LexCy(que)

Davantage modifiant un adjectif



Cy Jung — LexCy !que) : Davantage modifiant un adjectif

Ma phrase [*] : La pulpe est davantage incertaine.

Voilà une question qui date un peu et que je ressors du fin fond du fichier « LexCy(que) en cours » à l’occasion de la réparation du téléagrandisseur de la médiathèque. Alors que je corrigeais mon texte, Antidote m’avait signalé « davantage » comme « inusité », ajoutant « Il est rare que l’adverbe comparatif davantage modifie un adjectif ; ici, l’adverbe plus serait plus approprié. »
À l’époque, je me souviens avoir juste noté la remarque sans bien comprendre pourquoi « davantage » ne modifierait pas un adjectif. Je profite de pouvoir lire le Grevisse pour creuser la question.

Dans son [§983] « Le comparatif de supériorité », cette vénérable grammaire indique : « Davantage sert surtout avec les verbes (...). Il ne peut concerner un adverbe, (...). Avec un adjectif, davantage est réputé « vulgaire et très incorrect » (Dupré). Mais il se rencontre pourtant quand on compare, non avec d’autres êtres ou objets, mais selon les circonstances et le moment. [Exemples] « La foi comme la mer est davantage immense. » « Il dut faire un effort pour ne pas être davantage odieux. »
Mais qui est donc ce Dupré qui traite ainsi ma phrase ? Je l’ignore [*] et n’en trouve pas trace. Je m’en vais regarder dans mon texte à quoi je compare « la pulpe  ». « On bande l’index. L’ongle est intact. La pulpe est davantage incertaine. » Je ne suis donc pas dans l’usage indiqué par le Grevisse car je compare deux choses, « la pulpe » et « l’ongle ». Ma formulation pourtant me semble tenir, peut-être parce que « davantage » à un sens particulier par rapport à « plus ».
Le Grand Robert, justement, propose en sens troisième « Plus longtemps » ; étant donné que le corps dans mes Feuillets se délite, la notion de temps est importante. Cela suffit-il à accréditer mon usage ? Le TLF indique l’usage « rare » avec le même exemple que Grevisse. Le XMLittré propose une remarque intéressante : « Plus, davantage. La différence entre ces deux mots, c’est que davantage, s’employant absolument, indique une comparaison avec un terme énoncé d’abord ; tandis que plus, ne s’employant guère absolument, indique la comparaison avec un terme qui s’énonce ensuite. Cette femme est belle ; son amie l’est davantage. Mais on dira cette femme est plus belle que son amie. »
Ceci étant, ma comparaison est bien particulière puisque que « davantage » se rapporte à l’adjectif « incertain » et non à « intact » qui qualifie l’ongle. Je compare donc deux choses en utilisant deux adjectifs différents et « plus » pourrait tout à fait s’appliquer. « Plus » ou même « bien plus », sens de « davantage » « à l’époque classique » précise Grevisse dans une remarque [H2 §983] quand le Robert historique indique un sens de « encore plus ». Je mettrai donc ma construction sur le compte de la création littéraire avec une référence classique, même si celles-ci ont parfois bon dos pour justifier des approximations sans fondement. Pour cette fois, je garde sans plus d’arguments.

Voilà pour ce « davantage ». J’ajoute quelques remarques du Grevisse qui pourront être utiles, remarque que je pèche çà et là au fil des notices.
« Des grammairiens (...) ont proscrit davantage sur. Ni l’usage classique ni l’usage moderne ne justifie cet ostracisme (...) » [986a]. Également, « beaucoup davantage est rare aussi », le « aussi » se rapportant à « beaucoup pire » et « beaucoup pis » discutés dans le point précédent de ce [§986b]. Je n’oserais aucun des trois. Dans [§986e] enfin, il est question de tournure de type « plus on est de fous, plus on rit » dans une discussion que je ne comprends pas ; j’en retiens que « davantage est rarement substitué à plus » ce qui donne pourtant « (...) plus on les aime, davantage on les tue. » Je trouve la construction très jolie… Vais-je l’utiliser un jour ? Suspens.
Et pour clore définitivement cet article, j’indique à celle et ceux qui, comme moi, ont une fâcheuse tendance à vouloir écrire « d’avantage » (avec une apostrophe) qu’il s’agit là d’étymologie et qu’on l’a écrit ainsi un certain temps, mais plus aujourd’hui.


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[*Phrase extraite des Feuillets de Cy Jung, « V05-16 octobre 2012 ».

[*N’hésitez pas à me le dire.


Information publiée le jeudi 23 octobre 2014.

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