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Après-midi



Cy Jung — LexCy(que) : Après-midi

Ma phrase [*] : « Bonne aprème ! » ; « Bon aprème ! J’utilise plutôt le masculin. »

* Développement initial (30 janvier 2015)
* Addenda (30 mars 2015) — Quid des câpres ?

Le genre des noms est une question qui peut être plus périlleuse qu’il n’y paraît et si j’utilise plutôt « après-midi » (ou « aprème ») au féminin, je sais qu’il existe aussi au masculin. N’est-ce pas étrange ? Je m’en vais à la médiathèque tenter de percer le mystère.

Grevisse traite du genre d’ « après-midi » dans son [§476 2e] consacré aux « Noms composés et locutions nominales » dits « exocentrique » c’est-à-dire dont le « noyau est externe ». J’ai beau comparer avec la définition de « endocentrique », je ne comprends pas bien. Qu’importe ? Dans ces composés exocentriques, il y a un prédicat et un nom sous-jacent, celui-ci étant censé donner son genre à l’ensemble. Grevisse remarque d’emblée que le nom sous-jacent ne serait pas si facile à déterminer, ce qui a pour conséquence que les genres sont parfois incertains.
Pour « après-midi », le nom sous-jacent serait « midi », masculin. Donc « un après-midi ». C’est ce que dit l’Académie jusqu’en 1932 avant de reconnaître le féminin en 1986 tout en précisant en 1992 « On doit préférer le masculin. » « Pourquoi ? » demande Grevisse… moi aussi ! Il évoque alors la fréquence d’usage du masculin, surtout à l’oral, tout en indiquant que le féminin se rencontre à l’écrit depuis longtemps, certains auteurs utilisant le masculin et le féminin parfois dans la même page.
Cy Jung — Hétéro par-ci, homo par le ratPour ma part, il me semble que j’utilise le féminin à l’oral. Et à l’écrit. Mais comme le dit Grevisse, rien n’est fixé ! Dans Hétéro par-ci, homo par le rat (1999) par exemple, le mot apparaît quatre fois. Deux fois le genre n’apparaît pas. Une fois, je l’ai mis au masculin (« Cet après-midi, après un débat houleux où certains conservateurs ont fait montre de la pire étroitesse d’esprit, le parlement de la Feder a voté à une large majorité une résolution autorisant les hétérosexuels à se marier, à procréer par voie naturelle et abolissant les discriminations sexuelles. »), la dernière au féminin (« Léa, enfin réconciliée avec la vie, détaille par-delà la fenêtre les passants qui sillonnent les trottoirs glissants en cette fin d’après-midi pluvieuse. »).

Le « double genre » de « après-midi » reste donc une énigme. Je pousse un peu mes investigations et lit dans le [§468] de Grevisse que « Le genre des noms inanimés est arbitraire », arbitraire souvent lié à leur formation et leur histoire. Il n’y a donc pas de règles strictes et les usages évoluent. Mais ces noms sont-ils si nombreux ?
* Il y a d’abord les cas fameux de noms qui changent de genre entre le singulier et le pluriel bien que cela ne soit pas si automatique que le laissent entendre les jeux télévisés et les soirées devinettes [§471] « Amour », par exemple, « est ordinairement masculin au singulier et souvent féminin au pluriel » mais il existe des contre-usages à ne pas négliger. Je vous renvoie au Grevisse pour alimenter vos prochaines conversations littéraires et vous signale que sont dans le même cas, avec donc les mêmes réserves, « délice » et « orgue ». Gare donc aux joutes stériles !
* Il y a ensuite les noms qui changent de genre selon le sens (ou l’inverse) [§470]. Ceux-là sont moins dans la logique de ma question initiale mais je vous signale, en vous invitant chaque fois à trouver le double sens (pas toujours évident), « chose », « foudre », « hymne », « merci », « oeuvre », « orge », « période ».
* Grevisse note également que les noms de lieux ont également des genres variables selon les usages. Il en est de même pour les noms d’origine étrangère récemment intégrés et dont l’usage n’est pas fixé (j’avais fait un article, « Coming out » que vous pouvez lire ici). Grevisse vous propose moult cas particuliers. Je vous invite à aller voir directement.

Je préfère revenir sur les noms qui, à l’instar de « après-midi » changent de genre sans changer de sens ou de nombre, Grevisse me ramène à son [§476] avec « autoroute », plutôt féminin et dont « le masculin se justifie mal », « oriflamme » qui passe au masculin « peut-être sous l’influence de « drapeau, étendard, etc. » et « télécabine » plutôt féminin.
Grevisse cite aussi « après-guerre », « avant-guerre » et « entre-deux-guerre » au genre indécis. « Entrecôte » est lui passé du masculin 1878 au féminin 1932 ; surprenant. « Perce-neige » est féminin pour l’Académie, masculin dans l’usage.
Pour clore cet article qui prouve que les textos sont un outil de communication qui peut porter à l’écriture, je vous renvoie pour finir au [§481] consacré aux noms dont le genre est à remarquer. Vous y trouverez une liste de noms dont le genre est établi mais avec des doutes et des controverses.
Amusez-vous bien !

Quid des câpres ?

Les câpres. Comment ai-je pu oublier les câpres dont le genre est également indéfini sans changement de sens ?
C’est assez simple, en fait ; j’ai toujours dit « un câpre » (masculin), ce qu’Antidote relève comme « genre inusité » et il a fallu un échange de pots de câpres et de textos avec Isabelle pour que je découvre que l’on dit plus volontiers « une câpre » (féminin). Bigre. Je remarque d’ailleurs qu’Antidote est seul à avérer le masculin, ni XMLittré ni Cordial ni le TLF n’y faisant référence. J’imagine que l’on doit ce masculin inusité au fait que « câpre » est « emprunté à l’italien » et l’on sait que le genre des mots étrangers est par nature capricieux.
J’en profite pour vous signaler que « câpre, câpresse » désigne aux Antilles françaises une « personne issue du croisement de nègre et de mulâtre » (TLF) terme que l’on retrouve dans un joli roman de Gisèle Pineau dont on peut lire une présentation ici.
Enfin, n’oubliez pas le circonflexe, sinon, vos salades et vos tartares vont sentir la poudre. Je vous laisse deviner pourquoi.


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[*Conversation privée par texto, décembre 2014.


Information publiée le vendredi 30 janvier 2015.

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