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En vue / au vu



Cy Jung — LexCy(que) : En vue / au vu

Texto de Sarah : En vue ou en vu ?

Sans trop vérifier, j’ai répondu à Sarah « En vue de faire quelque chose » mais « Au vu de ce qui a été fait. », le « en vue de » me paraissant évident, et le « au vu de » étant un grand classique avec « au su et au vu ». Le texto de Sarah me donne l’occasion d’en savoir plus sur ces expressions.

Antidote me dit d’abord que « en vue » est une préposition avec deux sens différents, « capable de voir » (« quand nous serons en vue de la côte »), et « pour » (en vue de faire quelque chose). J’en profite pour me remettre à l’esprit ce qu’est grammaticalement une préposition, Antidote toujours : « La préposition est un mot invariable qui sert à introduire un complément. Ce complément est très souvent un nom ou un verbe à l’infinitif. »
« Au vu » est également une préposition. « Au vu de » signifie « après avoir été informé », « au vu de tous, de tout le monde » ayant pour sens « sans se cacher, malgré que l’action soit blâmable. » C’est sans doute ce second sens qui nous fait hésiter avec « vue », ce d’autant qu’Antidote donne comme synonymes « à la vue de, au regard de, au vu et au su de, sous le regard de. »
Vous imaginez déjà ma question. D’où vient que le « e » soit tombé, parce qu’il s’agirait d’une construction sur le participe passé de « voir » et non sur le nom commun « vue » ? Le Grand Robert semble aller dans ce sens car il propose « au vu » dans sa notice sur le verbe voir, en le rangeant au passage dans la catégorie des noms. Il propose ainsi deux expressions « Au vu de tout le monde, au vu et au su ».
Plus loin, il propose, à l’instar d’Antidote, le sens de « après avoir examiné », « Au vu, sur le vu des pièces. », cette fois comme préposition. Dans ce petit paragraphe, il est question de constructions de type « Vu par la Cour les pièces mentionnées. Vu la loi du… » ce qui va dans le sens que « vu » serait effectivement issu du participe passé. Le XMLittré confirme l’origine.

Je continue avec Grevisse qui propose trois paragraphes sur la « pseudo-préposition », « vu ».
[§255 b 1°] : « Les adjectifs et participes antéposés deviennent souvent invariables », avec comme exemples, « excepté », « vu », et d’autres. On comprend ainsi pourquoi le « Vu la loi » est invariable.
Le [§255 b 1°] confirme le précédent en indiquant que « L’invariabilité est de règle pour les participes vu, entendu, excepté, compris, qui se comportent plus ou moins en préposition. » Au passage, j’ai aussi confirmation que le « vu » de « au vu » est bien construit sur le participe passé du verbe « voir ». Pour une fois que mon hypothèse se confirme ! Youpi !
Enfin le [§1036 b] disserte sur les « mots souvent rangés parmi les prépositions », dont « vu ». La discussion est un peu technique pour moi. Je vous y renvoie.

Je crois que tout est dit. Reste néanmoins la question de « su », dans l’expression « au su et au vu ». Je ne l’ai pas croisé dans les articles du Grevisse sur « vu ». Où se cache-t-il dans cette vénérable grammaire ? Il n’y est pas. Je me contente donc d’Antidote qui indique la locution « au su et au vu » dans son article sur le participe passé de « savoir ».
Je termine mon tour d’horizon par les Difficultés du français (Robert) qui me confirme en dix lignes ce que je viens de découvrir en trente. J’aurais pu commencer par là ! J’aurais pu… si j’avais su !

Information publiée le jeudi 22 octobre 2015.

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