LexCy(que)

Petit-déjeuner d’un petit déjeuner



Cy Jung — LexCy(que) : Petit-déjeuner

Ma phrase [*] : Je m’installe pour petit-déjeuner.

* Développement initial (26 février 2009)
* Addenda (11 juin 2009)
* Et le pluriel ?
* Anglais ou continental ? (29 mai 2010)

Cy Jung — Once upon a pouletteLe verbe « petit-déjeuner » et le nom « petit déjeuner » resteront des souvenirs impérissables des corrections sur mes premiers romans. La question était celle du trait d’union que spontanément j’avais mis à « petit déjeuner » (le nom) dans Once upon a poulette. Jeanne et Zoé y petit-déjeunaient sept fois, preuve s’il en est du nombre de nuits qu’elles ont passées ensemble.

Cy Jung — Hétéro par-ci, homo par le ratDans Hétéro par-ci, homo par le rat, les choses se sont corsées. Pascale m’a indiqué la règle suivante :
* « petit-déjeuner » (le verbe) prend toujours un trait d’union.
* « petit déjeuner » (le nom) n’en prend pas sauf s’il est « anglais » ou « continental ».
Ainsi, Léa « prépare le petit déjeuner » page 112 et Louis, alors qu’ils sont à Amsterdam, « récupère le petit-déjeuner continental » page 159.

Cy Jung — Es ist eine pouletteQuant au verbe « petit-déjeuner » avec son trait d’union, on le retrouve dans le roman suivant, Es ist eine Poulette où Ulrike, page 28, propose à la bande « de petit-déjeuner chez elle » au retour d’une fête.

Depuis Hétéro par-ci, homo par le rat, je suis donc cette règle au risque que mes lectrices et lecteurs considèrent que j’ai le trait d’union aléatoire.
Que disent mes dictionnaires ? Pour le verbe, le trait d’union est acquis. Pour le nom, Antidote confirme qu’il peut s’indiquer avec ou sans trait d’union, sans faire de différence entre les deux orthographes. Mon Petit Robert, lui, est catégorique : il met systématiquement le trait d’union, sans indiquer que son absence est possible. Le TLF propose l’exact inverse : s’il met « petit déjeuner » toujours sans trait d’union dans son article sur « déjeuner », il ne met pas non plus de trait d’union à « petit déjeuner continental » dans son article sur « continental ». Le XMLittré, enfin, propose l’expression au XIIIe siècle dans sa notice sur « déjeuner », avec « petit desjeüné » orthographié en ancien français sans trait d’union.
Le Grevisse en ligne, pour finir, ne m’indique rien.

La règle que m’avait donnée Pascale date d’une dizaine d’années, Hétéro par-ci, homo par le rat ayant été corrigé courant 1998. Mais où l’a-t-elle trouvée ?

La réponse de Pascale :

Je me souviens de nos discussions sur ce point, mais [**] je ne sais plus où j’avais trouvé cette règle.
Aujourd’hui, je suis plutôt favorable au trait d’union, quelles que soient les circonstances : « petit-déjeuner » est une unité lexicale qui forme un nom composé comme « petit-lait » ou « petit-gris ». En abrégé, cela donne « petit-déj’ ».

Le commentaire de Cy Jung :

Je note l’évolution de la règle. Je garde pour l’instant la distinction entre « petit déjeuner » et « petit-déjeuner continental », petit caprice d’auteure qui aime l’étrangeté. Mais peut-être qu’à mon onzième livre, je reviendrai à ce trait d’union que j’avais spontanément mis dans Once upon a poulette ? Je ne sais pas.

Addenda (11 juin 2009)

Cy Jung — Camellia roseUne lectrice avisée me fait remarqué que mes héroïnes petit-déjeunent beaucoup plus qu’elles ne déjeunent, ne goûtent, ne dînent ou ne soupent. Je n’y avais pas prêté attention. J’ai argué, à la va-vite, que l’un des objets de mes livres étant de les faire dormir ensemble après de jolis moments de concupiscence, il était logique qu’elles savourent ce bonheur entre café et croissants. J’ignore si mon intention était là… et j’ignore même si j’avais une intention en la matière.
Pourtant, je trouve l’argument tout à fait adapté à la systématisation du trait d’union pour tous les petits-déjeuners, qu’ils soient continentaux, anglais ou autre et décide dans la foulée d’adopter cette nouvelle règle dans Camellia rose.
Voici les phrases où j’établis cet usage :
p. 36 : Le premier jour, d’ailleurs, elle ne mangea rien d’autre que le petit-déjeuner qu’on lui avait servi à l’hôpital.
p. 57 : La dame de salle récupéra un plateau de petit-déjeuner sur le chariot dans le couloir, le posa sur la table à roulettes de la chambre, s’en retourna quérir la bouilloire et versa l’eau chaude dans la théière.
p. 87 : Les portes s’ouvraient une à une, puis se fermaient, entre deux grincements de roues du chariot transportant les plateaux du petit-déjeuner.
p. 87 : Elle ouvrit le store, vérifia d’un nez expert qu’elle n’avait pas fait dans son lit durant la nuit, lui servit son petit-déjeuner avec deux tasses de thé et poursuivit sa tournée des popotes en chantonnant.
p. 92 : Quand les premiers grincements du chariot de la dame de salle annoncèrent l’arrivée imminente du petit-déjeuner, le merle partit se poser sur sa branche, sans réveiller Marcelline qui s’était assoupie au pied du radiateur.
Mais… J’entends un contre-argument : si l’on prend son petit-déjeuner seul, que vaut ce trait d’union ? Une promesse… ou un souvenir… ou les deux. Cela ira-t-il ?

Le pluriel de « petit-déjeuner »

De nombreux internautes arrivent sur cet article en ayant demandé à leur moteur de recherche le pluriel de « petit-déjeuner » : avec ou sans trait d’union, celui-ci ne fait aucun doute dans la mesure où ce nom est composé d’un adjectif (« petit ») et d’un nom (« déjeuner ») ; on écrit donc « des petits-déjeuners » ou « des petits déjeuners ».

Anglais ou continental ? (29 mai 2010)

Il n’est pas rare également que des internautes arrivent sur cette page après avoir demandé à leur moteur de recherche ce que sont un « petit-déjeuner anglais » et un « petit-déjeuner continental ». Il me paraît temps de leur donner la réponse.

Les plus perspicaces auront compris que « continental » s’oppose ici à « anglais », l’Angleterre étant une île. Voilà pour la géographie. Il s’agit ensuite d’une question de contenu. Le « petit-déjeuner continental » est celui que nous connaissons. Il est sucré et se compose à la base de pain, de beurre et de confiture. Le « petit-déjeuner anglais » est celui qui contient des éléments salés comme des œufs au bacon, des haricots à la tomate ou des saucisses grillées. On en trouve de très belles illustrations sur Wikipedia, descriptif du contenu compris.
Se pose néanmoins une question ; quid du petit-déjeuner allemand qui, à ma connaissance, est composé aussi d’éléments salés alors que l’Allemagne est bien sur le continent ? Renseignements pris, il est en effet composé d’un plat salé autour de Brötchen (des petits pains) accompagnés de charcuteries comme la Leberwurst, du jambon cru, des œufs, du lard frit, de fromage et de quelques crudités et condiments et d’un élément sucré comme du Musli ou du pain assorti de confitures. Mais bien sûr, tous ces petits-déjeuners sont d’Épinal et subissent de nombreuses variations.

Et puisque le sujet a été abordé le 6 mai dernier à la Vénus noire alors qu’il était question de pratique sportive et d’équilibre alimentaire, j’achève cet addenda impérissable par la composition, hors circonstances exceptionnelles, de mon petit-déjeuner continental, que je prends, bien sûr, après le sport du matin : trois noix (pour les oméga 6), une orange (pour la vitamine C, les fibres), une demie banane (pour le magnésium), une petite tranche de pain tartinée au faux beurre (oméga 3 et 6, sucres lents, fibres), un yaourt nature maison (protéines et calcium) et des fruits secs, selon les jours quelques raisins secs (fer), ou deux abricots (vitamine A) ou deux dates (fer). Et en plus, je me régale !


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[*Phrase extraite de Je ne saurai jamais si elle était jolie, manuscrit (version 3), janvier 2009.

[**On remarquera que Pascale, contrairement à Cy Jung, place toujours une virgule devant « mais ».


Information publiée le samedi 29 mai 2010.

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