D’un jour à l’autre

Et qu’ici, maintenant, règne le partage !



Cy Jung — Et qu'ici, maintenant, règne le partage !

J’ai découvert le mot « partage » lors des quelques années que j’ai passées au sein de David et Jonathan, mouvement homosexuel chrétien ouvert à toutes et à tous. C’est normal, me direz-vous, le partage, c’est bien un truc de cathos ! Je ne crois pas, et si l’on regarde dans le Grand Robert, on se dit d’emblée qu’il est surtout un sacré défi d’humanité : « (2) Fait de partager (3.) quelque chose avec quelqu’un, d’avoir part à quelque chose en même temps qu’une autre personne. », le verbe « Partager », ici, au sens de « Posséder (qqch.) avec d’autres personnes ; avoir part, prendre part à qqch. en même temps que d’autres. »
Chez David et Jonathan, on partage un peu tout : les repas, la parole, la prière, les sourires, les coups de gueule… ; c’est en fait un état d’esprit, une manière d’être aux autres, un désir profond d’ « avoir part en même temps » que les autres, de « prendre part » et de « prendre sa part », aussi, la sienne autant que celle de l’autre en partage. Ainsi, dans cette relation-là, il s’agit de donner une place à l’autre dans une conjonction des parts : et, à lui reconnaître la sienne, c’est lui que l’on reconnaît ; on le regarde et on lui dit « Tu existes à travers ce que tu partages. », en lui permettant d’être qui il est juste parce que l’on prend part dans ce qu’il est.
C’est ainsi dire d’emblée que nous sommes identiques dans ce que nous sommes différents, humains : nous sommes en mesure d’ « avoir part » et de « prendre part » à quelque chose de chacun que nous faisons commun ; et nous nous construisons dans cet échange avec l’autre, échange où il ne s’agit pas de réclamer un dû, ni même de présupposer de la part que l’on aurait, mais échange où il s’agit de dire « Je t’aime, je te reconnais car tu me permets de partager qui nous sommes chacun. »
Il faut sans doute une sacrée dose de confiance en l’autre pour vivre une chose pareille… non ? Je serais plus versée à penser que c’est en soi qu’il faut avoir confiance, en sa capacité à donner, à être en mesure de renoncer à cette angoisse de se perdre quand on se montre en toute pudeur. Facile à dire ! Et à faire aussi, si bien sûr on le décide et que l’on s’en donne les moyens. D’’expérience, je remarque que l’on a tout à gagner à se dire, à être, sans faux-semblants, à accepter ces émotions qui parfois nous submergent sans se sentir faible à avoir les yeux rouges et le cœur débordant ; à l’accepter, on se sent fort et libre soudain ; on « possède » alors ses émotions avec les autres… sans, ici, posséder les autres !
La nuance est de taille face aux mirages de l’avoir, de l’avoir prise sur l’autre, parce que l’on serait dans la « toute-puissance » diront certains, sans doute parce que nous sommes dans la peur, peur de perdre ce que l’on est ou l’on n’est pas, peur d’être le jouet des autres, peur d’être écrasé, renié, bafoué… Peur. Et l’on produit le contraire de ce que l’on cherche. On se referme sur soi. On blinde son âme. On aime « de loin », sans mouiller sa chemise, avec l’idée que le sentiment suffit au partage, le sentiment et la proximité physique et temporelle.
Mais le partage, par nature, doit nous impliquer. Sa condition est de renoncer à nos blindages, d’avancer à découvert avec l’idée que l’amour n’a pas vocation à faire du mal, même si l’on sait qu’il peut en faire. Aimer, dans le partage, c’est comprendre que la souffrance a une issue : la force que la communion des autres nous donne.
Vous trouvez ça vraiment catho, la « communion des autres » ? Je ne choisis pas mes mots par hasard et je voudrais que vous souriiez de la formule pour dire avec moi que ce partage appartient à tous, catho ou non. Je ne le suis pas, catho, loin de là. Mais j’en connais une, assez réac d’ailleurs, très pratiquante, qui est dans ce partage, comme vous connaissez sans doute quelques autres qui n’y sont pas. La mienne s’appelle La Cocotte enchantée et tient un blog (elle préfère écrire « blogue ») que vous pouvez découvrir ici. Elle craint parfois de mal tenir la plume, alors je lui prête la mienne… Je la trouve si attachante.
Attachons-nous. Et que vive le partage !

Cy Jung, 5 mars 2014.

Cy Jung — La Cocotte enchantée

Lire les éditos précédents.

Information publiée le mercredi 5 mars 2014.

Version imprimable de cet article Version imprimable



Article précédent / Article suivant
Retour à tous les articles



Les vingt derniers articles publiés sur le site de Cy Jung sont ici





Si vous êtes éditeur,
découvrez les manuscrits de Cy Jung
ici.