D’un jour à l’autre

Dis, tu veux bien relire mon texte ?



Cy Jung — D'un jour à l'autre — 27 novembre 2013

Il n’est pas rare que je sois sollicitée par des personnes que je connais ou non pour relire un texte qu’elles ont écrit afin que je donne mon avis. Ma réponse, souvent mal comprise, est de refuser au motif que le fait que j’écrive et aie publié romans et nouvelles ne me donne aucune compétence particulière à faire la critique du travail d’autrui. Je le pense sincèrement, au point d’ailleurs de ne jamais bien comprendre comment des auteurs peuvent être en même temps critique littéraire, ou inversement. Je pourrais dire la même chose pour les directeurs éditoriaux mais, pour avoir travaillé avec Anne Rambach, je me dois d’admettre que l’on peut être à la fois auteure et directrice éditoriale, de grande qualité les deux fois.
Ceci étant, je ne me reconnais pas cette compétence et, quand j’anime des ateliers d’écriture ou des jeux textuels, je me rends compte combien je suis imprégnée de mon propre style et ne suis capable que de transmettre celui-ci. Je connais aujourd’hui mes choix d’écriture (des phrases plutôt courtes avec une attention particulière aux changements de braquets, un travail centré sur le verbe, une épuration parfois poussée à l’extrême, une oralisation permanente qui « sonorise » mes textes) et je n’ai vraiment aucune légitimité à dire à quelque auteur que ce soit ce que je penserais de son écriture.
La sollicitation m’a été faite récemment de la part de quelqu’un qui m’est très cher. D’emblée, j’ai refusé de donner mon avis. Elle a insisté, avançant des arguments personnels auxquels je n’ai su résister. Je lui ai demandé de me lire un petit paragraphe qu’elle appréciait particulièrement et je lui ai indiqué ce qui, à mon sens, ne fonctionnait pas. Je ne sais pas ce qu’elle a fait de mes remarques, ni si cela l’aura aidée à se donner des outils pour travailler son écriture… Des outils pour travailler son écriture ? Je me suis forgé les miens au fil du temps à force de travail et de mises en question, beaucoup avec l’aide de Pascale qui m’a donné le goût des grammaires et des dictionnaires, et avec mes éditrices.
Mais finalement, pourquoi se forger des outils ? Autrement dit, est-il obligatoire de « travailler un texte » ? Cette question a constitué la fin de notre conversation avec cette amie. Elle m’a expliqué combien il lui avait été essentiel d’écrire ce texte, qui faisait plus de cent cinquante pages, ce qui n’est pas rien ! Mais était-il besoin de le « reprendre » ? Tout dépend, à mon sens, de la finalité du texte, de sa destination. Veut-elle qu’il soit lu ? Veut-elle qu’il soit publié, édité ? (Aujourd’hui, les deux n’ont pas le même sens ni la même exigence.) Lui était-il besoin de l’écrire, tout simplement, parce qu’écrire était à ce moment-là une nécessité ? Lui est-il alors besoin aujourd’hui d’y revenir ?
En ce qui me concerne, j’ai toujours écrit à fins d’être lue, qu’il s’agisse de textes politiques, d’articles, de romans, de nouvelles ou de billets d’humeur. J’ai besoin que mes textes soient « mis à distance » par l’édition et la publication. Cela me permet de m’en séparer et d’en écrire toujours plus, voire d’aller toujours plus loin dans mon écriture. Tous mes textes sont donc « travaillés » d’une manière qui tient à leur nature respective. Je comprends à l’inverse que l’on puisse avoir envie d’écrire « pour soi », parce que cela s’impose à soi et, si tel est le cas, on n’a aucune raison de succomber au diktat du « travail sur l’écriture ». On peut aussi considérer que travailler son écriture s’impose à soi, sans forcément avoir envie de publier ou d’éditer son texte. On peut avoir envie d’écrire et travailler ou non son texte pour le faire lire, simplement, sans édition ni publication. Et l’on peut avoir envie de ne pas travailler son texte et le publier… l’éditer, en considérant qu’il n’est pas besoin du regard d’un professionnel pour lui donner corps. On peut… Écrire donne finalement tous les droits. Même celui de tromper son lecteur ?
Vaste débat et, pour répondre à la question de départ, ne me demandez pas de vous lire ; mon savoir-écrire ne vaut que pour moi et est en perpétuelle évolution. Quant à vous conseiller un éditeur… (C’est souvent la question qui vient en second.) Je ne saurai pas non plus. J’en cherche un, d’ailleurs, qui fait travailler leurs textes à ses auteurs. Il paraît que « La crise » est passée par là. Elle a bon dos, « La crise » ; vous ne trouvez pas ?

Cy Jung, 29 novembre 2013.

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Information publiée le vendredi 29 novembre 2013.

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