Jeux textuels, ateliers et performances

Performance — « Écrire dans les pas de Geneviève Pastre » ; Cineffable 2013



Cy Jung — Performance — « Écrire dans les pas de Geneviève Pastre » ; (...)

Performance animée par Cy Jung.
Jeudi 31 octobre 2013 à Montreuil. 11 heures.

Cy Jung — Geneviève PastreCineffable, festival international du film lesbien et féministe de Paris, Quand les lesbiennes se font du cinéma et Cy Jung ont souhaité honorer l’écriture et l’engagement de Geneviève Pastre, décédée le 17 février 2012.
Pour cette édition 2013 de Cineffable, un scénario en trois temps a été conçu. Vous en trouverez une présentation ici.
Ci-dessous, vous trouverez un compte rendu de la performance animée par Cy Jung.

Présentation de la performance.

Cy Jung — Les mots 2Après une courte évocation de Geneviève Pastre, chaque femme présente est invitée à donner des mots (un verbe et deux noms) que leur inspire « Quand les amours lesbiennes s’embobinent. » Ces mots sont notés sur un tableau. Cy Jung indique alors qu’avec Patricia, pour Cineffable, elles ont sélectionné des phrases (ici) dans l’œuvre de Geneviève Pastre. Ces phrases vont servir d’incipit pour l’écriture en direct d’un texte de quelques lignes, en utilisant également six des mots au tableau (quatre noms, deux verbes), l’idée étant de faire le lien entre l’œuvre de Geneviève Pastre, les mots de toutes, et l’écriture de chacune.
Les textes sont ensuite lus et donnent lieu à un échange autour de l’écriture lesbienne.

Cy Jung — Les mots

Voici les mots donnés par la dizaine de participantes.

Cerise. Chair. Corps. Couleur. Danser. Donner. Drap. Drapeau. Éclair. Églantier. Étoile. Film. Gâteau. Intensité. Intimider. Livre. Maux. Obsidienne. Oiseau. Partager. Photo. Rencontrer. Ressentir. Rougir. Schiste. Se reconnaître. Train. Trouver. Vent.

Cy Jung — les textes

Voici les textes écrits par les participantes.

Est indiquée à chaque fois, entre guillemets et italiques, la phrase de Geneviève Pastre qui a servi d’incipit. Sa référence est indiquée en dessous du texte.

« Nous revînmes lentement
« Riant
« Nous nous regardions
« Dînant. »*
Troubler, intimider
nous nous prirent pour un oiseau
L’éternité à mes pieds
nous nous aimâmes à corps perdu
comme dans un film

* Préludes pour un largo, 1988.

« Mille morceaux d’exception sont agenouillés dans l’herbe. »*
Éclair de sa chair.
Les étoiles d’obsidienne au dessus de nous.
Déjà, la cerise du gâteau donne la couleur du film.

* Espaces aléatoires, 1994.

« Je suis une femme
« exquisement seule en promenade
« à travers le vaste monde »*
Je te rencontre, libre, sous l’églantier
Nous partageons les étoiles et le vent.
Tu m’intimides, obsidienne.

* Instants d’éveil, Les octaviennes, 1994.

« La première fois que j’ai craché pour de bon j’ai craché un tiède « Errantes en Soleils »*
Comme un éclair un oiseau dans ton regard d’obsidienne me trouble Des rougeurs de mise sur ta chair dans les draps blancs.

* Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (Lit nuptial), 1985.

« Plénitude d’heures heureuses de leur juste durée. »*
Ce souvenir de notre rencontre à l’ombre des églantiers et de l’obsidienne, l’intensité du vent ce soir-là.
Nous étions troublées, intimidées, lentement, la chair a pris le pas tel un oiseau autour d’une étoile.
Et puis nos corps entre les draps eurent des éclairs rouges. Nous avons ensuite partagé des cerises.

* Vis-à-vis, 2005.

« Une escale de tiédeur tombe droit sur les marchés d’ici à l’octave d’en dessous. »*
L’églantier danse dans le vent
quand le corps trouble l’étoile
et le drap partage les chairs.

* 7 14 17 ou architecture d’Éros, 1978.

« je n’aime que le désir et le désir aigu le désir de femme qui se dit le désir pur et vif »*
Partager avec toi plus que ta couleur obsidienne, se rencontrer dans nos chairs cerise s’intimider dans un éclair.

* Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (Lit nuptial), 1985.

« Je suis assise sur un parapet, face à la montagne et à la vallée, les jambes pendantes, et je pique-nique, ravie de l’ombre, cadeau solaire. »*
Le vent souffle sur ma chair troublée par la fraîcheur qu’il apporte à cette chaude journée.
Mes cheveux dansent au rythme du chant des oiseaux, je m’évade dans mes pensées. Le souvenir de cette nuit ressurgit avec l’intensité d’un éclair traversant mon corps de la tête aux pieds.
Une cerise juteuse finit de m’achever en donnant à mon pique-nique une saveur inespérée.

* Fulvie ou voyage à Delphes, 1986.

« Des orifices de la femme comme des rêves à combler ? »*
Sa chair m’intimide. Elle me trouble plus que des vents d’orage. Bouches nez cul oreilles et petites lèvres ouverts à mes rêves un monde à explorer. Nul vide, rien à combler. Tout à partager.

* Fulvie ou voyage à Delphes, 1986.

À cela s’ajoute un texte écrit sur le paperboard par une festivalière durant le Festival, sans que ce texte ne semble faire suite à une phrase de Geneviève Pastre.

Je la prends en photo. Son sexe est une cerise. La cerise sur « mont » gâteau.

Et un autre, glissé dans la boîte aux mots.

Sur le gâteau de mes maux vient danser l’étoile intimidée par les films à partager.
Merci Cineff

Le texte de Cy Jung.

« L’herbe pénètre les lendemains dans un angle. »* Ton corps trouble les draps non encore défaits. Je porte ton sexe en drapeau jusqu’à ressentir l’éclair du vent dans le mitan. Viens ! Le schiste rougit. Et le désir coagule.
Cy Jung, 31 octobre 2013.
[NDA : J’aurais pu prendre « chair », qui était dans les mots, à la place de « désir », quand même…]

* Espaces aléatoires, Les octaviennes, 1994.

Cy Jung — Écrire 1 Cy Jung — Écrire 2

Photos de la performance : Patricia, Cineffable®.

Cy Jung — Logo CineffableCy Jung remercie très chaleureusement Cineffable et particulièrement Patricia d’avoir permis que l’écriture se poursuive autour de ce projet.
Le site de Cineffable est ici. Et la page Facebook, .

Et la suite ?

Agnès Vannouvong ayant renoncé à être présente à Cineffable, et lors de cette performance, et lors de la remise des mots lors de la soirée de clôture du dimanche 3 novembre 2013, c’est à Cy Jung que ces mots ont été remis.
Comment va s’organiser la suite ? On vous le dit très bientôt…

Les phrases de Geneviève Pastre [*] sélectionnées par Patricia pour Cineffable et par Cy Jung.

« L’herbe pénètre les lendemains, dans un angle. »
Espaces aléatoires, Les octaviennes, 1994.
« Nous revînmes lentement
« Riant
« Nous nous regardions
« Dînant. »
Préludes pour un largo, 1988.
« Les yeux fixés sur la ligne de résiste ce, en fondu enchaîné, pour des jeux qui voudraient surprendre, nous touchons des arrêtes de rocher. »
Espaces aléatoires, Les octaviennes, 1994.
« Une escale de tiédeur tombe droit sur les marchés d’ici à l’octave d’en dessous. »
7 14 17 ou architecture d’Éros, 1978.
« Une approche allégorique, venue tout droit de l’infiniment petit, suffit à parcourir la plus grande largeur. »
Espaces aléatoires, Les octaviennes, 1994.
« Clarté. »
7 14 17 ou architecture d’Éros, 1978.
« Il m’arrive parfois de former
« une ébauche de poème
« en un vers parfait
« de le garder dans mon esprit
« et de m’endormir de bonheur
« sans l’avoir écrit. »
Instants d’éveil, Les octaviennes, 1994.
« (...) je dis que je chie non pour avoir l’air mais pour être sûre que je ne sous-chie pas à force de s’entendre dire que la femme est l’harmonie (...) »
L’espace du souffle, C Bourgois, 1990.
« Je suis une femme
« exquisement seule en promenade
« à travers le vaste monde »
Instants d’éveil, Les octaviennes, 1994.
« Nous nous goûtions de tout son trouble (…) »
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure, 1985.
« Ma voisine au ventre rond
« attend sans bouger
« d’être délivrée »
Instants d’éveil, Les octaviennes, 1994.
« J’aime cette femme. C’est le point de départ. »
De l’amour lesbien, 1980.
« Ne dire que notre joie
« Sans fêlure
« Ne taire que notre émoi
« Pour qu’il dure »
Préludes pour un largo, 1988.
« Si nous allons trop loin et trop ouvertement on dit que nous filons un mauvais coton. Je file mon coton à moi. Et il est difficile à filer. »
De l’amour lesbien, 1980.
« Comme tes seins autour de moi comme mes mains autour de toi comme mon sexe en toi nous sommes le sexe de la ville (...) »
L’espace du souffle, C Bourgois, 1990.
« La première fois que j’ai craché pour de bon j’ai craché un tiède
« Errantes en Soleils »
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (Lit nuptial), 1985.
« À l’ampleur des échos, nous cherchons un choc semblable, dans l’ordre des passions. »
7 14 17 ou architecture d’Éros, 1978.
« Son rire est le seuil de la parole retrouvée »
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (Lit nuptial), 1985.
« À plusieurs reprises, elle renaît autre, sans s’abolir absolument dans l’écume étendue en oblique, à corps perdu, de la tête aux pieds, en une perspective vertigineuse. »
Trois gorgées de modeste royaume, Les octaviennes, 1995.
« Mille morceaux d’exception sont agenouillés dans l’herbe. »
Espaces aléatoires, 1994.
« Nostalgies consacrées de la navigation discrète à prendre en compte sans fracture.  »
Trois gorgées de modeste royaume, Les octaviennes, 1995.
« Boire le vin des giroflées, à certaines heures, en observant le flanc des chevaux. »
Espaces aléatoires, 1994.
« Je suis assise sur un parapet, face à la montagne et à la vallée, les jambes pendantes, et je pique-nique, ravie de l’ombre, cadeau solaire. »
Fulvie ou voyage à Delphes, 1986.
« Il me faudra dire la nouvelle poésie, et aller à grande allure et à allure réduite en insufflant à mes compagnes par un délicat bouche à bouche la nouvelle allure et le nouvel air. »
De l’amour lesbien, 1980.
« Des orifices de la femme comme des rêves à combler ? »
Fulvie ou voyage à Delphes, 1986.
« La lumière ne cesse de souffler »
Vis-à-vis, 2005.
« Penser selon toutes les diagonales. »
De l’amour lesbien, 1980.
« Mes délices encore amers (…) »
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure, 1985.
« La lutte n’a de sens que si Ma vie a un sens en même temps. »
De l’amour lesbien, 1980.
« Comme le jardin reçoit la pluie
« Elle s’offre immobile
« sans distance »
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure, 1985.
« La femme aime la femme, d’un mouvement naturel. »
De l’amour lesbien, 1980.
« je n’aime que le désir et le désir aigu le désir de femme qui se dit le désir pur et vif »
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (Lit nuptial), 1985.
« Comment pourrais-je te porter moi qui franchis les vides en chute brutale »
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (Lit nuptial), 1985.
« je jouis d’elle comme d’une moto entre mes cuisses »
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (Lit nuptial), 1985.
« je suis enfin sortie de terre pour voler en elle dans sa bouche dans son ventre »
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (Lit nuptial), 1985.
« Je me penche vers toi car ton corps est grave beau lourd de désir violent savant furieux inassouvi »
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (Plain-Chant), 1985.
« Plénitude d’heures heureuses de leur juste durée. »
Vis-à-vis, 2005.
« je nage avec souplesse à travers la rhétorique nouvelle et ancienne »
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (Plain-Chant), 1985.
« je ne consens qu’au souffle tactile
« dans la fluidité de l’espace
 »
Vis-à-vis, 2005.
« Tu es ma musique aussi difficile à noter qu’un chant d’oiseau jamais entendu et depuis toujours attendu »
Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (Plain-Chant), 1985.
« Toi aussi traverse intensément le connu. »
Vis-à-vis, 2005.
« J’étendis
« les bras
« pour mesurer mon espace »
Vis-à-vis, 2005.

Toutes les performances de Cy Jung sont disponible ici.


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[*Les majuscules, sauts de paragraphe et signes de ponctuation sont celles et ceux de l’auteure.


Information publiée le jeudi 21 novembre 2013.

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