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Garant



Cy Jung — LexCy(que) : Garant

Ma phrase [*] : Elles feraient un tabac, je m’en porte garante.

Puis-je réellement mettre « garant » au féminin ?

Antidote distingue « garant » nom commun (« garante » au féminin) et propose l’expression « se porter garant » et « garant » adjectif qui, attribut, produit les expressions «  (se) rendre garant » et « (se) vouloir garant », la seconde étant assortie d’une citation de Radio Canada où « garant » est au féminin. Dans l’article sur « garant », nom commun, on trouve une citation de Libération avec un féminin, « elle se pose en garante ».
L’usage du féminin semble donc possible mais j’aimerais en trouver la confirmation sur « se porter garant » ; les citations, issues d’un journal et d’une radio, me donnent le pressentiment qu’un usage au féminin serait récent et pas forcément admis dans toutes les constructions.

Le Petit Robert, dans son détail sur l’expression « se porter, être garant » propose un exemple au féminin, avec le verbe « être » et « la justice » en sujet.
Le Robert des difficultés édicte une règle : « Ce terme varie en genre et en nombre lorsqu’il est appliqué à une personne (ou à une chose qui garantit) ; (…) Il reste au masculin quand il signifie garantie. » Si j’applique à ma phrase les exemples associés à cette règle, « je » (féminin) me « porte garante de » alors que « j’ » (toujours féminin) « en suis le garant » (et non « la garante »).
Le Grevisse [308 R5 ; 489 R5] est moins catégorique et contredit le Petit Robert : il indique que « garant » reste au masculin quand il s’applique à des choses avec une citation de Cayrol « L’immensité de la mer se portait garant de nos projets même les plus insensés (Enfants pillards, p. 68). » et renvoie au Littré sur l’exemple « Des choses qui servent de garant ».
Celui-ci propose une longue remarque (en fin d’article) sur la variation en genre. J’en comprends que c’est le sens que l’on donne à la locution qui autorise ou non cette variation avec la nuance évoquée par le Robert des difficultés : si « garant » indique une capacité, une volonté de « cautionner », le féminin s’applique ; s’il est simple « garantie », le masculin demeure.
Quid de la variation en nombre ? Le XMLLittré n’évoque que des problèmes de genre et l’exemple que Grevisse emprunte à Littré ne me paraît pas probant (on aurait pu écrire « des choses qui sont le garant »). Il semble, dans les exemples vus ça et là que l’accord en nombre, quelles que soient les circonstances, se fasse, le seul cas où XMLittré évoque l’invariabilité totale de « garant » étant dans la locution adverbiale « à garant ». Mais, méfiance !

Reste donc à savoir si, dans ma phrase, « je » a une « volonté de cautionner » ou s’il est simple « garantie »… Mystère ! Car la définition de « caution » pour Antidote est « garantie d’un engagement »… Et quelle est la définition de « garantie » ? Le XMLittré dit « dont on s’est porté garant ». La boucle est bouclée et il me faut trancher.
Mon intuition me porte à considérer que la distinction de sens s’opère sur l’intention du sujet : si « je » exprime une intention de « cautionner », alors s’applique la variabilité en genre ; si le sujet (plutôt une chose qu’une personne) indique une « garantie » en tant qu’état, que fait établi, alors c’est l’invariabilité en genre qui s’applique.

Pour ma phrase, je laisse « garant » au féminin mais… ce n’est pas si sûr.

La réponse de Pascale

J’ai l’impression que dans le français actuel on peut faire un peu comme on veut.
Au départ, c’est un participe présent et comme tel, il reste invariable, mais maintenant, il est souvent perçu comme un nom et à ce titre, il s’accorde en genre et en nombre. Dans mon usage personnel, j’ai du mal à dire « je me porte garante », mais ce n’est pas si choquant que ça.
Le dictionnaire de l’Académie propose une locution figurative et familière : « Je vous suis garant, je vous suis garante que cela est vrai, je vous l’assure, je vous en réponds. ». Orthonet, pour sa part, le présente uniquement comme nom ou comme adjectif et l’accorde dans tous les cas.
Voilà les seules garanties du moment.


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[*Phrase extraite de Je ne saurai jamais si elle était jolie, manuscrit (version 3), février 2009.


Information publiée le samedi 11 avril 2009.

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