LexCy(que)

Balsamique



Cy Jung — LexCy(que) : Un silence balsamique.

Ma phrase [*] : Le thé est délicieux, la chaleur de la bouillotte réconfortante, le silence apaisant.

Je cherche un synonyme pour « apaisant ». Je ne saurais dire pourquoi, peut-être parce que je n’aime pas les participes présents et que cet adjectif est construit comme tel.
Antidote me propose « balsamique » qui, en tant qu’adjectif, a deux sens : le premier renvoie au vinaigre, qui est balsamique car il a « une odeur comparable à celle du baume » ; le second renvoie à des « vertus », des « drogues » car elles ont « des propriétés comparables à celles du baume (…). »
La définition que propose Antidote de « balsamique », nom commun est « Produit, substance qui contient un baume. », considérant qu’un baume est aussi un « Onguent analgésique et cicatrisant, utilisé comme calmant. »
Le Petit Robert n’en dit pas plus (et même moins) sur « balsamique » alors que le TLF est beaucoup plus loquace. Il détaille de nombreux usages de « balsamique » adjectif, notamment en « quasi-synonyme » de « adoucissant, apaisant, lénifiant, tranquillisant » et associe un sens figuratif « qui guérit les maux de l’âme », en parlant d’une personne ou de son environnement, citations de Balzac et de Huysman à l’appui.
Dont acte. Mon silence peut être balsamique.

Ma phrase devient : Le thé est délicieux, la chaleur de la bouillotte réconfortante, le silence balsamique.


La réponse de Pascale :

Après moult réflexions, balsamique me fait avant tout penser à des odeurs. Et dans tous les exemples que j’ai croisés, « balsamique » est plutôt associé à des odeurs.
Se reporter aux définitions de « baume », « baumer »… (dans le sens de sentir), d’où l’adjectif « balsamique » tire directement son origine.

Par exemple :
Le XMLittré — Le Dictionnaire Littré en ligne définit le « baume » comme une « Substance résineuse et odorante » et « embaumer » comme « Remplir d’une odeur de baume ».
Le Dictionnaire de l’Académie française, 8e éd., 1935 indique pour « embaumer » qu’il « signifie aussi, simplement, Parfumer, remplir de bonne odeur. »
Le Dictionnaire de l’Académie française, (9e éd. en cours de mise en ligne), enfin, précise dans sa notice sur « balsamique » « Par ext. Dont la senteur rappelle celle d’un baume. »

NB. Le mot latin balsamus signifie baumier ou balsamier = l’arbre qui produit la myrrhe (« Sorte de gomme odorante qui vient de l’Arabie. L’encens et la myrrhe. » (Dict. Académie, 8e éd., op. cit.).
Et là, on risque de remonter loin.

Et pourquoi pas lénitif ?

Au final, un « silence balsamique » comme synonyme de « apaisant » ne me choque pas linguistiquement parlant, mais j’y associe toujours une odeur.
Le tout est donc de savoir si tu utilises cet adjectif uniquement pour trouver un synonyme où pour donner une signification plus précise à apaisant.
La question reste ouverte…

Le commentaire de Cy Jung

Mon intention initiale était bien de remplacer « apaisant » par un terme ayant un « sens semblable ou approchant », pour reprendre la définition de « synonyme ». Ma recherche m’a permis de tomber de manière très inattendue sur « balsamique », avec une partie de sa définition renvoyant aux « propriétés » du baume, donc à un effet « apaisant ».
Pour moi, « balsamique », c’était du vinaigre et donc un goût plus qu’une odeur. Quant à « baume », bien qu’effectivement je l’associe à une odeur, c’est son effet médicinal d’ « onguent analgésique » que je recherche quand j’en utilise. Le silence m’est donc apparu tels un baume qui apaise, une substance dont on se laisse pénétrer afin d’en savourer les vertus.
Voilà pourquoi j’ai gardé « balsamique », même si j’avais conscience d’un contre-emploi possible. Dans le contexte, cela me semblait ne pas choquer, ni accrocher la lecture. Pascale donne des arguments qui avèrent ce contre-emploi, permettant à chacun de se faire une opinion. C’est l’intérêt de notre débat.
Quant à « lénitif », c’est sa sonorité qui ne me va pas : le « tif » ne m’apaise pas ; il réveille ma phrase plutôt que de la poser. On pourrait dire la même chose du « mique » de « balsamique », à cette nuance que le terme, parce que plus long, se pose en dépit du « ic » final.

En fin de compte, à quoi tient mon choix ? Au départ, à l’envie de « balsamique », un peu surprenant, qui enrichissait mon texte, donnant une ambiance qui me semblait couler de source. Aujourd’hui, je garde le terme, malgré le risque de contre-emploi, car je n’ai pas trouvé dans les définitions des dictionnaires une véritable bonne raison de ne pas le garder. C’est ici que le choix de l’auteur intervient et pour une fois, en toute connaissance de cause.
Mon choix tiendra-t-il jusqu’à la version finale… Allez savoir !


Cy Jung — Piste roseNote (16 juillet 2010).

Dans Piste rose [**], je fais un usage plus académique de « balsamique ».
Voici ma phrase : La substance balsamique, appliquée avec science et sagacité, fit très rapidement effet.


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[*Phrase extraite de Je ne saurai jamais si elle était jolie, manuscrit (version 2), automne 2009.

[**manuscrit, V9, juillet 2010.


Information publiée le vendredi 30 janvier 2009.

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