LexCy(que)

Gent, gens, gent(te)



Cy Jung — LexCy(que) : Gent, gens, gent(te)

Ma phrase (ou plus exactement celle d’Ève) [*] : Il faut aussi que tu fasses un article du LexCy(que) sur « gent » qui n’est pas « gente ».

Après la publication de l’article du LexCy(que) « Y » qu’elle avait inspiré (ici), nous devisons avec Ève sur les fautes de langage qui l’agacent. « Gent », dont le « t » que l’on prononce et qui est abusivement transformé en « te » en fait partie. C’est l’occasion de parler de ce nom assez usité dans l’expression « la gent féminine » et non « l’agente féminine » ou « la gente féminine », donc.

« Gent », dont le lien de parenté avec « gens » est fort, désigne une nation, une race animale, un peuple. C’est un nom féminin qu’il ne faut pas confondre avec l’adjectif « gent, gente » qui signifie « gentil, joli ». Ainsi la « gent féminine » désigne les femmes (ou « le féminin », mais c’est un autre débat) en tant que groupe là où la « gente femme » (avec un « e » cette fois car « gent » est adjectif) désigne une femme qui serait jolie.
Le TLF précise que l’usage de l’adjectif « gent, gente » est « pour plaisanter ». Ce n’est donc pas forcément un compliment, plus une gentille moquerie.

J’en reviens à « gent », nom féminin. Le TLF toujours indique qu’au-delà de son usage historique au sens de « peuple, nation » (« la gent qui porte turban », c’est l’exemple du TLF) son usage principal est également « pour plaisanter », j’ajouterais « pour railler ». On trouve ainsi l’expression dans des usages forcément moqueurs, dont « gent épicière » qui désigne les bourgeois, expression que j’utilise beaucoup dès que je m’en prends à l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste, comme dans la présentation de mes communiqués « +7 » ().
Je trouve aussi dans le TFL la « gent moutonnière » dont le sens n’est pas à expliciter (et n’a rien à voir avec Petit Mouton ni Copain Mouton qui eux incarnent la gent de l’amour), ou encore la « gent avocassière » et la « gent écriveuse » dont je fais sans doute partie ! Je ne connaissais pas l’adjectif « écriveux », « Personne qui aime écrire souvent, (…) qui écrit souvent par courrier, par Internet » Le mot ne m’est pas très joli ; je le trouve même un chouia péjoratif. Le Grand Robert, qui l’écrit « écriveur », le considère comme familier.
Pour finir ce petit tour des expressions avec « gent », je relève la « gent assassine » pour « les médecins ». C’est méchant !

Voilà qui nous invite à jouer de « gent » pour former les expressions qui nous vont bien pour désigner celles et ceux et hen qui ne méritent que nos invectives et notre mépris. « La gent homophobe » ; cela manque de mordant, je trouve. J’aime bien la « gent trotte-menu » qui désigne les souris, pourquoi pas la « gent pense-menu » en guise d’imbécile (si tant est que l’on puisse considérer les homophobes comme tels, ce qui serait trop facile).
Je vous laisse chercher ce qui va mieux avec un dernier mot dont cet article ne peut faire l’économie : « entregent », construit sur « gent » et qui désigne « l’art de se conduire au milieu des gens » autant que « l’habileté à lier d’utiles relations, à obtenir ce qu’on désire ». Même si cela s’en rapproche, il ne faut donc pas confondre avec l’entre-soi qui certes réclame un certain entregent au sein de la gent que l’on aime fréquenter. Vous me suivez loin de toute aspiration à la gent moutonnière ? J’en suis ravie !


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[*Conversation privée, décembre 2015.


Information publiée le dimanche 21 août 2016.

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