LexCy(que)

Quoique, quoique et quoi que



Cy Jung — lex(Cy)que : Quoique, quoique et quoi que

Ma phrase [*] : — Quelle journée ! Ils vont me tuer…
Eux aussi ? C’est drôle. Quoique, c’est à moi de le faire.

* Développement initial (31 mars 2009)
* Addenda (25 juin 2009) : « Quoi qu’il en soit »

Je me pose souvent la question de savoir si « quoique » ne devrait pas plutôt s’écrire « quoi que », et inversement. J’ai une nette préférence pour la première forme, surtout quand il est tout seul, mais crains qu’il ne faille souvent l’écrire selon la seconde. Comment trancher ?

« Quoique » en un mot est une conjonction de subordination qui signifie « bien que » et introduit en général une proposition conjonctive au subjonctif. Pour l’identifier, il suffit de la remplacer par « bien que » ou « malgré le fait que » : si cela fonctionne, c’est qu’il s’agit bien de « quoique », en un mot.
« Quoi que » en deux mots, a le sens, de « quelle que soit la chose que… ». Les exemples que prennent les dictionnaires pour illustrer ce « quoi que » en deux mots sont très clairs et je pressens que dans les cas énoncés, je n’aurais pas commis la confusion.

Dans le cas qui m’occupe, comment comprendre la construction de ma phrase « Quoique, c’est à moi de le faire. » pour appliquer ce moyen d’identification ? Elle est complexe : la proposition principale est inversée par rapport à sa subordonnée en même temps que celle-ci ne contient qu’une conjonction dont le contenu est suggéré par le contexte.
Je peux tenter de la réécrire pour en restituer le sens exact. Cela donnerait : « C’est à moi de la tuer quoiqu’ils aient l’intention de le faire. » Dans ce cas, il me semble que « quoique » conjonction de subordination s’impose : « C’est à moi de la tuer malgré le fait qu’ils aient l’intention de le faire. »

J’en profite pour regarder le restant de ce manuscrit.

Je trouve deux « quoi que » (en deux mots) dans une même phrase qui ne semblent pas faire de doute : Je le dois, quoi que j’en pense, et quoi que j’y perde.
Ma phrase pourrait être : Je le dois, quelle que soit la chose que j’en pense, et quelque soit la chose que j’y perds.
Je conserve donc mes deux « quoi que ».

Je trouve un autre passage : La tête me tourne. Tuer qui ? Elle, bien sûr, pas la professeure de natation, ni le kiné, ni les pigeons. Quoique, la professeure de natation… Je vais la tuer.
Comment la distinction s’opère ici ? J’en reste coite et suis tout à fait incapable d’opérer une reconstruction de ma phrase qui me permettrait de trancher.

Pascale ! Au secours !

La réponse de Pascale

En premier lieu, le choix entre « quoique » et « quoi que » ne dépend nullement d’une préférence, mais bien d’une conformité à une structure syntaxique.
En second lieu, selon tes explications, ton « quoique » devrait être suivi d’un subjonctif selon tes explications… et pourtant ton présent est juste. T’es-tu demandé pourquoi tu avais mis une virgule derrière « quoique, » ? La solution à ton problème est là.
Petite parenthèse : dans ta tentative de reformuler ta phrase, la formulation exacte serait : « quoique ce soit eux qui ont l’intention de le faire » ; sinon, ton « quoique » perd tout sens. Il te suffit d’écrire : « c’est à moi de la tuer, mais ce sont eux qui ont l’intention de le faire. »

Pour les deux « quoi que » dans « Je le dois, quoi que j’en pense, et quoi que j’y perde. », tu as raison, il s’agit bien de « quoi que », mais tu pourrais formuler plus simplement : « Je le dois, quel que soit ce que j’en pense, et quel que soit ce que j’y perds (ou perdrai, ou risques d’y perdre…). »

Je reviens à ta question initiale et à cette virgule derrière « quoique, ».
Tu confonds « quoique » et « quoique, » et non « quoique » et « quoi que », d’où la difficulté à laquelle tu te heurtes. Il t’est impossible de trancher, et ce, pour une raison simple : tu confonds deux emplois très différents de « quoique » :
1. L’emploi traditionnel que tu expliques très bien, soit celui qui veut que lorsque tu remplaces « quoique » par « malgré le fait que », tu résous ton problème instantanément et sans aucune difficulté.
2. L’emploi contemporain et oral que tu en fais, qui revient à employer « quoique » quand il faudrait tout simplement dire : « finalement », « tout bien réfléchi », « tout compte fait »…
C’est aussi pourquoi tu es obligée de le faire suivre d’une virgule… et que ton présent était juste.
Si tu reprends tes réflexions sur ces bases, tu devrais mieux t’en sortir.


Le commentaire de Cy Jung.

Bigre ! on m’avait caché quelque chose.
J’ignorais totalement cet « emploi contemporain et oral » de « quoique » et je n’avais pas fait attention que les définitions du terme comportaient toutes deux emplois, peut-être parce que je situais d’emblée mon problème sur la distinction entre « quoique » et « quoi que ». Le Petit Robert, par exemple, est effectivement très clair et propose, outre l’emploi avec l’indicatif et le conditionnel, un emploi seul, avec virgule, dans le sens de « et pourtant ».
Pour ma phrase sur la professeure de natation, il devient évident que j’utilise « quoique, » sur cet usage visiblement cher à Proust vu que le Petit Robert le cite deux fois (une pour illustrer l’indicatif, l’autre le conditionnel).
Reste une question : si j’utilise « quoique » suivi d’un verbe, comment vais-je savoir si je dois le faire suivre de l’indicatif, du conditionnel ou du subjonctif ? Par le sens, me rétorquer Pascale (j’en suis sûre !). Ah ! le sens… Mais qui peut croire qu’un auteur le maîtrise ?

Addenda (25 juin 2009) : « Quoi qu’il en soit »

Sarah me demande (par texto !) comment s’écrit « quoi qu’il en soit ». Je remarque que l’expression n’est pas compilée sur cet article. Je pressens l’écriture en deux mots (« quelle que soit la chose qu’il en soit ») mais préfère vérifier.
Antidote confirme « quoi qu’il en soit » en précisant qu’il s’agit d’un adverbe. Par acquit de conscience, je vais voir ce qu’en dit le Grevisse.
Je trouve « quoi qu’il en soit » aux côtés de « quoi que ce soit » et « qui que ce soit » dans un paragraphe consacré aux cas particuliers où le temps est « figé » dans certaines locutions [§899c2°] : ceci va bien avec le caractère adverbial de la locution énoncé par Antidote (et dont je ne trouve pas confirmation en ces termes dans le Grevisse).

Cette histoire me dit quelque chose…
En dépit de cinq romans roses écrits au passé, je peine toujours à comprendre les subtilités de la concordance des temps et me souviens avoir demandé à Pascale s’il fallait écrire « quoi que ce fut » dans la phrase « Elle préféra calmer les ardeurs militantes de Marjolaine en lui conseillant d’attendre ce dimanche avant de faire quoi que ce soit. » [**]

Pour la postérité de ce LexCy(que), voici les deux autres usages que j’ai faits de « quoi que ce soit » dans ceux de mes romans écrits au passé :
« Celle-ci ne pleurait plus ; elle était trop malheureuse pour exprimer quoi que ce soit. », Diadème rose, février 2007.
Cy Jung — Bulletin rose« Le pire, dans cette histoire, était qu’elle transpirait effectivement la concupiscence sans que son déodorant super actif vingt-quatre heures durant n’y pût quoi que ce soit. » Bulletin rose, janvier 2006.

Je n’ai par contre pas trouvé trace de « quoi qu’il en soit » ou de « qui que ce soit »… avant un nouvel article (14 juillet 2010) « Comme il se doit / Si tant est / Qui que ce soit » qui propose d’autres exemples de locutions figées.


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[*Phrase extraite de Je ne saurai jamais si elle était jolie, manuscrit (version 3), janvier 2009.

[**Phrase extraite de Diadème rose, février 2007


Information publiée le jeudi 25 juin 2009.

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