LexCy(que)

À moto et en voiture



Cy Jung — LexCy(que) : À moto et en voiture

Ma phrase [*] : Moi — Vous irez en moto ?
Sylvie : — On dit « à moto » et « en voiture ».

A priori, je dirais que Sylvie a raison, et que ce « en moto » est une impropriété « populaire ». La règle serait que quand on est dans le véhicule, on y va « en » et quand on est dessus, on y va « à ». Mais j’aime bien vérifier mes a priori, surtout quand c’est l’occasion d’augmenter ce LexCy(que).

Premier constat. Je ne sais pas où chercher… Je fouille un peu la grammaire d’Antidote, mais comme je ne sais pas formuler ma question, je ne trouve rien. Je songe en route que je ne dirais jamais « à voiture » et que la question ne se pose donc que pour « moto ». Je remarque dans les occurrences que « à moto » et « en moto » sont également admis. Et spécule que si j’y vais « en planche à roulettes », j’irai aussi « en fauteuil » mais jamais « à planche » ou « à fauteuil »… Quel mystère !!
Je reviens sur le dictionnaire d’Antidote, je trouve ceci : « En (préposition) (…) En utilisant comme moyen de transport un ou une. Aller à Lyon en avion, en hélicoptère, en train, en voiture, en ou à bicyclette, en ou à skis. » Je poursuis avec le Grand Robert. C’est l’occasion de tester sa nouvelle interface.

Il est dit d’abord que « en » est une « Préposition marquant en général la position à l’intérieur de limites spatiales, temporelles ou notionnelles. » : « en voiture », donc mais « à moto » à moins que l’on considère que la selle de la moto délimite un espace… Quel suspens ! Je continue ma lecture avec l’onglet « abrégé » qui la facilite bien. Et je trouve : « Monter en avion, en voiture, en (ou à) bicyclette*, et, par ext. (moyen), voyager en avion, en train. » Je me reporte à l’article « bicyclette » comme l’étoile me l’indique et qui me confirme que les deux usages « à » et « en » sont possibles.
Quel grand malheur ! Qui va pouvoir trancher et me donner une règle ? Grevisse, bien sûr, mais j’ai oublié avant d’aller regarder ce que dit le Grand Robert de « à ». Je fais bien d’y aller : « correspondant au mode de déplacement (avec une valeur plus ou moins spatiale). Aller, monter, voyager à cheval, à dos de mulet, de chameau ; à bicyclette, à vélo, à moto. — REM. Pour ces derniers substantifs à est en concurrence avec en. Bicyclette, vélo ; et aussi ski (à skis, en skis). — Ellipt. Tous à vélo ! » Me voilà donc fixée. Nous sommes dans un cas de « concurrence » d’usage…
Grevisse, ô ! mon Grevisse, qu’en dis-tu ? Je trouve un article qui parle justement de « en » et de « bicyclette » : « [§1051] Emplois particuliers de en », « [c] En par analogie », [1°] : « Sur le modèle de en voiture, en auto, en charrette, etc. on emploie en à propos de moyens de transport pour lesquelles cette préposition n’est pas logiquement justifiée… » Bigre. « Logiquement » ? Tiendrais-je ma règle ? « (…) en bicyclette, en vélo, en moto ont suscité une vive opposition, qui à contribué à introduire et à maintenir dans l’usage, surtout écrit, les tours avec à (…). Cette campagne pour à n’a pas empêché les tours avec en d’être tout à fait courants dans la langue parlée et de venir sous la plume d’écrivains réputés (….) »

Dont acte. Mais cette logique, quelle est-elle ? Je ne trouve pas la réponse à ma question. Je vais donc la poser à Pascale et, en attendant sa réponse, conclus que je peux tout aussi bien dire « en moto » ou « à moto », à l’oral comme à l’écrit même si le « à moto » serait plus acceptable pour une raison que j’ignore.

La réponse de Pascale.

Je ne sais pas qui est Sylvie, mais Sylvie a raison. On va « à dada », pas « en dada ».
Bref, à mes petits élèves de l’Alliance, je disais toujours quand on monte sur quelque chose, on y va « à », quand on entre dans quelque chose, on y va « en », même si vous entendrez souvent des Français contredire cette règle.

Tu prends l’exemple de « vélo », « moto », « bicyclette », et toi aussi tu te fais piéger par ce que tu entends… l’habitude ! Mais, dirais-tu, « j’y vais en cheval », ou pire, « en pieds » ? Comme te le disent le Robert et les autres, c’est admis à force d’habitude mais non académique. Dans le « en », il y a l’idée de l’intérieur, parce qu’en latin, « in » « (en) » signifie, entre autres choses, « dans ». Perso, j’y vais « à fauteuil » ou « en fauteuil » selon les jours. Je considère que je suis « dans mon fauteuil », comme on va « en luge » ou « en traîneau ».
Après ça, je pense que quand Grevisse parle de logique, c’est simplement à cette logique-là qu’il fait référence. Mais la différence est assez alambiquée quand même. Il y a une idée de « aller au moyen de » (« en ») et « aller sur » (« à »). Pourtant, même si tu y vas « au moyen de tes pieds », tu ne diras pas (du moins je suppose) j’y vais « en pieds »…
Bref, tu fais comme tu veux selon le sens que tu considères le plus approprié à la situation.

La conclusion de Cy Jung.

Je savais bien que le « en fauteuil » te plairait comme exemple ! Merci pour ces explications qui donnent foi à ma règle de départ. Je n’ai plus qu’à faire attention à ses applications et à remercier Sylvie pour sa vigilance.


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[*Conversation privée, 10 octobre 2013.


Information publiée le mercredi 4 décembre 2013.

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