contraire à « incipit ». Le TLF, lui, propose en antonyme « explicit » (avec un « l » donc) dans son article sur « incipit » et propose un article « explicit » (variable) défini comme « Mot qui indique qu’un ouvrage est terminé » et indique qu’il s’agit de la substantivation de « explicit liber (féliciter) » que l’on trouvait en fin de certains ouvrages du Moyen-Âge. Il est question également d’une formation sur « finir », « terminer, achever ». Mais j’avoue que les affaires étymologiques me passent un peu au-dessus de la tête.
Ce qui me surprend, c’est que je ne trouve le mot ni dans Antidote, ni dans Robert. Il est dans le Wikitionnaire, avec « excipit » (sans le « l » donc) indiqué comme néologisme. Je n’ai guère foi en ce wiki et poursuis mes recherches à la médiathèque Marguerite Yourcenar. Le Dictionnaire historique de la langue française (Robert) l’indique dans au paragraphe consacré aux dérivés de l’adjectif « explicite ». Les explications sur la formation ressemblent à celles du TLF. Je ne comprends pas tout, tant les développements sur l’historique de la langue correspondent à des codes qui me sont étrangers. Ceci étant, je retiens que c’est un nom masculin (je suppose donc variable) défini comme « terme de paléographie (qui) indique qu’un ouvrage est terminé. »
« Paléographie » ? « Science des écritures anciennes », dit le Dixel. J’ai encore appris un mot. Reste à savoir comment « explicit » s’emploie. Puis-je désigner avec ce terme les dernières phrases des nouvelles sur lesquelles nous allons travailler ?

Je m’en retourne vers un nouveau dictionnaire que je veux tester. Le Dictionnaire culturel de la langue française, du même auteur que le Dictionnaire historique, chez Robert. Perdu ! Le mot n’y est pas. J’ai repéré deux autres références de dictionnaires historiques dans la liste que m’a fournie mon bibliothécaire préféré (quand je vous dis qu’ils sont bien, dans cette médiathèque !) le Dictionnaire du français classique, Robert, ne dit rien de mon exemple, celui du moyen français non plus. Je retire le premier de ma liste, le second pouvant toujours servir si je relis un jour Montaigne (ah ! Montaigne… « Parce que c’était elle, parce que c’était moy »… Je m’égare…).

Il est temps de clore cet article sur les « explicits ». J’adopte le mot, sans être totalement convaincue de son usage, prête donc à affronter un puriste qui viendrait me dire le fin mot de l’histoire. À vos dictionnaires !


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[*Phrase extraite de « Jeu textuel — Lendemain d’anniversaire », compte rendu du 3 septembre 2013.


Information publiée le mardi 10 septembre 2013.

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