Jeux textuels, ateliers et performances

Jeu textuel — Octobre rose 2014 : « Parlons seins… et caressons-les de nos plumes »



Cy Jung — Jeu textuel — Octobre rose 2014 : « Parlons seins… et caressons-les (...)

Jeu textuel animé par Cy Jung, Vendredi des Femmes (non mixte) dans le cadre d’Octobre rose, mois d’information sur le cancer du sein, 3 octobre 2014, 19 heures, Centre LGBT Paris Île-de-France.

Vous trouverez ci-dessous le déroulement de l’atelier (ici), les mots tirés au sort (), les textes des participantes (lala), le texte de Cy Jung (lalala), les mots non tirés au sort (tralala) et la restitution (lalère). La lecture des textes a donné lieu à des échanges émouvants qui nous ont permis de réfléchir à la représentation que nous avions chacune de ces « seins coupés ».
Nous avons remarqué que nos textes ne les considéraient pas comme un problème et faisaient abstraction des souffrances qui ont précédé. La consigne, sans doute. C’est pourquoi Cy Jung a choisi de mettre un peu de sang, dans l’affaire, avec un texte qui utilise tous les mots tirés au sort. Juste un peu…

Note : Octobre rose au Centre LGBT Paris-IDF était organisé en partenariat avec Les Amazones s’exposent, Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, la commission santé F du « J’en suis J’y reste » de Lille, la commission Lesbophobie de SOS Homophobie, et avec la participation de l’écrivaine Cy Jung et de la dessinatrice Soizick Jaffre.
Un grand merci à Sylvie pour son accueil au VDF littéraire qui se tient au Centre LGBT Paris-IDF tous les premiers lundis du mois.
Et merci toujours à Isabelle pour son soutien, son aide visuelle et la retranscription des textes écrits.

Petit rappel liminaire
Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.

Cy Jung — Jeu textuel — Octobre rose 2014 : « Parlons seins… et caressons-les de nos plumes »

Déroulement de l’atelier

« La beauté des femmes », cela vous évoque quoi  ? J’imagine que tout de suite des images viennent, un visage, un regard, une scène de film, votre main sur une peau, un vers de poème ou de chanson, un parfum… On peut multiplier les sensations à l’infini. Les sensations. On va essayer de se concentrer sur ce que l’on ressent plus que sur la plastique, la beauté incarnée. Et chacune va écrire un texte qui incarne la beauté des femmes, celle que l’on désire, de la manière dont on les désire.
Pour écrire ce texte, nous allons avoir besoin de mots, mots que nous allons partager. Mais pas n’importe quels mots. Il nous faut d’abord un personnage pour élaborer notre fiction. Je vous propose de noter en haut de votre feuille le nom d’une femme publique qui incarne à vos yeux la beauté, « star  », femme politique, prix Nobel, actrice, chanteuse, etc.
Et maintenant, des mots que vous allez inscrire sur les petits papiers qui sont là. On pense à la beauté des femmes, toujours, au désir… Un mot par petit papier ; une couleur ; une partie du corps (sauf les yeux) ; un vêtement ; une odeur ou un parfum ; et deux verbes qui disent ce que l’on aimerait faire avec cette femme qui incarne la beauté.

Nous allons maintenant tirer au sort des mots dans les différents paniers…
Et vous allez écrire chacune un texte, mais pas n’importe quel texte  ! Imaginez, votre star, celle dont le nom est inscrit en haut de la feuille. Je ne sais pas ce que vous aviez l’intention de faire avec elle mais moi, je sais ce que j’ai envie que vous fassiez avec elle  : l’amour  ! Et vous allez écrire cette scène d’amour avec les mots que nous venons de tirer au sort.
Mais pas n’importe quelle scène d’amour…
Ce VDF est une des actions du Centre LGBT dans le cadre d’Octobre rose… Dans cette scène d’amour, que vous écrirez au « je  » puisque vous êtes au cœur de l’action, soit vous, soit votre star, aura un sein coupé ou un sein reconstitué (prothèse mammaire). Pas facile à dire ; pas facile à se représenter. Mais il va le falloir !
Je résume.
Vous écrivez un texte court où vous (« je  ») faites l’amour (au sens large) avec la star dont vous avez noté le nom. De vous deux, une a soit un sein coupé, soit un sein reconstitué. Votre texte doit être érotique, vous devez utiliser les mots tirés au sort.

Cy Jung — Jeu textuel — Octobre rose 2014 : « Parlons seins… et caressons-les de nos plumes »

Les mots tirés au sort

Couleur : Jaune. Rouge.
Partie du corps : Sein(s). Nuque. Estomac.
Vêtements : Robe. Blouson. Chapeau de pluie.
Odeur : Fraises des bois. Roses.
Verbes : Respirer. Aimer. Goûter. S’enlacer.

Cy Jung — Jeu textuel — Octobre rose 2014 : « Parlons seins… et caressons-les de nos plumes »

Les textes écrits par les femmes présentes

J’embrasse langoureusement la nuque de Monica. Je respire son doux parfum de rose qu’elle s’est mis. Je dégrafe les boutons de sa robe jaune qui glisse le long de ses hanches jusqu’à ses pieds. Mes lèvres descendent en caressant sa peau et son corps jusqu’à son sein que j’aime goûter avec ma langue et ma bouche. Je caresse son corps nu et je le lèche avec ma langue. Nos bouches et nos lèvres se rencontrent et se mêlent avidement. Monica s’abandonne et penche sa tête avec délice, tout offerte à mes baisers. Nos corps se mêlent, s’emmêlent, s’enlacent.
Ma langue descend de son cou à son clitoris que je titille doucement et régulièrement, la faisant succomber.

Anne


J’enlaçai Del comme au premier soir. Elle ondulait dans sa longue robe rouge, une fleur rose piquée sur sa sombre chevelure. Je m’approchais pour la respirer, espérant du fond de tout mon moi qu’elle me réponde, que mon amie me parle et nous rapproche comme avant.
Je plongeais mon visage dans sa nuque chaude et y versai un mot :
— Del, j’ai été opérée d’un cancer au sein.
Del se raidit. J’avais un crabe dans l’estomac. Elle repousse mon blouson Bombers et posa ses yeux sur l’absent : son visage était une question.

Claudine

Je t’aime fraise des bois sous ton chapeau de pluie et goûte ta nuque. Moi fille garçon qui te regarde selon ta mère « d’une étrange façon ». « Elle a une idée derrière la tête cette nana avec toi ? » Sûr que ce n’est pas une auréole qui flotte derrière ma tête, Giliane, dont l’unique sein devient rouge de confusion sous mes baisers.

Danièle

J’ai tant aimé respirer ton air, Rebecca, l’air qui t’entoure, l’air que tu expires. Tu es arrivée, Rebecca, cachée sous un chapeau de pluie, blottie dans ton blouson, seule ta nuque, nue, respirait. Tu cachais tes seins, Rebecca, je le voyais sans le comprendre. J’ai voulu t’habiller en robe rouge, Rebecca, te parfumer de l’odeur sucrée des fraises des bois, pour te goûter, t’avaler, te montrer que tu es belle. Mais tu ne m’as pas crue, tu ne m’as pas laissé entrer, nous sommes restées enlacées, ton sein contre les miens.

Elin

Les robes étaient par terre. Il avait passé beaucoup de temps depuis la dernière fois. Je lui manquais beaucoup, tout le temps, tous les jours depuis le jour où je l’avais connue. Depuis la première fois, j’avais beaucoup réfléchi sur Inès. Comment elle goûtera ? Ses lèvres rouges ? Peut-être, elle a un goût de fraises des bois, douce au premier moment et comme une explosion à la fin. Elle respire sur ma nuque, elle m’attrape. Je veux rester ici toute ma vie.

Irène

Quand Hannah enlève son blouson et relève sa robe, je découvre ses seins jaunes et rouges. Je l’enlace et les goûte et les respire. Ils sentent la rose et les fraises des bois. Je l’aime. Je respire sa nuque sur laquelle coule l’eau de son chapeau de pluie et son estomac. Ils sentent la rose et les fraises des bois. Puis elle enlève mon tee-shirt et touche mon sein droit, à gauche il n’y a plus qu’une cicatrice plate et moche. Elle m’appelle Hippolyte. Elle m’appelle sa reine. Elle me tient par les épaules et m’embrasse longuement. Elle m’allonge sur le lit et me retourne sur le ventre, s’allonge sur moi et me sodomise de son clitoris érectile. Elle va et vient entre mes hanches. Elle me retourne sur le dos et me caresse le ventre, descend sur mon pubis, le clitoris. Elle met un gode-ceinture d’ébène et me pénètre. Elle va et vient entre mes reins. La nuit s’étend dans la chambre bleue. Elle me retourne comme une crêpe sur le dos, sur le ventre et l’aube blafarde de Paris se lève sur nos dix mille jouissances. Quand Hannah enfile sa robe et remet son blouson. Quand Hannah claque la porte et disparaît happée par le flot tumultueux de la ville qui vibre au son des Arbeit macht Frei gueulés par 10.000 voix pâteuses. Quand Hannah est partie, je me sens seule et me roule dans l’odeur qu’elle a laissée sur les draps.

Isabelle

Charlize m’attrapa par la nuque et me serre contre elle. Il lui manquait un sein et cette sensation ajoutait au trouble qu’elle pouvait dégager. Je me mis à respirer plus fort. Un vertige me prit au creux de l’estomac. Elle passa sa main sous ma robe. Elle était rouge comme une fraise des bois.

Magali

Marion et moi nous nous aimons, nous aimons faire l’amour. Opérer chacune d’un sein, il nous en reste cependant deux que nous aimons nous partager. Je deviens très rouge lorsque je touche sa nuque, lorsque je respire l’odeur des fraises des bois, dont je devine l’odeur sous sa robe.
Son blouson rose me séduit et c’est alors que j’aime l’enlacer, la posséder. Nous nous perdons alors dans des jeux érotiques qui nous transportent dans un monde féerique et enivrant.

Monique

Cy Jung — Jeu textuel — Octobre rose 2014 : « Parlons seins… et caressons-les de nos plumes »

Le vent a emporté ton chapeau de pluie, offrant ta nuque à mes lèvres affamées. J’ai voulu respirer ta peau, rendue grave et saline, par la rencontre avec l’irrémédiable.
Le manque m’était donné à goûter, sous le blouson, la robe, et sous la robe, quoi ?
J’ai aimé cette absence, cicatrice rouge et violente, mes mains sur ton estomac et mes dents mordant à jamais le souverain espoir, l’absence de ton sein.
Tu ne riais pas jaune. La vie était à nous, enlacées à la mort.
Ainsi espérons-nous, sur le fil du rasoir et du bistouri fauve.

Sylvie

Tandis que Diane respirait un bouquet de roses jaunes et rouges posé sur la table du jardin, je m’approchai silencieusement derrière elle. Je lui ôtai son chapeau de pluie, la retournai vers moi et lui présentai une fraise des bois entre mes lèvres. Elle m’enlaça et goûta le fruit. Je caressai sa nuque, elle prolongea ses baisers dans mon encolure et souleva un pan de mon blouson, et la bretelle de ma robe, pour prendre mon unique sein dans sa main. Mon estomac se serrait à l’idée du sein manquant que je ne pouvais plus lui donner à pétrir. Mais nous nous aimions assez pour ne pas trop en souffrir.

Valérie

J’aime Charlotte, je ressens des frissons à chaque fois qu’elle me parle, je l’aime et je le sais bien, car c’est mon cœur et mon corps qui parlent. J’aime Charlotte, je n’ai aucun doute, j’adore respirer son odeur douce comme les fraises des bois, j’aime lui faire l’amour et qu’elle me le fasse, j’aime lui enlever son blouson au rythme de la danse de son ventre, j’aime quand elle me caresse le sein comme si elle avait retrouvé la porte ouverte vers mes plaisirs et les siens. J’aime goûter la saveur de sa vie, j’aime le rouge de ses lèvres quand nos langues se retrouvent après avoir goûté à nos corps.

Zico Alsu

Le texte de Cy Jung
Je croyais qu’il aurait du rouge entre les points, que le sang coulerait encore longtemps après que la lame du chirurgien m’ait volé mon sein. Dérobé. Fauché. Raflé. Je croyais et j’ai vu que c’était jaune comme la Bétadine qui se mélange à la lymphe, jaune oranger, peut-être ; mais rouge, non.
J’en avais jusqu’au pourtour de la nuque. Et pour parfaire le tableau, on m’avait mis une charlotte rose sur la tête, les fesses à l’air dans la blouse de chirurgie, moi qui ne porte jamais de robe ! On m’avait bassinée avec une histoire de perte de féminité à laquelle je ne comprenais pas grand-chose et je me retrouvais déguisée en poupée Barbie hospitalière, une sale envie de vomir au creux de l’estomac.
Il allait en falloir à Mathilde, de l’hospitalité, pour m’accueillir chez elle ce soir, dans son lit ! Dans ses bras ? Allait-elle m’enlacer ? Je ne pensais qu’à ça. Elle était prévenue, bien sûr, mais je savais que remettre mon blouson n’allait pas faire illusion longtemps. Fini le tétin qui pointe comme pousse une fraise des bois ! Fini ses lèvres qui viennent en goûter la flaveur ! Fini son souffle qui s’épuise à en respirer la touffeur ! Fini sa main qui…
— Ça va Cocotte ?
Je ne l’ai pas entendue entrer. Elle pose son chapeau de pluie sur le lit. Je la regarde. Je m’empare de son couvre-chef et le place là où le sein n’est plus. Elle sourit. Elle reprend son chapeau et me le mets sur la tête. Ses lèvres engloutissent les miennes. Elle m’aime encore. Elle le dit. Sous le pansement, ma chair vive le chante.
Cy Jung, 11 octobre 2014.

Les mots non tirés au sort

Couleur : Bleu. Rose. Turquoise. Vert. Violet.
Partie du corps : Cheveux. Épaule. Fesses. Ligne des épaules. Mains. Nombril. Ventre
Vêtement : Cape. Écharpe. Pantalon. (Pantalon) jean. Robe de chambre. Robe longue. Sweater. T-shirt. Veste.
Odeur : Camomille. Caramel. Fleurs. Fleurs silvestres. Guerlain Habit rouge. Jasmin. Lavandin. Santal. Vanille.
Verbes : Caresser. Chanter. Danser. Déshabiller. Embrasser. Être. Évader. Manquer. Marcher. Pleurer. S’enhardir. Stimuler

La restitution

Le vendredi 17 octobre 2014, toujours dans le cadre d’octobre rose, le Centre LGBT Paris-IDF a accueilli une grande soirée animée par Sœur Salem et la langue ardente et de la Perpétuelle Indulgence, avec qui Cy Jung avait travaillé (entre autres) sur la brochure de prévention Sapho, toujours disponible que Centre LGBT de Lille, J’en suis, j’y reste. Cette soirée (ici) a été l’occasion pour Cy Jung de présenter ce jeu textuel du 3 octobre et de distribuer les textes écrits à la cinquantaine de personnes présentes.
Merci à Ariane Sirota pour ces deux photos et pour sa sculpture « Deboulet » qui accueillait fort à propos les participantes et participants de cette soirée.

Note : Le micro, sur la photo, appartient à une équipe de télévision qui suivait Cy Jung ce jour-là. Suspens.

Vous pouvez retrouver les ateliers d’écriture et jeux textuels de Cy Jung ici.

Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.

Information publiée le samedi 25 octobre 2014.

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