[e-criture]

[#10] Le couple qui ne se parle pas (V-01)



Cy Jung — Le couple qui ne se parle pas (V-01)

[Le prétexte]
Le TGV s’arrête à Valence. Elle, pantalon grège, très élégante, arrive la première à leur place. Elle dépose deux housses de vêtements floquées au logo d’une marque de luxe dans le porte-bagages. Il arrive ensuite, avec une valise grège également, pantalon, veste, chemise assortis. En quelques instants, ils sont installés côte à côte chacun avec un MacBook Air. Ils n’ont pas dit un mot.
Le temps passe. Il va chercher une bière, puis un paquet de biscuits.
— Tu en veux ?
C’est la seule phrase qu’il prononcera de tout le voyage jusqu’à Paris. Et elle ? Je n’ai rien entendu.


Petit rappel liminaire

Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.



[La nouvelle]
Clotilde regarde sa montre. Elle sourit. Anita sera là dans moins de trois minutes. Sauf problème dans les transports, elle rentre toujours pile à la même heure. Clotilde n’a pas reçu de texto d’alerte. Elle peut donc se préparer. Sa douche est prise. Ses cheveux et son pubis sont peignés, son nez poudré. Le frêle déshabillé qui la couvre s’entrebâille déjà sur sa peau enduite de lait d’amande. Ses ongles sont coupés et limés. Son sourire s’agrandit. Le moteur de l’ascenseur ronronne. Il sera bientôt suivi d’un pas sur le palier, d’une clé dans la serrure. Clotilde se redresse dans le canapé. D’un œil averti, elle vérifie que tout y est : la bouteille d’eau à bulles, les verres à pied, quelques friandises salées et sucrées, la mallette aux mille trésors. Tout y est.
Clotilde caresse l’accoudoir. La clé déverrouille la porte. Anita entre. Elle se défait de son manteau, pose son sac, s’approche. Elle prend un verre. Elle le remplit, humecte ses lèvres puis se tourne vers Clotilde. Le déshabillé tombe. Les seins pointent. Anita prend un tétin entre deux doigts. Elle pince. Clotilde couine. Anita l’attire contre elle. Un long baiser scelle leurs retrouvailles avant qu’Anita ne tende sa main vers la mallette et ne l’ouvre. Sans avoir besoin de regarder, elle en tire une petite cravache, à peine plus longue que le bras. Le cuir court comme une caresse sur les reins de Clotilde. Anita s’écarte un peu.
— Tu en veux ?
C’est la seule phrase qu’elle prononcera jusqu’à extinction du feu. Et Clotilde ? Sa bouche était trop occupée à souffler sur les braises.

Latifa ne sait pas dans quelle position se mettre. Elle aimerait bien que Sylvaine arrive à se faire rejoindre son index droit et ses index et majeur de la main gauche mais il semble que le corps n’y puisse pas. La chair, elle, est plus friable. Mais le corps… Ce n’est pas le moment de penser à ça ! L’index ne bouge plus ; il ne peut de toute façon pas tant le sphincter veut absolument le sentir là, l’épouser, le retenir. Quant aux deux autres doigts, Sylvaine les manie avec force et douceur, guettant les sursauts de Latifa, venant à leur rencontre puis les accompagnant d’une poussée supplémentaire. Et sa langue ? Que fait-elle sa langue ? De temps en temps, Latifa la sent s’aplatir sur ses nymphes, dispersant ça et là la salive nécessaire. À chaque fois, elle a envie de crier. Elle n’en fait rien. Elle se cambre et croise alors le regard de Sylvaine, encore plus efficace que toutes ses caresses pour attiser son désir. Son désir… Désir… Et le plaisir qui s’en ensuit.
Là. Elle y est. D’un magistral coup de reins, elle s’assoit, expulsant les doigts de son vagin et la langue de sa vulve, ouvrant ses bras pour que Sylvaine l’y rejoigne. Elle y vient, retirant doucement, tout doucement, son index puis l’étreint. Latifa pose sa tête dans le creux de son épaule. Son corps tremble encore, par à-coups, puis s’apaise. Son souffle suit le même chemin. Elle relève la tête, sourit, s’écarte un peu, ouvre grand sa main puis la referme, pouce sous les doigts.
— Tu en veux ?
C’est la seule phrase qu’elle prononcera avant la fin de l’heure qui suivit. Et Sylvaine ? Elle avait le souffle si court.

Jeanne tire la langue. Un bonbon au caramel est posé dessus. Zoé sourit. Jeanne remet sa langue dans sa bouche.
— Tu en veux ?
C’est la seule phrase qu’elle prononcera jusqu’au prochain arrêt pipi. Et Zoé ? Chut ! elle conduit.

Lisolette rajuste son chemisier, les joues rouges et l’œil brûlant. Fortunée veut toujours aller plus vite qu’elle, comme si l’on devait tout emballer en quelques minutes alors qu’elle a besoin de temps pour construire son désir et moitir sa vulve. Fortunée sourit. Elle la connaît maintenant. Elle sait qu’elle doit feindre une certaine indifférence si elle veut arriver à ses fins. Elle se lève et va préparer un thé dans la cuisine ; pendant ce temps, Liselotte imagine la suite. Fortunée a tant de langues à sa bouche, de doigts à ses mains, de peau à sa chair ! Va-t-elle agir si lentement qu’elle sera contrainte de dévoiler elle-même son sexe ou va-t-elle encore tenter de fouiller sa vulve sans prendre la peine de ne rien faire d’autre au préalable ? Entre le deux, la latitude est si grande !
Fortunée revient dans le salon, un plateau en main, deux tasses, une théière, du sucre, deux petites cuillers et des biscuits. Elle le pose sur la table et se déshabille entièrement. Liselotte écarquille les yeux. Son clitoris en fait de même. Fortunée sert le thé, s’assoit par terre, écarte les cuisses et glisse un biscuit entre ses petites lèvres.
— Tu en veux ?
C’est la seule phrase qu’elle prononcera avant que l’assiette de biscuits ne soit vide. Et Liseolotte ? Elle aime tant ce qui croque.

Dora s’interroge. Anne-Marie aimerait-elle faire l’amour avec elle ? Elle n’arrive pas à savoir. Elle s’est certes rapprochée de quelques places depuis le début de la soirée, larges sourires en prime. Mais Dora n’a aucune certitude. Une convive passe avec des canapés au saumon. Elle en mange un puis se lèche le bout des doigts, le regard lutin.
Anne-Marie se met debout. Elle se dirige droit sur elle. Dora déglutit. Anne-Marie lui tend la main, la relève puis sort un paquet de cigarettes de sa poche.
— Tu en veux ?
C’est la seule phrase que Dora entendra de la bouche d’Anne-Marie. Pourquoi ? Mais parce qu’elle ne fume pas.

Ping aime se promener nue, ou à peine habillée. Elle n’a jamais froid. Nadine, au contraire, empile les couches de vêtements, de jour comme de nuit et, même par températures caniculaires, il faut toujours qu’elle soit couverte de la tête aux pieds. Ping n’en prend pas ombrage. Elle n’a désormais pas son pareil pour glisser ses mains par delà les tissus les plus ajustés, passer sa tête sous les pulls, cueillir tétins et clitoris jusqu’à travers plusieurs épaisseurs. De son côté, Nadine savoure cette nudité qui s’offre à elle, souvent envieuse d’une telle désinvolture, ravie de n’avoir qu’à tendre un apex pour toucher sa cible.
Elle doit bien avouer aussi que se prêter à de longs déshabillages n’est pas pour lui déplaire. En prévision, elle a enfilé ce matin en plus d’une fine culotte de dentelle blanche et d’un soutien-gorge assorti, un caraco qui souligne sa lingerie, une veste et un pantalon de pyjama de soie, une robe de chambre avec ceinture nouée autour de la taille, un long foulard protégeant la gorge et le cou, une paire de chaussettes et des mules. Elle se regarde dans la glace. Peut-elle ajouter quelque chose ? Elle ne veut pas ressembler à un bonhomme de neige, non plus ! Elle se tourne plusieurs fois sur elle-même et aperçoit le reflet de Ping sobrement vêtue d’un gilet de laine fermé d’un seul bouton. Sylvaine lui envoie un baiser dans le miroir puis lui fait face. Ping fait sauter le bouton. Elle écarte les pans du gilet, faisant saillir ses tétins.
— Tu en veux ?
C’est la seule phrase qu’elle prononcera avant que son amante ne soit enfin nue. Et Nadine ? Elle n’avait rien à ajouter.

Farida est assise devant son ordinateur. Sa journée de travail tire à sa fin. L’heure en atteste. Ulrike passe en chantonnant dans son champ de vision. Farida lève les yeux de son écran. Ulrike la regarde d’un air qui ne trompe pas. Farida fait mine de ne rien remarquer tout en commençant à fermer une à une les applications ouvertes au cours de la journée. Elle aime les déchaînements de passion d’Ulrike. Elle la laisse se diriger vers la salle de bains, profitant de ce dernier répit pour clore sa session de travail. Ulrike revient armée d’un rasoir à main, d’une bombe de mousse à raser, d’une large serviette de toilette, d’un gant chaud et d’une bassine d’eau claire. Farida sourit. Elle s’installe dans un fauteuil du salon, prête pour le spectacle.
Ulrike tire la table basse vers le canapé, y pose ses talons et ouvre largement ses cuisses. Elle enduit d’un premier jet de mousse les parties externes de son pubis. Elle relève la tête pour s’assurer que Farida l’observe. Un sourire la rassure. Une première fois, la lame caresse sa peau, emportant avec elle quelques poils. Ulrike rince le rasoir et recommence. Les contours de son pubis, petit à petit, se dégarnissent. Dans la bassine, quelques moutons de mousse forment des îlots entourés de mille petites embarcations. Farida ne bouge toujours pas. Elle savoure. Ulrike poursuit son ouvrage. Farida se lève avant qu’il ne soit terminé. Elle sort d’un pas léger et revient avec un tube de crème hydratante.
— Tu en veux ?
C’est la seule phrase qu’elle prononcera avant que le pubis d’Ulrike ne soit glabre. Et après ? Ulrike a fait ce qu’il fallait pour que les mots soient inutiles.

April pose un petit baiser sur les lèvres de Bérénice. Elle fouille dans le grand sac qu’elle a apporté et en sort un godemiché rivé à une ceinture. Elle le passe sans retirer son pantalon. La fille assise à la table d’à côté l’aide à ajuster les sangles. April la remercie d’une petite tape sur les fesses et la dirige vers Bérénice. Elle fouille encore dans son sac pendant que Bérénice désigne le canapé à leur invitée. Elle s’y allonge par le travers. Bérénice lui retire ses godillots, son treillis, ses mis-bas, son shorty, prenant soin de plier convenablement ses vêtements et de les poser sur la table. Alors, elle s’agenouille. Elle écarquille la vulve qui s’offre à elle puis l’enduit de salive en même temps que sa langue, ses dents et ses lèvres attisent les chairs les plus friables.
Quand elle estime que l’endroit est à bonne température, elle retire sa bouche, contourne le canapé, saisit les cuisses qu’elle vient d’abandonner et les étarque, genoux bien en l’air. Elle lève les yeux. April est là, le godemiché désormais recouvert d’un préservatif et de gel. Elle sourit. Bérénice lui désigne le sexe qui luit de salive et de cyprine.
— Tu en veux ?
C’est la seule phrase qu’elle prononcera avant que le godemiché n’achève son ouvrage. Et April ? Elle était trop concentrée pour dire quoi que ce soit.

Eunice pose sur la table une corbeille d’abricots.
— Tu en veux ?
— C’est toi que je veux.
— On n’en est pas loin…
Eunice caresse les fruits du plat de la main, en les faisant rouler sous sa paume. Elle en choisit un, pas au hasard.
— Regarde bien celui-ci. Il ne te rappelle rien ?
Eunice fait glisser l’ongle de son pouce dans la crevasse qui sépare les deux globes. Camille avale sa salive.
— Montre-moi…
Eunice fourre le fruit dans sa bouche sans le croquer. Elle se lève, baisse d’un seul mouvement culotte et pantalon, les retire, contourne la table, pousse l’assiette et les couverts de Camille, s’assoit, pose ses mollets sur ses épaules, reprend le fruit dans sa bouche et l’enfouit dans son vagin.
— Eunice !
— Oui Camille…
C’est la dernière phrase qu’elle prononcera avant que la corbeille ne soit vide. Et Camille ? Chacun sait qu’il est impoli de parler la bouche pleine.



Cy Jung, 4 octobre 2013®.

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