Les interviews de Cy Jung

Document — « Oui. Je dis clitoris, nichon, à France 5. »



Cy Jung — Document — « Oui. Je dis clitoris, nichon, à France 5. (...)

À l’occasion d’une intervention à l’université de Lund (Suède) le 18 mai 2015 pour l’IDHAOT, Cy Jung a retranscrit la partie la concernant du documentaire d’Ingrid Seyman (2014) « À vos cannes, citoyens ! » (ici) diffusé sur France 5 les lundi 2 février 2015 à 8 heures 30 et samedi 7 février 2015 à 23 heures.

Vous trouverez ci-dessous cette retranscription.
La présentation de cette intervention à Lund est ici, le texte de cette causerie suédoise (in english here) et le documentaire toujours visible lala.

Voix off : Comme tous les albinos, Cy Jung est malvoyante. Cette féministe, écrivaine de livres érotiques, milite principalement avec sa plume et n’a jamais eu sa langue dans sa poche.
Cy Jung : Je voulais être présidente de la République quand j’avais trois ans. J’étais abonnée à Rouge quand j’avais douze ans ; Rouge, c’était la revue de Lutte ouvrière [parti trotskyste, NDCy] à l’époque, je ne sais pas si cela s’appelle toujours comme ça. Je ne suis pas tellement marxiste, je suis plus anar. Et quand j’avais dix-sept ans, je suis allée militer sur le plateau du Larzac pour lutter contre l’extension du camp militaire. J’étais mineure, je me suis fait arrêter… Voilà. Je ne sais pas vivre autrement qu’en m’engageant dans le monde dans lequel je suis et de lui dire ce dont moi j’ai envie. Je ne sais pas si j’ai raison dans ce que je défends. Je dis au monde, moi j’ai envie de ça.
Voix off : Le virus de l’engagement n’a jamais quitté Cy, qui intervient régulièrement au Centre LGBT de Paris, un lieu associatif dédié aux personnes lesbiennes, gays, bis et transsexuelles.
Ariane Sirota (plasticienne) — Salut !
Cy Jung — Ça va ?
Ariane Sirota — Ça va et toi ?
Cy Jung — Oui. Tu fais ton…
[…] Aujourd’hui, les femmes représentent 50 % de la population et elles n’ont ni 50 % de la richesse ni 50 % du pouvoir ni 50 % de la santé et ainsi de suite. Il n’y a pas de raison que cette partie de l’humanité ne jouisse pas à parts égales des bienfaits de l’humanité. Je suis militante féministe parce que je suis homosexuelle et j’ai envie de dire : je suis homosexuelle parce que je suis militante féministe. Cela veut dire que même si mon partenaire était de sexe masculin, je resterais lesbienne. Parce que, pour moi, c’est politique vraiment d’être « lesbien » ; ce n’est pas qu’une histoire de lit, de coucheries, de sexualité.
[…]
Cy Jung — À une époque, sur mon site Internet, il y avait marqué, en phrase d’exergue, « Il est temps que les lesbiennes brûlent leur culotte comme les féministes l’ont fait de leur soutien-gorge ; » Je suis sur cette ligne-là.
Tania Lejbowicz (commission lesbophobie de SOS homophobie) : [Rires] C’est intéressant, cette visibilité… En fait, on fera beaucoup de pub sur la structure du rapport complet, il y a toute une partie sur la visibilité lesbienne. Et justement, la visibilité, pas à nier mais à accepter.
Cy Jung — J’anime de temps en temps des ateliers d’écriture dans ce Centre pour permettre l’expression d’une parole essentiellement autour des questions de sexualité. Et je pense que les lesbiennes, comme les gays d’ailleurs, obtiendront leur libération, non pas par l’égalité des droits mais par la visibilité de leur sexualité. C’est-à-dire que quand ils seront reconnus comme des êtres sexués qui ont une sexualité autonome et que cette sexualité sera respectée, reconnue, je pense que ce jour-là ils seront libres. On pourrait dire la même chose des personnes en situation de handicap ; c’est-à-dire que, peut-être que, finalement, l’accessibilité dont on parle tous les jours — les rampes d’accès, les lisibilités, tout cela — c’est très bien, mais faisons des personnes handicapées des êtres sexués, et alors ce seront des citoyens. Je pense qu’il y a effectivement un lien direct entre le pouvoir et la sexualité.
Voix off : Mais ce soir, au Centre LGBT, ce sont les liens entre sexualité et santé qui sont à l’honneur dans le cadre d’une soirée consacrée au cancer du sein.
[Diverses petites phrases de conversation.]
Sœur Salem de la langue ardente et de la perpétuelle indulgence : Allez ! mes chéries, concentration.
Flora Bolter (coprésidente du Centre LGBT Paris-IDF) : Bonsoir, merci d’être là si nombreuses et nombreux. Nous allons parler des seins parce que les seins finalement on aime bien ça et les seins, ou leur absence aussi, dans l’optique d’Octobre rose, sur la prévention des cancers féminins et plus spécifiquement du cancer du sein…
Cy Jung : Je ne peux pas militer pour les femmes si je ne milite pas pour leur corps et leur santé. Les choses sont liées. On a milité pour l’avortement, on a milité pour la contraception, aujourd’hui on milite toujours pour ces choses-là qui sont toujours en danger. Et on milite aussi pour que les femmes restent en bonne santé.
Sœur Salem : On fait plein de vœux mais le vœu surtout d’être avec vous, à vos côtés, et de se régaler. Alors ma chère Clito…
Sœur Clito’Tem et de la perpétuelle indulgence : Les sœurs vous invitent à tâter le téton à la tonne. Tripotez-vous les unes les autres, palpez-vous la pulpe, malaxez-vous la mamelle, butinez-vous le bouton, gloutonnez-vous le mamelon. Pour celles qui n’en ont plus, ceux qui n’en veulent plus, celles qui en voulaient plus et celles qui ne sont plus. De Paris à Chinon, bichonnons nos nichons.
Sœur Salem : La santé concernant les femmes qui aiment les femmes en France n’est pas subventionnée. Faire ce petit opus demande qu’il y ait des militantes comme Cy Jung qui consacrent du temps, de l’énergie, qui offrent leur talent pour qu’on puisse avoir un ouvrage de qualité qui a été réalisé avec des médecins, des infirmières pour le contenu médical. À tous celles et ceux qui réalisent des outils de prévention, eh bien ! les Sœurs, nous les bénissons. Vous l’aurez dans votre poche en sortant. Cadeau.
[…] Peut-être on va expliquer qu’on a aussi des caméras qui vont rester avec nous quelques instants et qui après vont s’éclipser…
Voix off : Alors que l’animatrice nous presse de nous éclipser, Cy Jung prend la parole à la volée afin de justifier la présence de nos caméras.
Cy Jung : Ici, on a l’habitude de faire son coming out parce que l’on est gay, lesbienne, trans. Moi, je fais un peu mon coming out parce que je suis malvoyante. Ce que je veux dire là c’est qu’il faut aussi que vous sachiez que parmi nous, il y a d’autres différences que notre homosexualité. Tenir compte de cette autre différence est important. Et c’est important aussi que l’on se montre. Je suis très fière, je vous le dis, de pouvoir dire sur France 5 « Il y a des malvoyants, lesbiennes, qui ont un propos sur la sexualité et la santé. » Parce que sur France 5, il a des malvoyants qui regardent le magazine sur les déficients visuels et, ce jour-là, ils vont se dire, « Tiens ! Y a une gouine » ; « Y a des bigleux, ils couchent ! » Et puis ils peuvent dire « clitoris », « nichon ». « Oui je dis « clitoris », « nichon » à France 5. »
[…] Si tous les handicapés étaient militants, cela se saurait et on n’en serait pas là où l’on en est aujourd’hui. Et d’ailleurs, j’invite tous les handicapés à être militants quel que soit d’ailleurs le domaine de militance parce qu’un handicapé qui milite à l’UFC Que Choisir [association de défense des consommateurs, NDCy] il est obligé d’accéder au local donc il va militer pour que le local soit accessible. S’il reste chez lui à regarder la télé, le foot, la pizza, cela ne marche pas.
Voix off : Alors, à vos cannes, citoyens ! (Marseillaise).

Information publiée le jeudi 14 mai 2015.

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