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Cy Jung, écrivaine — Communiqués

Franchois, ché chuis chi déchue !



Cy Jung — Communiqué — Franchois, ché chuis chi déchue

Paris, le 2 janvier 2016.

Le 16 novembre 2015, trois jours après les attaques terroristes de Paris et de Saint-Denis, devant le Parlement réuni en congrès à Versailles, le président de la République a prononcé un discours solennel « pour marquer l’unité nationale » sur fond de guerre, de sécurité, de police, de renseignement, d’atteintes aux libertés. Rien n’est dit des causes sociales et culturelles de ces attentats, des raisons pour lesquelles de jeunes Français s’engagent dans la lutte armée contre leur pays et leurs compatriotes, les Français qu’ils sont eux-mêmes. Rien n’est proposé d’autre que de se barricader dans nos frontières, de sortir les armes, de contrôler les populations, de stigmatiser les étrangers.
« La France est en guerre. », a dit le président. Guerre est donc faite en Syrie. Et guerre est faite sur le sol français. L’état d’urgence est renforcé et prolongé de trois mois le 20 novembre par le Parlement. Cela est-il nécessaire ? Petit à petit, de nombreuses voix s’élèvent pour mettre en cause la pertinence de l’état d’urgence pour lutter contre le terrorisme au profit d’un État qui restreint les libertés individuelles et collectives, un État qui donne le champ libre aux forces de police et de sécurité sans aucun contre-pouvoir.
Cy Jung fait partie de ces voix qui considèrent que la menace terroriste se combat autant sur le terrain de la sécurité que sur celui de la paix sociale, de l’éducation, de la culture, de la lutte contre le chômage et la pauvreté, du désenclavement des quartiers, de la lutte contre les discriminations qui mettent au ban de la société celles et ceux et hen qui n’appartiennent pas à la gent épicière [*] blanche, masculine, et catholique. La sécurité des personnes n’a pas besoin de l’état d’urgence pour être assurée : notre pays dispose de toutes les lois et les moyens nécessaires à cela. La sécurité a besoin de justice sociale et de liberté ; l’une et l’autre sont les cibles des terroristes ; mépriser la première et attenter à la seconde, c’est entrer dans une logique politique qui n’a que le totalitarisme comme issue.
Dans ce contexte, la mesure consistant à permettre la déchéance de la nationalité française des binationaux « condamné[s] pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme », serait non seulement inique mais également sans effet sur notre sécurité. La déchéance de nationalité n’a à l’évidence ni efficacité préventive, ni valeur de sanction. Elle n’est que mesure discriminatoire d’exclusion.
Devant la multiplication de ces atteintes aux libertés, Cy Jung souhaite marquer sa solidarité avec toutes celles et ceux et hen que la loi autant que les pratiques sociales, économiques, culturelles et politiques du gouvernement oppriment au quotidien, par le discours et par les actes. Elle invite chacun à entrer en résistance, en résistance intellectuelle d’abord par un retour au savoir, à la connaissance et à l’art, en résistance politique aussi, par la diffusion massive des idées de liberté, la dénonciation permanente des pratiques populistes et liberticides. Elle demande enfin, solennellement, à être déchue de sa nationalité française parce qu’elle est étrangère à cette « unité nationale » dont le président de la République ne porte que les oripeaux.

Cy Jung, 2 janvier 2016®.

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[*Délicieuse expression consacrée synonyme de « bourgeoisie ».




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