LexCy(que)

Marcel Proust, Du côté de chez Swan



Cy Jung — LexCy(que) : Marcel Proust, Du côté de chez Swann

Les mots et les phrases de Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, tome 1, Du côté de chez Swan.

Proust. Ah ! Proust… Mais pourquoi de si nombreuses personnes en disent-elles tant et tant en même temps que l’extrême longueur de ses phrases est de réputation interplanétaire ? Autant l’avouer, j’en avais une sale image, de Proust, et de ses phrases : trop long, trop descriptif, abscons. On ne devrait pas s’y fier aux sales images et je ne peux que remercier Margueritte Duras de m’avoir soufflé l’idée d’aller y regarder de plus près. Car c’est bien grâce à elle et à l’iPad (l’explication est ici) que j’ai pu accéder à « La recherche », comme on dit dans les milieux avertis dont je m’exclus d’emblée tant j’ai lu ce roman avec le plaisir simple de la lecture et sans y chercher autre chose que cela.
Le plaisir simple de la lecture… Avec Proust, c’est étrange car tout y est en effet pour que l’on trouve ça long, descriptif et abscons. De prime abord, il ne se passe pas grand-chose ; on se demande même s’il va arriver quelque chose. Et les phrases sont en effet longues, si longues, que l’on s’y perdrait ? Eh bien non, justement ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, je n’ai jamais éprouvé le besoin de relire une phrase, me laissant porter par le texte, tout en douceur, tout en plaisir avec, au final, le sentiment qu’il s’en est passé tant de choses qu’à trop me laisser porter, j’ai dû en perdre en route. Proust écrit « Quelquefois même cette heure prématurée sonnait deux coups de plus que la dernière ; il y en avait donc une que je n’avais pas entendue, quelque chose qui avait eu lieu n’avait pas eu lieu pour moi ; (…). » C’est exactement ça. Je laisse le texte agir comme un son de cloche, celui qui vient à la conscience, et celui qui n’y vient pas.
Comme pour Victor Hugo ( et lala), j’ai pu noter au fil de ma lecture essentiellement des mots de vocabulaire qui m’échappaient afin d’en faire un article du LexCy(que). Le voici.

Note : Comme je vais être amenée à beaucoup citer Le Grand Robert, je ferai sous la forme LGR (lesbien, gay, r… ?)

Jacasser
« (…) parfois au contraire celle, petite et si élevée de plafond, creusée en forme de pyramide dans la hauteur de deux étages et partiellement revêtue d’acajou, où, dès la première seconde, j’avais été intoxiqué moralement par l’odeur inconnue du vétiver, convaincu de l’hostilité des rideaux violets et de l’insolente indifférence de la pendule qui jacassait tout haut comme si je n’eusse pas été là ; (…). »

Une pendule qui jacasse… Il est vrai que le tic-tac dans le silence peut être aussi insupportable qu’un « jacassage », soit un « Bavardage bruyant et continuel » (LGR), régularité en prime. Il l’est pour moi, en tout cas.

Velouter
« Au pas saccadé de son cheval, Golo, plein d’un affreux dessein, sortait de la petite forêt triangulaire qui veloutait d’un vert sombre la pente d’une colline, et s’avançait en tressautant vers le château de la pauvre Geneviève de Brabant. »

Littéralement, « velouter », c’est « Donner l’aspect du velours. » (LGR). L’usage est donc tout à fait approprié ; et délicieux !

Supériorités (pluriel)
« Mon père haussait les épaules et il examinait le baromètre, car il aimait la météorologie, pendant que ma mère, évitant de faire du bruit pour ne pas le troubler, le regardait avec un respect attendri, mais pas trop fixement pour ne pas chercher à percer le mystère de ses supériorités. »

Si le sens de « supériorités » (au pluriel), dans ce contexte, est tout à fait compréhensible, le mot pourtant m’intrigue.
LGR propose « sans complément » « supériorité » (singulier cette fois) au sens de « Qualité d’une personne supérieure. » Ce n’est sans doute pas le sens qui m’occupe car Proust n’aurait eu ici aucune raison de mettre un pluriel. Plus loin, LGR indique un sens rare « (1553). (Une, des supériorités). « L’aristocratie a trois âges successifs : l’âge des supériorités, l’âge des privilèges, l’âge des vanités ». « Les honneurs que vous rendez aux supériorités établies » C’est joli (et compréhensible) mais j’aimerais bien une définition plus précise.
Le TLF propose, lui, « supériorités » (au pluriel) pour désigner des « personnes éminentes », ce que confirme le XMLittré, « Néologisme. Les supériorités, les personnes éminentes en mérite, en renom, etc. »
Je suis dubitative. Peut-être que la formulation de Proust est un mélange de tout ça, le père du narrateur considérant que la lecture du baromètre relevait de sa seule science. Une manière de glisser une pointe d’ironie ? Je le comprends ainsi.

Vrai type
« On peut dire que vous êtes un vrai type, monsieur Swann ! »

Un « sale type », j’imagine bien. Mais un « vrai type » ?
Cela permet de revenir au sens premier de « type », aujourd’hui vieilli. « Personnage, personne (homme ou femme) remarquable, soit parce qu’il (elle) incarne visiblement un type (humain, littéraire), soit parce qu’il (elle) se rapproche d’un type pittoresque. » dit LGR ce qu’Antidote raccourcit en « Personne hors du commun. »
Pour les sens plus usuels, Antidote propose « Personne que l’on ne connaît pas. » et LGR « Individu (du sexe masculin). » Proust se situait ici forcément dans le sens considéré comme vieilli.

Grand’mère (apostrophe) & Tomber en quenouille
« Mais si l’on avait dit à ma grand’mère que ce Swann qui en tant que fils Swann était parfaitement « qualifié » pour être reçu par toute la « belle bourgeoisie », par les notaires ou les avoués les plus estimés de Paris (privilège qu’il semblait laisser tomber en peu en quenouille), avait, comme en cachette, une vie toute différente ; (…) »

Je remarque l’apostrophe sur « grand’mère » qui remplace le trait d’union. Je trouve en ligne un article fort complet de Druide (l’éditeur d’Antidote) qui nous dit tout sur la formation de « grand-mère » et de tous ces noms féminins précédés de « grand » et non de « grande ». Il est précisé que « Jusqu’à une époque relativement récente, l’usage était d’écrire les expressions du type grand-mère avec une apostrophe. », celle-ci étant censée marquer l’élision du « e » qui justement n’en est pas une… L’article sera plus clair que moi, ici.
Pour « tomber en quenouille », c’est plus simple… et très sexiste ! Une quenouille, c’est donc un outil qui permet de filer les textiles, activité chère aux femmes, bien sûr. Et une maison qui « tombait en quenouille » était donc une maison « dont une femme devenait l’héritière », ce qui équivalait à « Tomber sous la domination d’une femme. » Par extension, c’est devenu une expression négative « Perdre sa force, sa valeur. » (LGR). Proust a forcément choisi son expression en toute connaissance de cause. Alors ? Je ne sais pas.

Giletier
« Ma grand’mère était revenue de sa visite enthousiasmée par la maison qui donnait sur des jardins et où Mme de Villeparisis lui conseillait de louer, et aussi par un giletier et sa fille, qui avaient leur boutique dans la cour et chez qui elle était entrée demander qu’on fît un point à sa jupe qu’elle avait déchirée dans l’escalier. »

Une personne qui fabrique des gilets ? Exactement.
Une « giletière » est aussi une chaîne qui permet d’accrocher une montre à gousset à la boutonnière d’un gilet.

Courtines de reps
« Mais avant de m’ensevelir dans le lit de fer qu’on avait ajouté dans la chambre parce que j’avais trop chaud l’été sous les courtines de reps du grand lit, j’eus un mouvement de révolte, je voulus essayer d’une ruse de condamné. »

Une « courtine » est un rideau de lit, une tenture. Aujourd’hui, nos lits n’en sont plus pourvus mais autrefois, soit il s’agissait de tissus d’apparat, soit de fermer le lit pour conserver la chaleur à l’intérieur. Quant au « reps », il s’agit d’un « Tissu d’ameublement d’armure toile, à côtes perpendiculaires aux lisières, qui se fait en soie (ou rayonne) et laine, laine et coton ou en coton. » (LGR).
Que tout cela est loin de nos meubles suédois !

Éclairer le fourneau & Plumer les asperges
« (…) voilà bientôt dix heures, mon fourneau n’est seulement pas éclairé, et j’ai encore à plumer mes asperges. »

Une autre époque, toujours, celle où le fourneau était la principale source de chaleur de nombreuses habitations. Mais un fourneau, cela s’allume et s’éteint. Proust, lui, l’éclaire. Comme il « plume les asperges » là où d’ordinaire on les épluche.
C’est joli, non ?

Infrangible, Pectoral & Le sourire momentané du soleil
« (…) un instant après les petits vitraux en losange avaient pris la transparence profonde, l’infrangible dureté de saphirs qui eussent été juxtaposés sur quelque immense pectoral, mais derrière lesquels on sentait, plus aimé que toutes ces richesses, un sourire momentané de soleil ; (…) »

Il semble que « infrangible » manque à mon vocabulaire : « qui ne peut être brisé, rompu », dit Antidote. Ah ! oui ? Il faudra que je m’en souvienne. Et « pectoral » ? C’était un « ornement couvrant la poitrine des pharaons » (LGR), ou la partie de l’armure en poitrine des soldats romains. Cela m’intéresse moins.
Quant au « sourire momentané du soleil »… J’adore !

Abside
« L’abside de l’église de Combray, peut-on vraiment en parler ? »

Je ne dois pas assez fréquenter les églises… Il s’agit de la « Partie arrondie en hémicycle de certaines églises, derrière le chœur » (LGR). Ce peut être aussi, par extension le « Pan coupé d’une tente, qui la prolonge et l’agrandit ». Je n’imagine pas du tout. Ferais-je encore moins de camping que je ne vais à l’église ? C’est sûr !

Annelé, Purpurine & Crénelé
« Je n’oublierai jamais dans une curieuse ville de Normandie voisine de Balbec, deux charmants hôtels du XVIIIe siècle, qui me sont à beaucoup d’égards chers et vénérables et entre lesquels, quand on la regarde du beau jardin qui descend des perrons vers la rivière, la flèche gothique d’une église qu’ils cachent s’élance, ayant l’air de terminer, de surmonter leurs façades, mais d’une matière si différente, si précieuse, si annelée, si rose, si vernie, qu’on voit bien qu’elle n’en fait pas plus partie que de deux beaux galets unis, entre lesquels elle est prise sur la plage, la flèche purpurine et crénelée de quelque coquillage fuselé en tourelle et glacé d’émail. »

« Annelé », « Disposé en anneaux » dit LGR. Je laisse votre imagination faire car la mienne est incapable de visualiser la description que fait Proust ici de cette flèche d’église qui passe au-dessus des toits.
La « purpurine », quant à elle, est une « Poudre de bronze mélangé de vernis. » (LGR). Il suffit de le savoir. C’est aussi « L’une des matières colorantes extraites de la garance. » (LGR). Comme Proust nous parle de la flèche d’une église, je vote pour le premier ignorant tout des deux. Quant à « crénelé », j’avais pressenti qu’il était question de créneau (comme dans un château fort) et il s’agit bien du participe passé du verbe « créneler », « Munir de créneau » ou « Entailler en disposant des crans. » (LGR).

Lavallière
« Ma grand’mère lui reprochait seulement de parler un peu trop bien, un peu trop comme un livre, de ne pas avoir dans son langage le naturel qu’il y avait dans ses cravates lavallière toujours flottantes, dans son veston droit presque d’écolier. »

Je n’y connais pas plus en cravate qu’en église. Je devrais pourtant car nous devons à une femme, Louise de Lavallière (1644-1710) le nom de cette sorte de « cravate large et souple, qui se noue en formant deux coques. » (LGR) et qui est passée à la postérité par son port par les peintres du XIXe. Je ne trouve pas d’illustration de cette cravate portée par madame, tous les tableaux la représentant nous montrant son large décolleté.
Elle n’était donc point garçonne. Dommage.

Casuel
« Elle ne dédaignait pas d’ajouter quelque casuel à la petite rente que lui servait la famille de ses anciens maîtres en allant de temps en temps visiter le linge du curé ou de quelque autre personnalité marquante du mon clérical de Combray. »

Dans le contexte, j’imagine volontiers qu’il s’agit de « petits boulots », comme on dit aujourd’hui. « Casuel » est plus joli, et signifie en effet « Profit, revenu incertain et variable d’un office, d’un emploi, qui peut s’ajouter au gain, au revenu fixe. » En ces temps de travail précaire, voilà un mot qu’il convient de réhabiliter !

Mante, Béguin & Balsamine
« Elle portait au-dessus d’une mante de drap noir un petit béguin blanc, presque de religieuse, et une maladie de peau donnait à une partie de ses joues et à son nez recourbé, les tons rose vif de la balsamine. »

La « mante » est un « Grand voile de crêpe noir traînant jusqu’à terre que portaient les dames aux deuils de la cour. » ou un « Vêtement du dessus », ou un « Manteau de religieuses. » (LDR). Le « béguin » n’est pas une amourette, je suppose, mais la coiffe des béguines, qui étaient des religieuses, comme chacun sait (ou pas). Après Hugo, je suis surprise de mesurer l’influence du catholicisme sur l’écriture de Proust. Entre les clochers et les vêtements, cela en fait des allusions ! Vive la laïque !
Quant à la « balsamine », il s’agit d’une fleur, rose, donc.

M. le Curé
« Ses visites étaient la grande distraction de ma tante Léonie qui ne recevait plus guère personne d’autre, en dehors de M. le Curé. »

Je signale ici la majuscule à « curé », qui peut surprendre. Par ce fait, Proust considère que la fonction de curé confère son nom patronymique au monsieur. Il aurait pu s’amuser à écrire « M. Lecuré » ; ce n’est pas dans son style.

Altier
« Mais (surtout à partir du moment où les beaux jours s’installaient à Combray) il y avait bien longtemps que l’heure altière de midi, descendue de la tour de Saint-Hilaire qu’elle armoriait des douze fleurons momentanés de sa couronne sonore, avait retenti autour de notre table, auprès du pain bénit venu lui aussi familièrement en sortant de l’église, quand nous étions encore assis devant les assiettes des Mille et une Nuits, appesantis par la chaleur et surtout par le repas. »

Cy Jung — Piste roseEt voilà que j’ai oublié le sens de « altier », moi qui ai pourtant utilisé cet adjectif dans Piste rose : « Agnès Dullion se fia à son instinct — et à son sadisme altier, c’était évident — et poursuivit ses assauts encore un long moment. » [*]. Il s’agit donc d’indiquer une certaine hauteur, élévation, arrogance (par extension).
L’heure de midi, le soleil est au zénith, d’où le caractère altier de l’heure. Forcément.

Massepain
« (…) il m’offrait un massepain (…). »

Il s’agit d’une « Pâtisserie faite d’amandes pilées, de sucre et de blancs d’œufs. » Il y en a beaucoup des pâtisseries du genre ! D’après Wikipédia, ce serait de la pâte d’amande mais moi, je ne mets pas de blancs d’œuf dans la mienne. D’autres liens dans Google donnent une foultitude de gâteaux dont certains se prétendent « les vrais ». On s’en moque ; on les goûte tous, ou rien.

Coco
« Il tient, m’a-t-on dit, l’auteur, le sieur Bergotte, pour un coco des plus subtils ; (…) »

LGR ne propose pas moins de sept entrées sur « coco » ! Le fruit du cocotier, bien sûr, avec une origine italienne, espagnole et portugaise (XVIe). Vient ensuite au XIXe, « coco » en expression familière pour désigner soit la tête, soit le ventre et l’estomac. Puis, sur une étymologie sur « coquille », c’est un « œuf » dans un langage enfantin qui donne « coco » en « terme d’affection » pour désigner un enfant et plus rarement un adulte. La même étymologie donne également une sorte de haricot.
Sur une étymologie incertaine (XVIIe), la quatrième entrée propose un « coco » comme étant un « Individu, personnage bizarre, antipathique, dangereux. », toujours en langue familière. Cela ne va pas si bien avec « subtil » de la citation mais peut-être est-ce un trait d’ironie ? La cinquième entrée propose « coco » en abréviation de cocaïne. On s’éloigne du sujet. La sixième entrée nous y ramène-t-elle avec son « coco » en terme familier et péjoratif pour désigner un communiste ? L’étymologie l’avère en 1941. Proust est sauf !
La septième et dernière entrée nous propose, fin XIXe, l’adjectif « coco » en aphérèse de « rococo » pour signifier « Vieillot et un peu ridicule. » J’ignore bien sûr ce qu’est un « aphérèse » : en chirurgie, c’est une « Ablation, excision ». En musique, il s’agit de supprimer des notes. Logiquement, en linguistique, il s’agit de la « Chute d’un phonème ou d’un groupe de phonèmes (ou des graphèmes correspondants) au début d’un mot (opposé à apocope). » : « rococo » devient « coco », le « ro » étant tombé.
Cela dit… Proust. Je vote pour un « coco » en individu simplement « bizarre ». Mais c’est très subjectif.

Rogations
« Tenez, dimanche prochain, si le temps se maintient, vous trouveriez certainement du monde, comme ce sont les Rogations. »

À la formulation, je pressens un rite catholique. Il s’agit en effet de « cérémonies qui se déroulent pendant les trois jours précédant l’Ascension et qui ont pour but d’attirer les bénédictions divines sur les récoltes et les travaux des champs. Litanies, prières, messe des rogations. Procession des rogations à travers la campagne. » (LGR).
C’est tout.

Racoquiner
« (…) quelques jours après elle était dégoûtée de sa confidente de la veille et racoquinée avec le traître, lesquels d’ailleurs, pour la prochaine représentation, échangeraient leurs emplois. »

Y aurait-il du rabibochage dans l’air ? Antidote et LGR l’ignorent. Le TLF me sauve ! Je trouve « racoquiner » dans son article sur le préfixe « re-ré-r » : verbe transitif, « réconcilier (en parlant de personnes peu recommandables) ». La citation, m’en voilà fière, est la même que la mienne !
Je conclus donc que « racoquiner » est formé sur « acoquiner » dont la forme pronominale signifie, entre autres, « se lier » et le participe passé se concentre sur « attaché, lié, entiché ». Je découvre au passage que le verbe vient de « coquin » et que la forme non pronominale a pour sens premier « donner de mauvaises habitudes » dans une construction « acoquiner quelqu’un à quelque chose ». J’ignorais ce sens négatif. Il explique sans doute la précision « en parlant de personnes peu recommandables » du TLF dans sa définition de « racoquiner ».

Pignoché
« (…) mais mon ravissement était devant les asperges, trempées d’outre-mer et de rose et dont l’épi, finement pignoché de mauve et d’azur, se dégrade insensiblement jusqu’au pied – encore souillé pourtant du sol de leur plant – par des irisations qui ne sont pas de la terre. »

Deux entrées et plusieurs sens pour un verbe dont j’ignore tout ! Je fais bien de lire un peu.
Il s’agit de « Manger sans appétit, du bout des dents, en ne prenant que de petits morceaux. », « Peindre à petits coups de pinceaux (…). » « Discuter, critiquer de manière vétilleuse. (Pinailler) » (LGR). Le contexte de la phrase de Proust renvoie à l’évidence à la manière de peindre. J’aime bien le verbe en synonyme de pinailler. Ça change !
La deuxième entrée évoque brièvement la forme pronominale, « se pignocher », verbe familier et vieilli signifiant « se battre », dérivé « pigner » qui signifie plus « crier », et « crier contre » avec une citation du Père Ubu de Jarry « — Qu’as-tu à pigner, Mère Ubu ? »

L’odeur de ses mérites
« Et cependant, Françoise tournait à la broche un de ces poulets, comme elle seule savait en rôtir, qui avaient porté loin dans Combray l’odeur de ses mérites, »

Pas besoin ici de dictionnaire pour savourer l’expression, surtout s’il s’agit des mérites du poulet ! Il semble pourtant qu’il s’agisse de ceux de Françoise au rôtissage. Je préfère garder en souvenir les mérites olfactifs du gallinacé en cuisson. Miam !

Eupatoire & Grenouillette
« C’est ainsi qu’au pied de l’allée qui dominait l’étang artificiel, s’était composée sur deux rangs, tressés de fleurs de myosotis et de pervenches, la couronne naturelle, délicate et bleue qui ceint le front clair-obscur des eaux, et que le glaïeul, laissant fléchir ses glaives avec un abandon royal, étendait sur l’eupatoire et la grenouillette au pied mouillé les fleurs de lis en lambeaux, violettes et jaunes, de son sceptre lacustre. »

Une telle phrase pour quelques fleurs sur une pièce d’eau ? J’admire !
Cela dit, « eupatoire », nom féminin (j’aurais pensé masculin), est une « Plante dicotylédone [« à deux lobes », NDCy], herbacée, vivace, à hautes tiges, à fleurs souvent roses, qui croît au bord des eaux (…) ». La « grenouillette », elle, est une « Renoncule d’eau à fleurs blanches. »
C’est étrange, tout de même. Sans connaître le sens de ces deux mots, j’aurais pensé qu’il s’agissait d’éléments de l’étang artificiel, comme une margelle ou un décor en hauteur. Il s’agit donc de plants, dans lesquels se mêlent d’autres plants. Je n’imagine pas. Qu’importe ! La phrase suffit à mon plaisir.

Douillette
« Cette année-là, quand, un peu plus tôt que d’habitude, mes parents eurent fixé le jour de rentrer à Paris, le matin du départ, comme on m’avait fait friser pour être photographié, coiffer avec précaution un chapeau que je n’avais encore jamais mis et revêtir une douillette de velours (…) »

Un vêtement douillet, qui tient chaud ? C’est en effet un pardessus ou un manteau « ouaté ». Il s’agit également d’un « Petit fauteuil à dossier rembourré. » (LGR) Est-ce que cela peut aussi être un Petit Mouton qui ne parle que d’amour ou d’un repose-tête de chez Muji ? Pour sûr !

Caprice
« Je rêvais que Mme de Guermantes m’y faisait venir, éprise pour moi d’un soudain caprice (…) »

N’est-ce pas joli, « éprise d’un soudain caprice » ? Cela fait envie.
LGR, fort avisé, propose d’ailleurs pour « caprice », en cinquième position, « Amour, inclination, passion qui naît brusquement et ne dure pas. Amourette, béguin, passade, toquade. » Je préfère caprice ! Définitivement.

Beauvais
« – Quel joli beauvais, dit avant de s’asseoir Swann qui cherchait à être aimable.
« – Ah ! je suis contente que vous appréciiez mon canapé, répondit MmeVerdurin. »

Il ne s’agit pas du canapé, comme la réponse de Mme Verdurin pourrait le laisser croire mais de la tapisserie qui l’en recouvre, les tapisseries de Beauvais étant fort réputées. Au passage, notez la minuscule bien que le terme soit issu d’un nom de ville ; l’explication est ici.

Lâcher un cuir & Graillonnement
« Comme elle n’avait aucune instruction et avait peur de faire des fautes de français, elle prononçait exprès d’une manière confuse, pensant que si elle lâchait un cuir il serait estompé d’un tel vague qu’on ne pourrait le distinguer avec certitude, de sorte que sa conversation n’était qu’un graillonnement indistinct duquel émergeaient de temps à autre les rares vocables dont elle se sentait sûre. »

Ça fait pet, je trouve, « lâcher un cuir », non ? C’est un peu la même chose, mais par la bouche, cette fois : « Faute de langage qui consiste à lier les mots de façon incorrecte (…) » (LGR) Proust semble y être très sensible car la citation du LGR qui illustre ce sens lui revient sans être la même que la mienne.
Dans ce contexte, « graillonnement », de « graillonner », « Tousser pour expectorer des graillons » mais aussi « Parler d’une voix grasse, enrouée » prend un sens tout particulier ! Je laisse chacun apprécier le sens le plus approprié au lâcher de cuir !

Prudhommesque
« En effet, ayant retenu que dans la conversation l’emphase, l’emploi de formes solennelles, était suranné, dès qu’il entendait un mot grave dit sérieusement comme venait de l’être le mot « bonheur », il croyait que celui qui l’avait prononcé venait de se montrer prudhommesque. »

Rien à voir avec « prud’homme », cet « Homme d’honneur et de valeur, sage et loyal. » (LGR) qui donne son nom au tribunal qui juge les conflits du travail. L’adjectif « prudhommesque » utilisé par Proust est formé sur « Joseph Prudhomme, personnage créé par l’écrivain et caricaturiste Henri Monnier » (LGR) et qualifie une personne « Qui a un caractère d’emphase prétentieuse et ridicule. » (LGR). Dans la même famille, on trouve le nom « prudhommerie » et l’adverbe « prudhommesquement ».
Anditote ne propose aucun synonyme pour « prudhommesque » ; cela vaut la peine de s’en souvenir.

Valétudinaires
« (…) comme certains valétudinaires chez qui, tout d’un coup, un pays où ils sont arrivés, un régime différent, quelquefois une évolution organique, spontanée et mystérieuse, semblent amener une telle régression de leur mal qu’ils commencent à envisager la possibilité inespérée de commencer sur le tard une vie toute différente, (…). »

Voilà un nom et adjectif, « valétudinaires », que je connais tout en en ayant oublié le sens. Il s’agit d’une personne « Qui est souvent malade ; dont la santé précaire est souvent altérée. » (LGF).

Nieller
« (…) un dromadaire d’argent niellé aux yeux incrustés de rubis qui voisinait sur la cheminée avec un crapaud de jade, (…) »

Il s’agit d’une technique d’incrustation sur du métal (allez voir un dictionnaire, c’est compliqué) quand ce n’est pas une maladie du blé. Le verbe peut servir en métaphore… À voir.

Poseur
« Tu me permettras de ne pas être de ton avis, dit M. Verdurin, il ne me revient qu’à demi ce monsieur ; je le trouve poseur. »

LGR nous propose trois « poseur » et « poseuse ». Le premier, évident, est une personne qui pose quelque chose au sens d’installer (un poseur de carrelage, par exemple).
Le second renvoie à une définition du verbe « poser » que j’ignorais, « (Vieilli). Rester dans l’attente. Faire poser qqn, le faire attendre. Spécialt. (Vx). Se moquer de qqn. » Se moquer, donc et le « poseur » est alors une « Personne que l’on fait poser, dont on se moque. » (LGF).
Ce sens pourrait s’appliquer à notre phrase mais il me semble que le troisième est plus approprié, « Personne qui prend une attitude affectée pour se faire valoir. » Cela colle tout à fait à l’esprit des salons mondains raillé (sans méchanceté) par Proust. En synonyme, LGR propose « Fat, pédant, snob. » ou « Affecté, maniéré, minaudier, prétentieux. » ; ça en fait du monde !

Bibeloter
« De ceux qui aimaient à bibeloter, qui aimaient les vers, méprisaient les bas calculs, rêvaient d’honneur et d’amour, elle faisait une élite supérieure au reste de l’humanité. »

De « bibelot », bien sûr. Et comme un bibelot est, entre autres, un « petit objet décoratif », « bibeloter », quand il ne s’agit pas de « Rechercher des bibelots ; marchander, acheter, collectionner des bibelots. », il s’agit plus familièrement de « Se livrer à des occupations futiles ou peu importantes. » J’aime bien.
On trouve aussi un usage propre à la fin du XIXe (« Zola, Goncourt, etc. » dit LGR) au sens de « Combiner, marchander, traiter (une, des affaires infimes, mesquines…). » avec « bricoler » en synonyme. Cela va bien à ce qui précède.
Je signale enfin le pronominal « se bibeloter », « S’arranger, se soigner comme un objet de valeur, un bibelot. », se pomponner, en somme. J’aime bien aussi.

Calembredaine
« Au moment où on s’y attend le moins, il vous sort une calembredaine. »

Une fois remarqué que le terme vient de « calembour », son sens s’éclaire ! Il s’agit donc d’un « Propos extravagant et vain ; plaisanterie cocasse. » (LGF). Par extension, on trouve « Faire des calembredaines. » soit des bêtises ou des sottises.
Il peut s’agir aussi d’une « Chose, action si peu sérieuse qu’elle en est dérisoire. » Je préfère le premier usage.

Cure-dents
« – Ah ! vous arrivez tard, dit MmeVerdurin à un fidèle qu’elle n’avait invité qu’en « cure-dents », nous avons eu « un » Brichot incomparable, d’une éloquence ! »

Proust a mis des guillemets ; sans doute ne s’agit-il pas de ce petit morceau de bois (ou de plastique) qui permet de se nettoyer l’entre-dents. LGR propose aussi « baïonnette » dans l’argot militaire. Ce n’est évidemment ni l’un ni l’autre. Il faut donc chercher sur la métaphore. Que peut donc être un « cure-dents » comme type d’invité dans un dîner mondain ? Celui qui est invité pour manger les restes ? C’est un peu dégoûtant comme idée mais je ne vois que cela.
Je m’en vais regarder du côté d’Antidote qui a répertorié l’expression « inviter quelqu’un en cure-dents » et qui traduit en « L’inviter pour le dessert ou pour le café. » C’est quand même plus ragoûtant, sauf à considérer qu’on invite cette personne au moment du repas où l’on se cure les dents.
J’en profite pour signaler les deux orthographes au singulier de « cure-dents », avec ou sans le pluriel à « dent » qui se justifie par le fait que l’on se cure « les dents » et non « une dent ». Antidote recommande le singulier (orthographe rectifiée). Je préfère le pluriel. LGR propose les deux. À chacun de faire son choix.
Note. Au pluriel, c’est forcément « cure-dents ».

Cauteleux & Entre le zist et le zest
« – Il n’est pas franc, c’est un monsieur cauteleux, toujours entre le zist et le zest. »

Le genre de définition que j’aime : « Qui a de la cautèle. » (LGR) ! La « cautèle » est donc une « prudence rusée » (le terme vient de « défiance »), voire une « réserve » en droit canon. Un homme cauteleux est donc un homme « Défiant, fin, habile, roué [« Débauché, digne du supplice de la roue, (…) sans scrupule » NDCy], rusé. » voire « Hypocrite, sournois. » ou « Patelin, mielleux. » Cela fait beaucoup ! Ici, je vote pour « Hypocrite, sournois. » vu que « cauteleux » s’oppose à « pas franc ».
Pour « entre le zist et le zest », voilà que LGR a la même citation que moi, en plus d’une de Flaubert. Il s’agit d’une locution familière dont LGR indique que cela « se dit d’une personne indécise, d’une personne ou d’une chose difficile à définir ou à juger. » Il est également possible de l’employer en adjectif dans une construction de type « une attitude zist et zest ». Antidote, lui, classe cette locution en adverbe ou adjectif. Cela ne change pas grand-chose à son emploi car, de toute façon, les deux termes restent invariables, « zest » renvoyant à l’interjection qui signifie « Je refuse ! ». « Zist », enfin, ne semple pas exister en dehors de « entre le zist et le zest ».

Prendre (quelque chose) sous son bonnet
« Et comment s’inquiéterait-elle, elle vous sait avec nous ; d’ailleurs je prends tout sous mon bonnet. »

Antidote est très performant pour les locutions. Il s’agit donc de « Le prendre sous sa responsabilité. », « le » étant quelque chose et non quelqu’un.

Villégiaturer dans des latrines
« Il me semble qu’il n’y a pas besoin d’être artiste pour cela et que, même sans flair particulièrement fin, on ne choisit pas d’aller villégiaturer dans des latrines pour être plus à portée de respirer des excréments. »

Pas besoin de dictionnaire, j’aime beaucoup l’expression ! Au temps où les homosexuels parisiens fréquentaient les pissotières pour y faire des rencontres sexuelles, on aurait pu la revisiter en « villégiaturer dans les tasses ». Cela reviendra sans doute après quelques années de mariage… Suspens.

S’aboucher (à, avec)
« (…) il s’aboucha même une fois avec une agence de renseignements pour savoir l’adresse, l’emploi du temps de l’inconnu qui ne le laisserait respirer que quand il serait parti en voyage, et dont il finit par apprendre que c’était un oncle d’Odette mort depuis vingt ans. »

Il s’agit d’ « entrer en pourparlers, en relation » (LGF) au sens de « négocier ».
Dans sa forme non pronominale, le verbe a un sens plus large de « Mettre en rapport, provoquer une entrevue. Rapprocher, réunir. » (LGF) ou de mettre bout à bout deux tuyaux, ce qui revient au même !

Trouver un joint
« Quant à ce soir, je ne compte pas la voir ; maintenant si elle le désirait ou si vous trouviez un joint, vous n’avez qu’à m’envoyer un mot chez Mme de Saint-Euverte jusqu’à minuit, et après chez moi. »

Non point ici de chichon qui traîne ! Il s’agit d’une locution « Chercher, trouver le joint, le moyen de résoudre une difficulté, l’artifice, l’expédient qui permet de réussir. » (LGR). On la trouve dans le « 2 » de la notice sur « joint » dans son sens anatomique, « Endroit où deux os s’articulent. » Une locution de chirurgien orthopédiste ? Peut-être.

Courtaude
« Ce n’est pas qu’elle ne fût par nature courtaude, hommasse et boulotte ; »

Quelle délicieuse perspective ! Il ne manque que « courtaude » à mon vocabulaire ; courte sur pattes, petite, donc ? Il s’agit en effet d’une personne « Dont la taille est courte et épaisse. » et, « par allusion » aux vêtements plus courts et ajustés que ceux des bourgeois et des nobles). », on parle d’un « courtaud de boutique » (« un commis ») ou péjorativement d’une personne rustre.
J’ignore si c’est grave pour un animal, mais on préférerait l’être ici, le « courtaud » étant simplement un animal « qui a la queue courte. » Le cheval est moins bien loti que le reste de l’engeance, « Gros cheval de selle servant de monture auxiliaire. » Et pourquoi les gros chevaux ne seraient-ils pas de moutures principales ? Cela doit dépendre de l’usage que l’on en fait, j’imagine.

Bobèche
« À la fin elle n’y tint plus et, escaladant les deux marches de l’estrade, sur laquelle était placé le piano, se précipita pour enlever la bobèche. »

J’aurais parié sur la bougie elle-même mais il s’agit du « Disque légèrement concave adapté aux chandeliers et destiné à recueillir la cire coulant des bougies. » Autre temps, autre éclairage.

Tuf
« Bref cette lettre anonyme prouvait qu’il connaissait un être capable de scélératesse, mais il ne voyait pas plus de raison pour que cette scélératesse fût cachée dans le tuf – inexploré d’autrui – du caractère de l’homme tendre que de l’homme froid, de l’artiste que du bourgeois, du grand seigneur que du valet (…). »

Le « tuf » est une roche et, au sens figuratif, « Élément originel que l’on découvre en profondeur (comme le tuf sous le sol cultivable). » Il s’agit donc là d’une métaphore renvoyant au plus profond du caractère. J’utilise souvent « tréfonds » ; je vais tâcher de me souvenir de « tuf ».

Contagionner
« (…) d’autres peu à peu en recevaient le reflet, étaient contagionnées par elles, (…). »

Le sens est évident mais le verbe est particulièrement moche ! Il n’a pas de synonyme ; ceci explique sans doute ce disgracieux usage.

Aigrette
« (…) il la suivait de ses yeux attendris, qui enfilait courageusement la rue Bonaparte, l’aigrette haute, d’une main (…). »

Il s’agit d’un oiseau, bien sûr, et par métonymie « Faisceau de plumes surmontant la tête de certains oiseaux (duc, héron, hibou, etc.). » Et qu’est-ce qui distingue la métaphore de la métonymie ? Ah ! ah ! voilà une bonne question de linguistique à laquelle j’ai toujours du mal à répondre, surtout dans ses implications (fondamentales) en psychanalyse.
Je ne réponds donc pas à la question. Elle se suffit à elle-même.

En-tout-cas, Porte-cartes & Chiffre
« (…) relevant sa jupe, de l’autre tenant son en-tout-cas et son porte-cartes dont elle laissait voir le chiffre, laissant baller devant elle son manchon. »

Voilà un fort joli mot qui désigne ici (je suppose) une « Ombrelle pouvant servir aussi de parapluie. » LGR renvoie directement de « en-tout-cas » à « en-cas » qui désignait un meuble chez Hugo et dont j’ai déjà discuté le sens ici. Je suppose également que le « porte-cartes » cité ici est un « petit portefeuille », le « chiffre » étant à coup sûr un « Entrelacement d’initiales » (LGF) dont on marque les objets.

Grenu & Comestible
« Parmi les chambres dont j’évoquais le plus souvent l’image dans mes nuits d’insomnie, aucune ne ressemblait moins aux chambres de Combray, saupoudrées d’une atmosphère grenue, pollinisée, comestible et dévote, que celle du Grand-Hôtel de la Plage, à Balbec, »

Littéralement, « grenu » signifie « Riche en grains. » L’adjectif s’applique plus à des épis qu’à l’atmosphère d’une chambre. On peut l’imaginer « dévote », « pollinisée » pourquoi pas. « Comestible » me semble aussi étrange que « grenue ». LGR propose pour cet adjectif un sens que j’ignorais « par métaphore ou figuratif. Familier. Qui excite le désir. » Est-ce ce sens que Proust a voulu exprimer ? Cela ne va pas bien avec « dévote ». Quoi que.

Interpolé
« (…) en plaçant, plus tôt ou plus tard qu’à son tour, ce feuillet détaché d’un autre chapitre, dans le calendrier interpolé du Bonheur. »

Rapprocher « interpolé » d’Interpol serait un anachronisme majeur même si le verbe « interpoler » porte à des « interpolation » chères à Interpol ! Le paronyme est facile et n’a rien à voir avec ce terme que je découvre et qui appartient au monde de l’écriture ; « Introduire dans un texte, par erreur ou par fraude (des mots ou des phrases n’appartenant pas à l’original). » J’aime beaucoup l’idée de l’introduction « par fraude » d’un mot ! J’avais bien raison de me rapprocher d’emblée d’Interpol.
Blague à part, son contraire est « extrapoler » ; je ne comprends pas trop en quoi. Il semble qu’il faille se tourner vers les mathématiques pour que les deux verbes s’opposent. Je laisse cela aux spécialistes.

Aboutonner
« Allons, aboutonnez voir votre paletot et filons. »

« Boutonner » ne suffirait pas ? LGR ne connaît pas le verbe, Antidote non plus. Je le trouve dans le TFL qui en donne un sens identique à « boutonner » et indique « aboutonner » comme populaire. J’y retrouve ma citation, avec mention que la phrase, dans la bouche de Françoise (la bonne), avère le caractère populaire (voire vulgaire) du terme.

Venir (imparfait du subjonctif)
« Elle m’appelait en effet pour que je vinsse sur la pelouse de neige, dans son camp, dont le soleil en lui donnant les reflets roses, l’usure métallique des brocarts anciens, faisait un camp du drap d’or. »

Deux « s » à « que je vinsse » ? Il doit s’agir d’une coquille. J’utilise suffisamment peu l’imparfait du subjonctif de verbe « venir » (honte à moi !) pour remarquer ces deux « s » que la phonétique ne justifie pas. Ils ne sont pas fautifs. Bigre !
Je découvre que verbe « tenir » est dans le même cas, « que je tinsse » et que « Ce n’est pas une erreur, c’est l’application à la lettre de la règle de formation de l’imparfait du subjonctif. » C’est le guide de conjugaison du Figaro qui le dit (ici), je ne peux que croire en sa culture du français parfait.
Mais quelle est donc cette « règle de formation de l’imparfait du subjonctif » ? Le Figaro, toujours : « L’imparfait du subjonctif se forme à partir de la troisième personne du singulier du passé simple. On ajoute ensuite les terminaisons qui sont toujours les mêmes aux trois groupes : -sse, -sses, -^t (attention à l’accent circonflexe), -ssions, -ssiez, -ssent. Notez bien qu’à la troisième personne du singulier, on ajoute un accent circonflexe. » Dont acte. Je n’ai donc plus qu’à me tinsse à la promesse d’utiliser ces deux verbes à l’imparfait du subjonctif et que j’en vinsse à un peu plus d’écriture classique (promis, pas trop).

Sébile
« Je regardais avec admiration, lumineuses et captives dans une sébile isolée, les billes d’agate qui me semblaient précieuses parce qu’elles étaient souriantes et blondes comme des jeunes filles et parce qu’elles coûtaient cinquante centimes pièce. »

Il s’agit d’une « petite coupe de bois » ou d’un « récipient en bois ». LGF précise en exemple « Sébile d’un mendiant, d’un aveugle. » ; j’apprécie au passage l’association. Et continue « Loc. (1886, Loti). Tendre la sébile : demander l’aumône. » On pourrait réhabiliter la location même si nos mendiants ne sont plus guère des aveugles et si leur coupole est un verre en carton de restovite. Les mots ne sont-ils pas faits pour traverser les époques ?

Et pour finir, une citation qui peut-être résume les tourments de l’auteur… et les nôtres !

« Autrefois on rêvait de posséder le cœur de la femme dont on était amoureux ; plus tard sentir qu’on possède le cœur d’une femme peut suffire à vous en rendre amoureux. »

Peut-être.


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[*Cy Jung, Piste rose, (2010) en téléchargement gratuit ici.


Information publiée le vendredi 23 septembre 2016.

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