LexCy(que)

Feu



Cy Jung — LexCy(que) : Feu

Ma phrase [*] : — Je suis morte, se mit à parler avec douceur la représentation tridimensionnelle de feu Laure Boitillart sans que ses lèvres ne bougeassent.

Cy Jung — Camellia roseJe mettrais volontiers « feu » au féminin mais je préfère vérifier.
Le Grevisse en ligne [§561] indique que « Feu (qui est mort depuis peu de temps) varie quand il est placé entre le déterminant et le nom. Il ne varie pas quand il précède le déterminant ou quand il n’y a pas de déterminant. »
Je note au passage l’usage restreint de l’adjectif — j’utilisais volontiers « feu » sans me préoccuper depuis combien de temps la personne est morte — et me demande si « de » est un déterminant ?
Le Grevisse donne deux exemples qui semblent indiquer que « de » n’est pas un déterminant alors que les articles « la » ou « les » le sont : « de la feue reine ? / de feu les trois maris »
J’en conclus que de n’est pas un déterminant et que mon «  feu Laure Boitillart » ne s’accorde pas (puisqu’il n’y aurait pas de déterminant).
Le doute persiste. Je préfère poser la question à Pascale.


La réponse de Pascale :

Non, « de » n’est pas un déterminant.
Un déterminant, c’est quelque chose qui détermine (comme son nom l’indique) un nom ou autre chose. « un cheval », « le cheval », « ce cheval », « mon cheval », « quel cheval ! », « quel cheval ? »
En d’autres termes, ce n’est pas n’importe quel cheval, mais un cheval précis, même si tu ne le connais pas.
Donc, si je suis la règle de Grevisse que tu me fournis, il n’y a effectivement pas de déterminant. C’est logique puisqu’un prénom ou un nom propre sont déjà déterminés en eux-mêmes.
Dans ce cas, je considérerais que Laure étant déterminée (par définition) j’accorderais « feu ». Tu accordes si tu écris : « la feue Laure » ; tu n’accordes pas si tu écris « feu la Laure ». Tu imagines qu’il y a un article (donc déterminant) même si tu ne le mets pas.
Mais, pour l’instant, je n’ai aucune preuve de ce que j’avance…
J’ai épluché tous les exemples d’Antidote, mais aucun de semblable. Par contre, dans les analogies, ils écrivent feue mère (sans mettre de déterminant). Quant à mon dictionnaire d’orthographe, il donne les mêmes exemples que Grevisse.


En conclusion :

« Feu la mère de Jean »
« La feue mère de Jean 
 »
« Feue Laure »
« Feu la Laure »
« Feu les marins »
« Les feus marins du chalutier »

Ma phrase sera donc : « — Je suis morte, se mit à parler avec douceur la représentation tridimensionnelle de feue Laure Boitillart sans que ses lèvres ne bougeassent. »


Cy Jung — Transports amoureuxNote : Je découvre dans « Le rêve d’Isabella » que j’ai utilisé l’adjectif feu sans, à l’époque, m’interroger sur son accord, et cela même si l’un d’eux était suivi du pluriel. Les accords sont néanmoins bons. Ouf ! Voici donc le passage concerné, juste pour mémoire.
« Le public se lève, pour applaudir, sans doute. Isabella le fait disparaître. Feu le public. Le reste de la troupe nous observe. Isabella les désagrège. Feu les danseurs. Jan Lauwers est assis à son pupitre. Isabella le téléporte autre part. Feu Jan Lauwers. » [**]


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[*Phrase extraite de Merle rose, manuscrit (version 2), juin 2008.

[**« Le rêve d’Isabella », nouvelle publiée dans Transports amoureux (collectif), édition La Cerisaie (mai 2005).


Information publiée le samedi 13 décembre 2008.

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