LexCy(que)

Anilinctus-lingus et autre cunnilinctus-lingus



Cy Jung — LexCy(que) : Anilinctus-lingus et autre cunnilinctus-lingus

Ma phrase [*] : Oui, charmant, surtout le jour de son mariage, ce jour béni où le futile est monté en mayonnaise là où Sylvie préférerait un bon anulingus histoire de (re)manier le couple et convoler en plus baisables noces.

* Développement initial (20 janvier 2016).
* Addenda (25 janvier 2016) : « S’entreculer » et « Faire feuille de rose »

Développement initial

Cette phrase est issue d’une performance réalisée dans le cadre du Salon du livre lesbien du Centre LGBT Paris-IDF, performance qui en a suivi le thème général, la « liberté d’expression ». J’en avais posté le compte rendu sur la liste de discussion de l’Observatoire de la liberté de création (ici), considérant que les « mots interdits » qui m’ont été donnés ce soir-là portaient une réflexion sur la liberté.
L’un des contributeurs à cette liste m’a fait cette remarque : « J’ai remarqué dans la liste des spectateurs la récurrence étrange de l’analité ! Or, le mot anulingus, par exemple, est abusif, le mot exact étant anilingus, pendant de cunnilingus. Je ne saurai jamais quand et pourquoi il a été ainsi « dévié », pour être plus facile à comprendre ? »
J’ignorais. Et au vu du nombre de sodomites que je fréquente, il m’a semblé que la question devait intégrer ce LexCy(que). Et me voilà partie au pays du plaisir des trous du cul… Fantastique !

Antidote, d’abord, ne connaît ni l’u ni l’autre, trop prude dictionnaire ! Pour « anilingus » il me propose d’ailleurs « unilingue »… C’est vrai qu’y mettre deux langues à la fois, ce serait de la gourmandise !
Passons, et changeons de dictionnaire. Le Grand Robert ne connaît pas plus ces deux mots ; il me propose par contre « cunnilinctus »), en non « cunnilingus » avec cette remarque « On emploie souvent la forme cunnilingus [kynilɛ̃gys], qui est mal formée. » Antidote propose d’ailleurs la même formation que Le Grand Robert avec « léchage » en synonyme ; le pôvre !
Si je reprends l’étymologie du Grand Robert — « 1967 ; d’après le lat. cunnus « con » (→ Con), et linctus, supin de lingere « lécher » — il me faudrait envisager « ani » ou « anu » + « linctus » et non « lingus ». La question devient complexe ! Je m’en vais voir du côté du TLF, assez consciencieux en général sur la formation des mots. Perdu ! Il ne connaît aucune de nos pratiques sexuelles ; le pôvre itou !

Je m’en vais donc sur le Net et ses turpitudes qui, lui, ne peut feindre d’ignorer chose si vile que nos dictionnaires bourgeois l’ignorent. Youpi ! Wikipédia est là : «  L’anulingus ou anilinctus voire anilingus (en anglais « rimming » ou « rimjob »), ou encore « feuille de rose » en langage populaire, est une pratique sexuelle consistant en l’excitation buccale de l’anus ou du périnée. » Voilà donc pour celles et ceux qui se demandaient encore de quoi cet article parle. Mais trois écritures sont proposées, la plus logique semblant donc « anilinctus » si l’on reprend la formation de « cunnilinctus ».
Je continue avec le Cordial en ligne qui connaît « anulingus » et « anilinctus » (sans en donnaer la même définition) ; considérant qu’il propose « fellation, lèchement » en synonyme de « cunnilingus », je suppose que sa posture sur les pratiques sexuelles est encore en formation !
Je ne trouve rien d’autre qui me permette de trancher. Mais bon, on ne va pas trancher dans l’« anilinctus » (que j’adopte pour l’occasion en même temps que « cunnilinctus »), on risquerait de s’y couper la langue. Quant à mon texte, je ne le modifie pas ; le mot m’a été donné pour cette performance ; il appartient à son donneur.

Addenda — « S’entreculer » et « Faire feuille de rose »

Cy Jung — Erik Remes, le 21e sexeJe voudrais verser à cet article un néologisme que j’ai trouvé dans le dernier roman d’Erik Rémès, Le 21e sexe : le verbe « s’entreculer ».
Exemple : « Au sous-sol une autre backroom rouge et graffitée avec sling. Là aussi, plusieurs couples forniquent. Un vieil Allemand est allongé sur le sling et se fait fister par un gros mec. Deux autres gars s’entreculent allègrement. Ça couine, oink-oink. Je me prends un Cialis et hop ! » [*]
Je trouve le terme très ludique par rapport à « enculer », plus partageur, forcément. Je m’amuse à l’utiliser d’une manière très joueuse pour détourner un « Va te faire enculer ! » en un « On s’entrecule ! » à géométrie variable qui indique que l’on est tous dans la même galère, ou le même bonheur.

Par ailleurs, mon interlocuteur à l’origine de cet article me répond (entre autres) « On n’a qu’à dire "feuille de rose" pour réconcilier tout le monde (faut-il considérer que pour forger cette expression on a comparé l’anus à une rose, la langue à une feuille ?). »
L’expression mérite en effet quelques recherches.
Je ne le trouve étrangement pas dans Le Petit Madame H illustré mais le Wikitionnaire (ici) me sauve. Il cite Pierre Louÿs dont le style est si reconnaissable, « Ne faites pas feuille de rose à vos domestiques. C’est un service que vous pouvez leur demander mais qu’il est plus convenable de ne pas leur rendre. » On peut bien sûr en faire d’autres types d’emploi. À chacun de se forger sa langue (ardente) autant qu’il vous en démange, sans la perdre, si possible, ni la donner au chat, à moins que celui-ci ne soit « pussy », forcément !
Miaou !


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[*Phrase extraite d’une performance d’écriture, « Mots interdits et autres fruits défendus », 1er juillet 2015.

[*Érik Rémès, Le 21e Sexe, Texte gay (2015).


Information publiée le mercredi 20 janvier 2016.

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