LexCy(que)

Y (pronom)



Cy Jung — LexCy(que) : Y (pronom)

Ma phrase [*] : Sur le pont d’Avignon, on y danse.

Ève considère ce « y », pronom indiquant le lieu, comme pléonasme ; ce qui rendrait la phrase grammaticalement fautive. Ce n’est d’ailleurs pas tant son usage dans la comptine qui l’agace, mais plutôt la récurrence de cette construction dans les médias qui n’ont de cesse que de propager les mauvais usages de la langue.
Qu’en est-il ?

Grevisse dans son [§680] « En et y redondants » semble moins catégorique qu’Ève. Il indique « (…) en et y peuvent reprendre devant le verbe des éléments détachés en début et fin de phrase. Cette façon de s’exprimer, courant dans le langage parlé, se rencontre aussi dans la langue écrite pour la mise en relief. » Et notre valeureuse grammaire de proposer quelques exemples, dont « Partout où l’oiseau vole, la chèvre y grimpe. » (Hugo lèg., XXII, prologue).
Dans le b), il est indiqué que la redondance « serait problématique » avec une « subordonnée introduite par le pronom relatif où », avec, entre autres, cet exemple emprunté à Zola cette fois « Une gamelle, où il y mit une cuisse d’oie. » (Débâcle 1,4) Heureusement qu’il s’agit de Hugo et de Zola ! Les deux fois, je n’aurais pour ma part pas osé.
S’en ensuive quelques autres usages de « y », comme « s’y connaître en » que l’Académie « considère comme familier », appréciation que module aussitôt Grevisse « réserve que ne confirme pas des exemples ». « S’y entendre » a aussi les faveurs du Grevisse mais pas de l’Académie.
Rien n’est malheureusement dit de notre pont, celui où l’on y court à défaut d’y danser, même si la première réponse du Grevisse me porte à considérer que la construction ne serait pas si fautive que cela. Il va falloir que je pousse ailleurs mes investigations.

Je profite de tester le nouveau téléagrandisseur de la médiathèque (un petit bijou !) pour regarder dans le Dictionnaire historique de la langue française (Robert) si notre pont n’y serait pas. Je ne l’y trouve point mais j’apprends qu’« y » était « d’abord pronom adverbial » et utilisé « dans la langue classique dans des usages comme S’y en aller où avec des variantes dérivées du sens locatif comme dans J’y ai d’abord été (en colère), aujourd’hui incorrectes. » Ouf ! Cela m’évitera d’oser de telles constructions.
Dans le même genre, ce dictionnaire rappelle aussi que « y remplaçant lui dans la langue très familière (j’y ai dit) est une graphie aberrante. » J’y ai portant dit, à mon pont, que j’y cours, à défaut d’y danser.

Me voilà donc sans réponse directe à ma question. Je change de ressources. Le cordial en ligne, sur cette construction-là, indique un pléonasme. Antidote ne me signale rien. Le TLF, lui est plus loquace. Il considère « y » pléonasme dans trois cas de figure.
* Avec un adverbe, «  », « dessus », pour des constructions de type « s’y agir dessus ». Je m’y plie volontiers tant cela ne me serait pas venu à l’idée.
* Avec le relatif «  », ce qu’indiquait déjà Grevisse.
* « Avec un syntagme prép. en appos. » ; je ne comprends pas trop ce que cela veut dire mais il me semble que nous sommes dans le cas du pont au vu des deux exemples « (…) tu y viendras, au sermon. » avec cette nuance que là, le lieu auquel renvoie « y » est après celui-ci et n’indique pas un lieu. Cela fait-il une différence ?
Je termine par le XMILittré qui ne considère que la construction avec «  » comme formant un pléonasme.

Que conclure ?
Que la construction reste fautive à l’écrit même si elle est acceptable sur un effet de style. Par contre, à l’oral, difficile de trouver argument pour véritablement la condamner. Alors, Éve, chez le glacier, on y mange deux ou trois boules ?

Note. Je ne peux manquer un mot sur une autre expression « y voir » avec cette phrase : « Elle commence l’examen avec mon œil droit, celui qui n’y voit goutte (ou presque). » [**]
D’après le Dictionnaire historique, elle « correspond à jouir du sens de la vue, aujourd’hui surtout en emploi négatif (ne plus y voir, y voir mal, etc.) » J’ai cru un instant que ma formule était fautive ou très familière. Me voilà sauve ! Même sans en jouir ? Faut croire.


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[*Ou plus exactement celle d’Ève, adoratrice de bonnes glaces et de bonne grammaire, 11 juillet 2015.

[**« Sainte Marie Joseph @5 », La Vie en Hétéronomie, 18 juillet 2015.


Information publiée le mercredi 18 novembre 2015.

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