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Addenda et errata



Cy Jung — LexCy(que) : Addenda et errata

Ma phrase [*] : Errata (3 avril 2009)

Hélène, cheville ouvrière de Ciné Système, et lectrice assidue de ce site, me signale que je fais une confusion de sens sur « errata », terme qui signale une erreur et non un commentaire ou ajout, ce que fait par contre « addenda ».
Antidote confirme immédiatement mon contresens et je modifie mon accroche, substituant « addenda » à « errata ». Mais aussitôt, une question se pose : quid du pluriel ?

Dans le monde des intellos (précaires) au sein duquel je navigue, chacun (dont moi) a envie de rappeler qu’il a fréquenté une classe de latin, qu’il n’ignore donc pas que « a » est le pluriel de « um » et qu’il serait peut-être de bon ton de revenir aux sources et utiliser cette déclinaison latine pour indiquer la variabilité en nombre.
Je me suis donc penchée sur la question. Antidote parle de « pluriel rectifié », et dit : « De nombreux mots empruntés ont un pluriel qui respecte les règles de la langue d’origine, mais pas celles du français. Les rectifications de l’orthographe recommandent d’appliquer à ces mots les règles du nombre du français, facilitant ainsi leur intégration parmi les autres mots français. » Il propose donc « addenda (s) (x) » et « errata (s) », considérant que « erratum » demeure un paronyme de « errata ».

Décidément ! Les questions s’accumulent.
« Paronyme : Mot de sens différent, mais de forme à peu près semblable à un autre. »
Dans le cas de « errata » « erratum », « errata » est « une liste de fautes (pluriel latin « a » oblige) qui se sont glissées dans l’impression d’un ouvrage » alors que « erratum » serait une « faute signalée ». Ainsi, si je devais signaler une faute dans l’un des articles de ce LexCy(que), je devrais parler d’ « erratum » là où mon éditeur publiera peut-être un jour des « errata (s) » en fin de mes livres. Mais attention néanmoins à ce paronyme : XMLittré indique comme « pédantesque » (fichtre !) l’usage de « erratum ».

Voilà pour les définitions. Reste cette question de « pluriel rectifié » que le XMLittré, à l’instar du TLF, ne reconnaît ni pour « addenda », ni pour « errata » dont il ne marque pas le pluriel.
Hélène s’est portée volontaire pour se plonger dans sa grammaire latine. Elle m’écrit : « Pour « addendum / addenda », après vérification de ma grammaire latine, c’est un cas particulier du gérondif, à savoir l’adjectif verbal, qui exprime le passif et l’obligation. D’où "doit être + verbe". »
J’ai demandé des précisions, les voici :
« On construit l’adjectif verbal en ajoutant le suffixe « -ndus », « -nda », « -ndum » au radical du verbe latin (ex : « addere — addendum »). La forme qui nous intéresse, employée essentiellement comme attribut du sujet, a un sens passif, et surtout, d’obligation. Ici, le sujet est sous-entendu et au genre neutre : « Hoc addendum / Haec addenda » signifie « Il faut ajouter ceci », au singulier ou au pluriel. On retrouve la même étymologie pour le mot « agenda », formé sur « agere » : « les choses qu’il faut faire ».

Je n’en sais pas plus sur le pluriel rectifié mais voici un petit cours de grammaire latine qui saura définitivement séduire les nostalgiques de leurs années lycée — dont moi, toujours : c’est en cours de latin que Cécyle a pris un « y » pour devenir ensuite « Cy » ; nouveau mystère que ne tranchera pas le Grevisse.
Il en ouvre par contre un autre et explique [§535] que « addenda » et « errata » sont des « noms collectifs qui ne varient pas au pluriel » quand Le Petit Robert, lui, propose sans argument de marquer ou non le pluriel.
L’argument du Grevisse est intéressant : si l’on considère que ces deux mots, directement empruntés au latin, sont au pluriel dans leur langue d’origine, pourquoi leur adjoindre la marque du pluriel une fois empruntés ? Il n’y a finalement qu’Antidote qui en vient à cette solution. Après recherche, je comprends que ce dictionnaire applique là la Réforme de l’orthographe de 1990 initiée par l’Académie française (pdf) et qui n’a, à ma connaissance, pas été suivie de beaucoup d’effets.

Je suis plus sensible à l’argument du Grevisse qu’à celui de l’Académie. Je m’oriente donc vers l’invariabilité en nombre de « addenda » et « errata » mais, bien sûr, rien n’est jamais définitif.


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[*Phrase extraite de « Pull-buoy », article du LexCy(que) : 3 avril 2009.


Information publiée le lundi 20 avril 2009.

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