LexCy(que)

Vieux, vieil devant une voyelle



Cy Jung — LexCy(que) : Vieux, vieil devant une voyelle

Ma phrase (ou plus exactement celles de Victor Hugo) [*] : « Au bruit qu’il fit en marchant, le vieux homme assis tourna la tête, et son visage exprima toute la quantité de surprise qu’on peut avoir après une longue vie. »

Dans le compte rendu de lecture du tome 1 des Misérables que j’ai fait pour ce LexCy(que) (ici), j’avais signalé sans la commenter la construction « vieux homme » qui avait choqué mon oreille moi qui ne peux qu’écrire « vieil homme ». Antidote, lui non plus, n’aime pas. La question se pose donc de la validité de cette construction.

C’est vers le Grevisse que je me tourne pour l’étudier.
Il me propose, dans son [§ 46] « Autres phénomènes se produisant devant une voyelle » un développement sur « Les adjectifs beau, nouveau, fou, mou, vieux. » [e] Et voilà ce qu’il en dit : « La règle est que ces adjectifs prennent devant un nom masculin singulier commençant par une voyelle les formes bel, nouvel, fol, mol (surtout littéraire), vieil. » Mon oreille avait donc raison d’être choquée. Mais comment se fait-il que celle de Hugo n’ait rien entendu ?
Grevisse, comme à son habitude, poursuit son développement en listant exemples et contre-exemples montrant, pour ces adjectifs, les exceptions à la règle. La principale concerne un adjectif de notre liste que suit la conjonction de coordination « et » pour le relier à un second adjectif. On dira ainsi plus volontiers « un vieux et petit homme » que « un vieil et petit homme ». Grevisse ajoute qu’il existe de nombreuses exceptions à cette exception, notamment de la part des écrivains qui utilisent la forme apparemment fautive sans d’autres raisons que de cultiver l’archaïsme.

Grevisse poursuit en indiquant que « hors le cas indiqué ci-dessus, il est tout à fait rare de trouver bel devant une voyelle. ». Pour « fol » et « mol », remarque est faite qu’on les trouve sous cette forme ailleurs que devant une voyelle. Enfin, il est question de « vieux » et des exceptions à son passage en « vieil » devant une voyelle. [§46 e 3e NB 2.], je cite « On trouve dans la langue écrite des exemples assez fréquents de vieux devant une voyelle, soit reflet de la langue familière, soit avec l’intention de donner à l’adjectif plus de relief (…). » Voilà qui est posé. De nombreux exemples suivent.
Reste une question : quelle a été l’intention de Hugo ? Le contexte me porte à faire hypothèse qu’il avait « l’intention de donner à l’adjectif plus de relief », comme dit Grevisse ; il est sûr qu’on le sait, désormais, que l’évêque était vieux ! Cela n’empêche pas la tournure de toujours choquer mon oreille. Voilà pour une fois une construction que je suis certaine de ne jamais reprendre.

Note : Je remarque en allant faire une copie d’écran de l’eBook pour mon illustration que Hugo utilise plusieurs fois cette construction, notamment une fois au pluriel. « Ses chanoines et ses grands vicaires étaient de bons vieux hommes, un peu peuple comme lui, murés comme lui dans ce diocèse sans issue sur le cardinalat, et qui ressemblaient à leur évêque, avec cette différence qu’eux étaient finis, et que lui était achevé. » [*]
Que l’on ne s’en étonne pas, la forme « vieil » n’a que « vieux » comme pluriel.


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[*Phrase extraite de Victor Hugo, Les Misérables - Tome I - « Fantine », Chapitre X - L’évêque en présence d’une lumière inconnue.

[*Victor Hugo, Les Misérables - Tome I - « Fantine », Chapitre XII - Solitude de monseigneur Bienvenu.


Information publiée le jeudi 21 avril 2016.

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