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[#44] Le fêtard qui rentre du réveillon (V-01)



Cy Jung — [#44] Le fêtard qui rentre du réveillon (V-01)

[Le prétexte] Je déroule le 1er janvier, il est 7 heures 30. Une silhouette se profile à l’horizon. Au fur et à mesure que j’approche, j’identifie un homme habillé un peu comme au théâtre, avec des vêtements amples, une cape peut-être. Il se retourne deux fois puis s’arrête alors que je suis à quelques mètres.
— C’est une bonne résolution !
Il a la voix joyeuse. Je réponds sur le même ton.
— Mais c’est comme ça toute l’année ! Bonne année !
— Bonne année !


Petit rappel liminaire

Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.



[La nouvelle]
Eunice fait un quart de tour sur son tabouret. Elle attrape une petite cuiller dans le tiroir et se lève un instant pour ouvrir le placard aux épices et autres condiments. Camille est attablée face à elle. Elle prend une mine contrariée.
— Oh ! non, pas ce soir.
Eunice se rassoit.
— Tu as mal à la tête ?
Eunice et Camille éclatent d’un même fou rire. Elles laissent ricocher le chatoiement de leur cœur à leur gorge, ravies de la moindre opportunité à partager la joie. Petit à petit, tout en douceur, l’ondulation perd en amplitude et se meurt dans la chair. L’a-t-elle absorbée ou a-t-elle nourri le tuf pour sourdre dès que les circonstances seront propices ?
Dès que les circonstances seront propices…
C’est bien là toute la question. Elles ne le sont jamais à avaler une cuiller à café d’huile de foie de morue quel que soit l’intérêt physiologique de la médication. Il leur a donc fallu prendre les choses en main, leur taux de cholestérol, en dépit d’une très faible consommation de graisses animales et d’une pratique sportive intense, atteignant des sommets inquiétants. Le plus cruel des moyens de lutte mis en place a été de leur faire ingurgiter ce triste breuvage chaque soir, de quoi leur retourner l’estomac et donner aux papilles l’envie de quelque chose de si sucré que l’idée suffit à ce que les oméga 3 perdent toute aptitude à la métabolisation des prostaglandines. Un comble ! Mais que faire d’autre quand le corps produit du « mauvais » alors que l’on s’évertue à ne lui donner que du « bon » ?
— Tu es sûre que c’est efficace ?
— Il faut bien que l’on fasse quelque chose. Avec l’âge, on augmente nos facteurs de risque. Le médecin a été très clair.
— Il a dit aussi qu’avec notre alimentation et le sport, on compense largement l’aléa. J’ai eu l’impression qu’il nous a proposé l’huile de foie de morue histoire d’avoir l’air de prescrire.
— On fait quoi alors ? J’ai envie de mourir très vieille et en bonne santé.
— Et moi donc !
Eunice repose la cuiller. Un silence les enveloppe, un de ceux qui scelle le plaisir d’être ensemble. Camille se lève et contourne la table de la cuisine.
— J’ai bien une idée…
Il ne semble pas qu’il s’agisse de faire la vaisselle. Ses hanches ondulent plus vite que le rythme de ses pas. Elle y imprime ses paumes pour accentuer le mouvement, plaçant son pubis à quelques centimètres du nez d’Eunice. Celle-ci recule sur son tabouret.
— Non ! Camille. Pas ça.
Camille tourne de plus belle.
— C’est bon pour le cholestérol, tu sais ?
— Ah ?
— Oui, c’est de l’exercice et…
Camille retire son pull. Un petit débardeur très ajusté lui tient lieu de sous-vêtement. Il laisse entrevoir la base de son ventre. Eunice avale sa salive. Le bassin de Camille roule de plus belle. Son pantalon de toile tenu par un élastique en fin de vie glisse un peu. Son sourire s’élargit.
— … cela stimule les hormones, aussi.
— Justement, les hormones ; parlons-en. Il faut être raisonnable ! On a déjà fait l’amour hier et je te rappelle qu’entre l’âge que l’on a, la durée de notre relation, le temps que cela nous prend eu égard à nos obligations sociales et notre besoin de sommeil, on ne devrait pas faire l’amour plus d’une fois par mois. Et encore, c’est une statistique sans doute surfaite.
Camille arrête ses élans d’almée.
— Tu la tiens d’où ?
— D’un webzine lesbien qui indique également que ce rythme d’un mois est idéal pour éviter les envies d’aller voir ailleurs. Paradoxalement, il semble que le danger viendrait d’une plus grande fréquence qui stimulerait à ce point les hormones que les partenaires risqueraient de sauter sur tout ce qui bouge.
Camille reprend ses ondulations. Elle passe la langue sur ses lèvres.
— Saute !
— Tu n’y penses pas !
Camille s’arrête de nouveau.
— Tu vois bien que leur théorie est foireuse. Tes hormones ont été sollicitées trois fois cette semaine et pourtant, tu ne me sautes pas dessus.
— Le sexe tue le sexe.
— Et l’huile de foie de morue tue les prostaglandines.
— C’est triste. Tu es sûre pour l’effet des hormones sur le cholestérol ?
Camille ne répond pas. Elle attrape la petite cuiller restée sur la table. Elle la glisse sous le tissu léger de son pantalon d’intérieur qui en profite pour tomber sur ses pieds. Son pubis apparaît. Elle évacue le pantalon sur ses chevilles d’une petite danse savamment menée. Eunice est immobile. Sa gorge se noue. Son souffle s’accélère imperceptiblement. Camille pose une fesse sur la table, un pied sur le genou d’Eunice, offrant ainsi le spectacle si réjouissant de sa vulve. Elle se masturbe quelques secondes avec le métal encore froid de la cuiller. Eunice la regarde toujours, feignant à merveille le détachement. Tout, dans sa chair, pourtant la démange. Elle contrôle sa respiration. La petite cuiller récolte le suc qu’elle a extrait. Camille la dirige vers la bouche d’Eunice.
— De la pure essence de fille.
— Bio ?
— Première pression à froid.
Eunice ouvre les lèvres. Elle butine l’offrande puis Camille récupère la cuiller.
— Tu en veux encore ?
Eunice claque la langue.
— Tu n’as pas répondu à ma question. C’est bon pour le cholestérol ?
— J’en suis sûre. Et pour la peau aussi !
— Mais c’est prouvé scientifiquement ?
Camille fait la lippe. Elle jette le couvert. Eunice semble réfléchir.
— On pourrait commencer tout de suite les essais thérapeutiques. Qu’est-ce que l’on risque ? Et c’est tout de même meilleur que l’huile de foie de morue.
— Et le chocolat !
Dans un mouvement si rapide que même Camille peinerait à le décrire bien qu’elle soit au cœur de l’action, Eunice se lève et la bascule sur son épaule tout en prenant soin de bien caler une de ses mains entre ses cuisses. Camille donne des petits coups de circonstances dans son dos. Elle bat aussi des jambes. Cela ne contrarie évidemment en rien l’intention d’Eunice qui la porte jusqu’à leur lit. Camille ne l’aurait pas voulu autrement tant ce simple contact permet déjà à sa pulpe de profiter de la main pour s’aplatir. N’est-ce pas plus agréable qu’une petite cuiller, même si… ?
Même si quoi ?
Camille n’a pas eu le temps de voir mais Eunice a attrapé l’objet juste après l’avoir soulevée. Pour quoi faire ? Il n’est pas l’heure de se poser la question. Le moment tant attendu est arrivé. Camille et Eunice sont allongées dans le mitan, emboîtées l’une dans l’autre, la chair en état de liquéfaction avancée, le cœur bouillonnant, le désir exhalant chaque pore de la peau. Il est si fort qu’il les égare dans la foultitude de ses expressions. Elles voudraient tout d’un coup, là, la tendresse, la force, la chaleur, la joie. Des caresses. Des baisers. Des doigts qui pointent. Des cris. Des râles. Des coups de dent. De la sueur. De la bave, un peu, aussi. De la cyprine. Tout. Là. Maintenant. Elles savent pourtant que plus la résistance dure, plus grand est le plaisir. Mais, ce soir, le jeu a tourné court, non qu’il soit convenu, plus parce qu’Eunice, soudain, a eu envie de le poursuivre autrement.
C’est-à-dire ?
La petite cuiller.
Comme ça, la petite cuiller ?
L’ordre des choses est perturbé. Il convient de résumer un peu.
C’est à l’instant où Camille a porté le couvert à son sexe pour récolter la prime essence de fille qu’Eunice a eu l’idée d’en faire le centre de ce qui allait suivre, considérant que c’était là un bon moyen de faire la nique à l’huile de foie de morue. Elle a laissé Camille lui donner les premières gouttes puis a fomenté cette forme attendue d’enlèvement au sérail qui a consisté en porter Camille de la cuisine jusqu’à la chambre, sans oublier la petite cuiller.
Fallait-il être championne du monde de judo pour réaliser un tel exploit ? Sans doute que non, mais cela confère une certaine aisance à basculer une fille sur son épaule, à la projeter sur la couette, à la faire rouler sur le ventre, à écarter ses fesses et à glisser une langue vorace là où la pudeur réclame d’enfouir son visage dans les oreillers. On se souvient que Camille, à l’instant de son passage sur l’épaule, avait déjà perdu son pantalon d’intérieur et qu’elle ne portait pas de culotte. Il n’a donc pas été si compliqué à Eunice de diriger sa langue entre anus et fourchette, balayant les chairs avec la douceur que l’on imagine.
Imaginons…
Une langue entre nos fesses, avec deux mains qui les écarte pour laisser la place, qu’elle puisse fouir à sa guise, aller, venir, flatter, mouiller, solliciter. Ah ! cette langue. On l’imagine. On la sent. Et le sexe fond. N’a-t-on pas envie que l’apex y vienne aussi, là, boire à la source notre essence de fille, goûter la touffeur de notre pulpe, inégalable flaveur, un peu âpre, acide peut-être, chaleureuse, pour sûr, fluide, laisser la salive s’imprégner du précieux liquide, et réciproquement. Imaginez… Cette langue, qui va, vient, fouit, flatte et sollicite.
Stop !
Pour l’instant, la langue, elle est entre les fesses de Camille et l’on ne connaît pas de recette magique pour qu’elle passe à travers l’écran et vienne là, fouir à sa guise, aller, ve…
Stop ! on a dit.
Lisons plutôt que d’imaginer.
Eunice à présent maintient ouvertes les fesses de sa seule main droite, celle qui est si musclée à force de prendre le kumi-kata (« prise de garde » en langage profane). Sa main gauche, désormais libre, épouse la vulve. Le clitoris de Camille s’y pâme. Sa gorge, en écho, grogne et son bassin réclame plus de force, plus de puissance, quelque chose qui fend, un point d’appui. Le manche d’une petite cuiller, par exemple ? Ce n’est tout de même pas un si frêle objet qui pourrait remplir une telle fonction même si c’est un manche avec un large enrobage plastique made in China. Cela fait l’épaisseur d’un doigt, n’empêche, et il n’est pas forcément nécessaire que l’objet soit d’une proportion avantageuse pour s’acquitter de sa tâche.
Eunice, qui connaît bien son affaire, sait cela. Elle sait aussi que le manche sera froid, un peu dur. Elle ne veut rien qui puisse un instant altérer le plaisir de Camille. Sa langue mulote toujours. Le bassin tangue. La main droite tient. Le majeur de la main gauche teste la résistance du vagin. Il l’engloutit plus vite qu’il ne l’avait souhaité. Il s’attarde, puis ressort dans un geste d’une extrême lenteur. Un cri d’allégresse lui répond. La promesse est belle. Cette fois, le doigt se colle au manche de la cuiller pendant que la main en tient fermement la palette. Les deux se présentent.
— Coucou !
Mais non, un majeur et un manche de cuiller ne font pas coucou.
On se concentre.
Le vagin se contracte le temps de mesurer l’intrusion. Il comprend aussitôt que le doigt ne revient pas seul ; mais qui l’accompagne ? Le visage toujours enfoui dans les oreillers, Camille rougit. Le doigt et son double progressent en douceur. Là. Patience. Ils viennent. Le vagin les accueille. La langue cesse subitement sa chatterie. La main droite d’Eunice soulève une jambe de Camille et la remet sur le dos. Faut-il être championne du monde de judo pour faire un retournement pareil, en douceur, sans que le doigt et son double ne quittent le vagin ? Un peu. Cela donne la technique et la force nécessaires afin de parer toute sortie intempestive et douloureuse du doigt et du manche qui l’accompagne.
N’y aurait-il donc que les judokas pour faire l’amour en acrobatie avec une petite cuiller ?
Imaginez…
On vous laisse écrire la fin.



Cy Jung, 4 octobre 2016®.

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