[e-criture]

[#22] Les trois filles et le garçon qui rentrent du travail (V-01)



Cy Jung — [#22] Les trois filles et le garçon qui rentrent du travail (...)

[Le prétexte] Je vais au judo. Un garçon et trois filles discutent bruyamment dans la rame. Ils parlent de l’une de leurs collègues, semble-t-il pas facile mais sympathique tout de même.
République. Le garçon se lève, dit au revoir et s’approche des portes. L’une des filles…
— On va pouvoir dire du mal de toi !
Il est déjà sur le quai, se retourne, et, dans un large sourire…
— Vous n’aurez jamais assez de temps !


Petit rappel liminaire

Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.



[La nouvelle]
— Tu ne m’embrasses pas ?
— Excuse-moi, je vais être en retard.
— Au point de renoncer à un baiser ?
Camille est confuse. Eunice a son œil espiègle qui n’a pas besoin de monter sur ses grands chevaux pour dire que l’incident n’est pas anodin sans que pour autant une colère ne soit nécessaire. Camille plaque son ventre contre le sien. Elle pose ses mains sur ses hanches, ses lèvres sur sa bouche. Elle prend le temps d’un baiser langoureux. Elle sait qu’Eunice ne lui pardonnerait pas si elle s’en dispensait.
— À ce soir. J’ai un conseil d’école. J’essaie de faire au plus vite.
Eunice la laisse partir sans la retenir plus. Rien n’est réglé, bien sûr, mais il aurait été vain de lancer la discussion ce matin. « Donner du temps » ; cela vaut aussi pour l’explication à venir, et le calage qui va s’imposer. Eunice n’est pas inquiète. Il ne faut néanmoins pas laisser les choses partir à vau-l’eau. Il n’y a pas pire que le lent délitement du désir. Eunice est bien avec Camille. Elle a envie que cela dure et peu lui chaut un virement « amical » de leur relation. La chair lui est nécessaire. Et puis, autant le dire : depuis ce jour où Camille a franchi le seuil de la salle de sport, elle en est follement amoureuse. Ce souvenir suffit à lui remettre le sourire aux lèvres. Son premier cours commence dans un quart d’heure. Il est temps qu’elle se prépare.
Quand elle descend ouvrir la salle, cinq minutes plus tard, deux femmes sont déjà là, impatientes de se mettre au chaud.
— On a failli être congelées !
— Bonjour Georgette. Vous savez bien que je n’ouvre jamais plus de dix minutes en avance.
— Il faut dire cela au bus !
— Vous devriez venir à pied, cela vous ferait un bon échauffement et un bon complément de notre séance de gym. Vous n’êtes pas si loin…
Georgette file déjà vers les vestiaires. Marguerite soupire.
— Bonjour Eunice. Toujours aussi râleuse notre Georgette.
— Ce doit être pour cela qu’on l’aime !
Elles rient. Quatre autres femmes arrivent au compte-gouttes. Une cinquième entre quand Georgette sort des vestiaires.
— Toujours en retard, Françoise !
Celle-ci ne prend pas la peine de répondre. Eunice enchaîne.
— Installez-vous sur un vélo, Georgette. Je vous appelle quand nous sommes prêtes.
La vieille dame soupire. Tous ces gens en retard l’agacent. Drôle d’époque ; personne ne tient plus compte des imprévus, comme si tout allait fonctionner à coup sûr. Quand elle était jeune fille et que ses parents ont enfin eu une Renault, son père comptait toujours une crevaison dans le temps de trajet. Elle a gardé ce principe et il faut se lever de bonne heure pour la surprendre en flagrant délit de retard !
Elle descend de son vélo. Le cours commence. Les suivants se succèdent à bon rythme. La journée passe. À 18 heures, Freddy est là. Eunice remonte chez elle. Elle se sert un grand verre de thé froid et prépare le dîner en chantonnant. Quand c’est prêt, elle file sous la douche. Elle y est encore quand Camille rentre. Elle la cueille à la sortie de la salle de bains.
— J’ai envie de toi.
Eunice sourit. Son œil retrouve son air espiègle du matin. Camille l’embrasse à pleine bouche sans lui permettre de dire un mot. Elle la pousse vers la chambre.
— Je sais. On va parler. Mais on fait l’amour d’abord. Je veux que ta chair sache mon désir de toi.
Eunice sourit un peu plus. Son œil brille. Elle aime quand Camille prend les devants ; ce n’est pas si fréquent ; et c’est de bon augure pour la discussion à venir. Son peignoir tombe. Camille se décale un peu. Elle laisse courir l’index de sa main droite sur sa peau, traçant des traits invisibles sur des trajectoires qui évitent soigneusement les zones les plus sensibles. Elle la reluque dans un mouvement identique. Eunice a le sentiment de se transformer en une gourmandise pleine de sucre et de crème qui n’attend plus qu’un bon coup de dent pour libérer ses saveurs les plus exquises.
Camille le précède d’une langue savante qui se substitue au doigt. Elle vise les tétins d’abord, le cou juste sous les oreilles, revient plus bas pour compter les côtes et s’arrête à la lisière du pubis. Eunice se sent fondre. Elle ne bouge pas. Camille se colle à nouveau contre elle, épouse ses fesses de deux mains voraces et inonde sa bouche d’une salve de baisers plus ou moins appuyés. Ses lèvres descendent dans le cou, remontent. Que va-t-il se passer ? Eunice ne veut pas le savoir. Elle veut juste le sentir, l’éprouver, jouir jusqu’à ce que mort s’en ensuive puis renaître dans les yeux de sa bien-aimée.
Camille lâche ses fesses. Eunice tombe sur le lit, bras en croix. Camille la regarde encore.
— J’aime comme tu es belle.
— Déshabille-toi.
Camille s’exécute. Elle n’a rien prémédité. La peau nue d’Eunice contre la sienne la ravit. Elle s’assoit à califourchon sur son ventre. Deux mains soulèvent son bassin.
— Viens.
Le message est clair. Camille plaque son sexe sur la bouche d’Eunice. Aussitôt la mâchoire se cale au cœur de sa vulve. La langue fouit. Un doigt se faufile, passe la fourchette et caresse de conserve l’entrée du vagin. Camille a envie de s’effondrer tant la chatterie l’emporte. Elle doit tenir, gainer. Elle passe ses mains derrière sa nuque pour ouvrir les épaules. Son sexe déborde. Celui d’Eunice coule. Camille s’envole. Deux doigts la cueillent au moment où son clitoris part en vrille. Elle feule. Elle crie. Elle touche la Voie lactée en même temps que son ventre est aspiré vers le tréfonds. Elle s’aplatit, les deux coudes de part et d’autre de la tête d’Eunice, les deux doigts toujours vissés en elle. Sa chair sursaute encore. Eunice dévore ses lèvres.
Camille tend le bras vers la table de nuit. Il est un peu court. Les abdominaux d’Eunice le rallongent. Le jouet sexuel sort du tiroir en même temps que les doigts d’Eunice quittent leur logement provisoire pour aider Camille à arrimer le harnais. Camille se met à genou entre les cuisses d’Eunice. Sa main explore sa vulve, choie le clitoris et se faufile vers le vagin. Eunice se cambre. Son souffle est court. Camille guide le jouet tout en douceur. Elle veut qu’il la pénètre lentement, lentement, qu’Eunice grogne de désir, qu’il vienne puis fasse mine de repartir. Lentement. Doucement. Eunice est comble. C’est ce qu’elle aime. Camille se colle contre elle. Elle sent le vagin d’Eunice faire ce qu’il veut de ce jouet. Elle le laisse agir à sa guise et accompagne le mouvement.
Petit à petit, le souffle d’Eunice se raccourcit encore. Son pubis se soulève de plus en plus vite, de plus en plus haut. Camille maintient la pression, la langue à présent vermillonne du côté de ses oreilles. Il lui devient difficile de rester en position. L’orgasme d’Eunice porté par sa masse musculaire va l’expulser de l’autre côté du lit. Elle le sait. Il s’en faut encore de deux, trois, quatre minutes maximum. Camille savoure cette lutte qui n’en est pas une et Eunice l’embarque dans son plaisir, congédiant le jouet en même temps qu’elle la fait rouler dans le mitan. Déjà, sa main se glisse entre ses fesses. Camille la laisse courir. Elle aime ce doigt qui flirte avec son anus. Elle aime la langue qui peut-être va prendre la place. Elle aime ce qui est doux. Elle aime ce qui est fort. Eunice la bascule de nouveau sur le dos. Elle se cale entre ses cuisses, posant ses pieds sur ses épaules. Elle lui retire le harnais. Des doigts, elle écarte ses petites lèvres puis flatte le clitoris avec l’extrémité arrondie de la ceinture. Camille gigote. Eunice rit. Elle sait ce dont elle a envie, vraiment. Elle continue son jeu quelques minutes puis fait descendre le cuir jusqu’à l’orée du vagin.
Il n’est pas assez solide pour y entrer mais l’illusion qu’il procure transforme Camille en une chair mousseuse. Il tergiverse. Un doigt prend la suite. Deux. Trois. La main se ferme et se fait poing. Camille attrape le poignet d’Eunice. Il ne bouge plus. Il fait corps avec le vagin. Camille est à bout de souffle. Un long râle l’emmène outre-monde. Eunice sort doucement son poing. Camille retient deux doigts encore. Elle s’y ancre. Elle ouvre ses bras. Eunice y plonge. Elles se collent l’une à l’autre, s’agglutinent. Eunice récupère ses doigts. Camille plaque son pubis luisant contre sa cuisse. Elles s’étreignent plus fort encore. Au loin, un clocher fend la nuit.
— Il est quelle heure ?
Eunice tire la tête vers le radioréveil.
— L’heure de souper.
Camille regarde à son tour. Elle soupire.
— Tu vois qu’on n’a le temps de rien…
— Viens, on en parle en mangeant. J’ai faim.
Elles sortent du lit, enfilent de quoi ne pas avoir froid et vont dans la cuisine. Eunice met le feu sous la soupe. Sur la table, deux assiettes de crudités sont prêtes. Camille bat des mains.
— Tu es merveilleuse !
— Attention à ce que tu dis, sinon, tu n’auras pas avalé une cuiller que tu te retrouveras de nouveau les fesses à l’air.
Elles rient. Elles s’installent à table. Camille prend un morceau de pain.
— Je suis désolée pour ce matin, Eunice. Et pour toutes ces fois où je ne prends pas le temps pour nous. Souvent, j’ai envie de toi et je me dis qu’il est déjà tard, que je ne vais pas dormir assez, que… Je ne sais pas.
— C’est vrai que le désir lesbien ne se règle pas en trois minutes chrono. Et encore, ni toi ni moi ne sommes longues à la détente.
— Oui, mais j’aime tellement le plaisir que l’on se donne. Quand on commence, je n’ai plus envie de m’arrêter.
— Alors, tu préfères ne pas commencer…
— Un truc comme ça.
Eunice se lève tirer la soupe du feu. Elle les sert. Camille grignote ses crudités, l’air songeur.
— C’est idiot.
— Non, ce n’est pas idiot. C’est comme ça. Mais j’en souffre. Alors, j’aimerais que l’on trouve une solution. Je sais d’expérience que le désir est fugace. Si on ne lui fait pas une place, il file ailleurs.
— Je t’interdis !
— Je n’en ai pas envie. Vraiment pas.
Le ton d’Eunice est grave soudain.
— Écoute Camille. Je t’aime et je suis bien avec toi. Quand je t’approche et que tu repousses ma main, oui, cela me fait mal même si ta tendresse me dit alors que ce n’est pas affaire de sentiments. Je sens aussi que tu as besoin de te reposer et je respecte cela.
Camille a posé ses couverts. Elle se lève et va s’asseoir sur les genoux d’Eunice.
— Prends-moi.
Deux doigts se glissent à l’intérieur de son bas de pyjama et la pénètrent. Elle grogne. Les doigts ne bougent pas. Camille les savoure, là. Son vagin aspire et se relâche. Le plaisir monte doucement, du plus profond de son ventre. Elle dévore la bouche d’Eunice. Elle se plante un peu plus sur les doigts. Elle bourdonne. Sa tête roule dans le creux de l’épaule d’Eunice. Sans prévenir, son corps s’étarque. Eunice la garde sur ses genoux. Camille retombe. Son souffle est un peu court. Elle embrasse encore Eunice.
— Chaque fois que tu douteras de mon désir, tu me prends comme ça. D’accord ?
Eunice sourit.
— Mais je ne te laisserai plus le loisir d’en douter…



Cy Jung, 6 novembre 2014®.

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