Blog — La Cocotte enchantée

[La Cocotte enchantée] 31e dimanche du temps ordinaire, Commémoration de tous les fidèles défunts, lectures au choix dans le rituel des funérailles



Cy Jung — [La Cocotte enchantée] 31e dimanche du temps ordinaire, Commémoration de tous les fidèles défunts, lectures au choix dans le rituel des funéraillesSi la lecture est au choix, alors, lisons.

« Et ce ne fut pas un car, ni deux, ni même trois qui s’avérèrent nécessaires pour emmener ce flot dans le petit cimetière des Côtes-d’Armor où reposait le corps de Laure Boitillart, lesbienne émérite morte sur une route du Moyen Atlas marocain au volant d’un 4x4 gros comme un camion. Il en fallut cinq, tant la mobilisation était grande, cinq cars et plus de deux cents personnes dont huit journalistes, trois pasteurs, un curé, un rabbin, deux aumôniers musulmans, douze syndicalistes, quatre inspecteurs primaires — mais pas la Grosse Sss…, avec cinq s, s’il vous plait — et trois bénévoles du Secours catholique encadrant un petit chœur d’enfants.
« La professeure Schbounzalovski était aussi du voyage. Ce fut elle qui guida à l’intérieur du cimetière la civière sur laquelle reposait Marcelline et repoussa, d’un simple revers de main, la pauvre famille que Françoise Faon avait pris un malin plaisir à semondre.
« Devant cette foule laïque bien décidée à honorer les amours de Laure et de Marcelline, ils étaient là, apeurés, miséreux, misérables. Personne ne les salua et quand la mère de Laure, chapelet en main, tenta dans un ultime ressort de s’interposer, ce fut le curé en personne qui la menaça de son goupillon dégoulinant d’eau bénite.
« — Vous irez en enfer, mécréante, la menaça-t-il d’une voix si grave que même madame Grandrond, rétive à toute idée de châtiment divin, eut peur. Le Paradis ne connaîtra pas votre haine, je le jure devant notre Seigneur.
« La mère recula et baissa la tête.
« — Et ne vous avisez pas de toucher à ces fleurs, poursuivit ce digne serviteur de Dieu, le goupillon de plus en plus menaçant. L’amour qu’elles renferment ne pourrait que vous tuer. » [Camellia rose (2009), pp 27-28.]

Voilà une écriture bien éloignée des lectures habituelles de la Cocotte enchantée mais puisqu’il s’agit d’honorer tous les morts en ce 2 novembre, honorons Laure et avec elle toutes les lesbiennes bafouées et reniées à perpétuité par leur famille, ce soi-disant havre de paix qui produit tant de violence et tant de haine. Notre Cocotte serait d’accord avec ça, et elle s’en serait chargée elle-même si elle n’était pas tant occupée à lustrer le Moule de sa culotte en chiffon de comptoir. Il n’y a plus que cela qui l’intéresse, le sexe, même si elle tente de faire diversion dans la Cassolette. Aussitôt, son désir refait surface, bouillonnant sous le Couvercle de la Bassine à confiture ou infusant dans la Tisanière.
Ah ! le sexe. Et l’amour ? Suspens.
À plus !

Information publiée le dimanche 2 novembre 2014.

Version imprimable de cet article Version imprimable





Chronique précédente / Chronique suivante
Retour à toutes les chroniques



Les vingt derniers articles publiés sur le site de Cy Jung sont ici





Si vous êtes éditeur,
découvrez les manuscrits de Cy Jung
ici.