Jeux textuels, ateliers et performances

Jeu textuel — « Quel nom donnez-vous à votre clitoris ? »



Cy Jung — Jeu textuel — « Quel nom donnez-vous à votre clitoris ? (...)

Jeu textuel, animé par Cy Jung, écrivaine
28e Festival international du film lesbien & féministe de Paris : Quand les lesbiennes se font du cinéma, Paris.

Cineffable 2016

Invitation

Le clitoris… quelle énigme pour tant d’émotion !
Le clitoris.
Lors d’une conférence sur l’écriture d’un roman à l’Institut français de Cluj (Roumanie) en 2001, Cy Jung écrivait :

« Le Robert nous propose douze synonymes immédiats de pénis là où il ne nous en propose que quatre pour vulve, sept pour testicule, aucun pour clitoris. Dans le même ordre d’idées, les verbes proposés par ce dictionnaire pour désigner la pénétration sexuelle sont légion. Par contre, si l’on veut décrire une caresse, il va falloir user d’une bonne dose d’imagination lexicale. »

Il y a fort à parier que les choses n’ont guère évolué depuis. Comment jouir de ce qui n’est pas nommé ? Comment écrire sur ce qui n’existe pas ?
Les festivalières de Cineffable seront sollicitées deux jours pour rendre publics les noms qu’elles donnent à leur clitoris. Les participantes au jeu pourront alors s’emparer de cette foultitude de clitoris (ouh ! là là !) pour… écrire ? Déjà, jouir avec un clitoris… Alors écrire ! Cy Jung vous invite à tenter l’expérience.

Cineffable a été l’occasion pour Cy Jung d’une découverte incroyable à propos du clitoris. Elle vous dit tout ici.

* Déroulement
* Les premiers mots des festivalières et les textes des participantes
* Tous les mots des festivalières et le texte de Cy Jung

Déroulement

Durant les deux jours qui précèdent le jeu, une « collecte de mots libres » a été faite dans une urne grâce à un bulletin reproduisant le clitoris, avec cette question « Qui suis-je ? »
Après une présentation du jeu textuel le dimanche matin, chaque participante a tiré au sort l’un de ces papiers, charge à elle d’écrire un court texte de fiction avec le ou les noms récoltés, un texte érotique, écrit au présent où le nom tiré au sort est le premier mot du texte et est celui de son personnage principal.
Voici les mots tirés au sort.
Les articles ont été laissés mais les participantes pouvaient ou non les garder. Quant à celles qui avait plusieurs mots, elles pouvaient en garder un ou plusieurs.

Boomerang. Chair. Cliofluo. Cliofrid. Clioplaisir. Felpu. Féminité. Gingembre. Iceberg. Kitou. Moumine. Passion. Perruque. Pistil. Plaisir. Pti’ Bibi (deviendra grand). Pulpe. Tentacularis. Ton autoportrait (robot). Ton petit pois. Un oasis. Un pouvoir. Une chance. Une libellule. Une présence. Une puissance.

Note. Un commentaire politique a été glissé parmi les mots. Le voici.
« Chères organisatrices de Cineffable :
« Si vous voulez vraiment inclure "toute personne s’identifiant en tant que femme", attention aux éloges du clitoris parce qu’il y a des femmes qui n’ont pas de clitoris.
« À bas la transphobie. »
Le texte a été lu aux participantes à l’atelier qui l’ont commenté. Cy Jung pose juste cette question : Faut-il que les personnes s’identifiant en tant que femme qui ont un clitoris l’aliènent pour éviter d’être considérée comme transphobes ?

Les textes des participantes

Voici donc les textes écrits par les douze participantes.

Kitou, qui t’es, t’es où ?
Il se cache le petit bout.
Je te cherche partout
Ma main glisse vers le bijou
Je le vois, youpi !
Je le sens, oh oui !
C’est un océan de plaisir
Je savoure, quel délice !
L’effet que tu me fais, c’est fou.
Je l’adore ce petit Kitou.
Isabelle


Ton petit pois me permet de dire avec étonnement, certitude, et plaisir, qu’il est pour moi la vedette, que dis-je la star de ce que je ne pouvais imaginer, malgré l’évidence de son caractère discret.


Gingembre assis seul sur ce banc froid glacé se demande où se trouve sa pulpe.
Gingembre se lève, fait les 100 pas sans parvenir à trouver de réponse.
Il cherche partout… rien. Sa pulpe n’est nulle part.
Dépité, il décide de partir, de tout quitter. Il voyage, découvre des cultures différentes.
Après des années à sillonner le monde, Gingembre s’est exploré en même temps qu’il explorait des paysages inconnus.
De retour sur son banc froid glacé, Gingembre baisse les yeux, voit à ses côtés sa pulpe, là à ses côtés, qui durant toutes ces années ne l’avait jamais quitté.
Lalou


Ton autoportrait, rieur, joueur, titille du bout du nez la pulpe de mon doigt. Le visage rosi de plaisir, il se frotte, charmant, le long de la paume de ma main. De timide, il devient osé, ton autoportrait. Il se cachait, il se dévoile. Il était petit et rose tendre, il devient rond, joufflu et prend de l’assurance en même temps qu’une couleur plus soutenue.
Il s’exprime, il en veut toujours plus. Mon doigt, ma main ne lui suffisent plus, il réclame ma bouche, ma langue. Il ne s’épanouit que quand les lèvres qui l’entourent sont collées aux miennes. Il frissonne quand mon souffle passe au-dessus de lui. Il se durcit, s’endurcit, pour résister de son mieux à ce changement de température.
Il se tend de toutes ses forces vers ma langue et l’enroule autour de lui pour lui tenir chaud. C’est qu’il est frileux, ton autoportrait, il aime la chaleur, l’humide, le confort, la douceur et la luxure. Son cœur bat, il se sent bien. Tellement bien sous ma langue qui le cajole qu’il finit par libérer toute l’énergie de plaisir concentré qu’il avait accumulé.
Il n’est pas égoïste ton autoportrait, il partage avec le reste du corps tout son bonheur puis il retourne, repu, se nicher dans son antre.
Il se prépare pour le prochain jeu.
Maëva


Une chance.
Une libellule qui s’appelle une chance. En voilà un bonheur singulier, pour quelqu’une comme moi. Et encore un bonheur ne vient jamais seul, il se trouve qu’Une chance est venue me chercher par le bout de la langue. C’est bien ma veine !
Mais la peine de paniquer.
Car il y a mieux, bien mieux à faire. Mieux, l’est-ce bien, Une chance, Une chance !
Moi je me tais ; je ne veux pas faire des manières, mais Une chance va me trouver mystérieuse de me taire alors qu’elle me caresse du bout de l’aile, au-dessus de mon nénuphar.
Ma langue est gourde. Elle fait des bourdes. Une chance ne le saura jamais si vous ne le lui dites pas. Les mots s’affolent, ma langue fourche de confusion au contact d’elle, d’Une chance la libellule, l’hélicoptère mélodieux qui me fait tourner la tête des oreilles jusqu’aux yeux avec son petit jeu au bout de ma langue. Car je suis une anoure. Bègue. Mais j’ai du bol : il y a mieux à faire ou laisser faire entre une langue et Une chance.
Anna


Perruque n’aime pas son nom car c’est un nom à la con. À la limite, elle aurait préféré s’appeler Con mais bon. Perruque aujourd’hui décide de se baptiser autrement, ou de ne pas se baptiser du tout. Perruque aujourd’hui décide de jouir sans nom, dans la joie puissante de l’anonymat. C’est elle qui va appeler les autres par leur nom : Langue, viens par ici me chatouiller ; Majeur de la main droite cours-moi plus vite sur le haricot ! Perruque donne ses ordres et les autres n’osent plus l’appeler « Perruque ». Elle se sent de mieux en mieux, décoiffée, révélée dans sa calvitie de petit mont pelé, rouge et bientôt volcanique… Perruque vient d’oublier son nom, c’est trop bon.
Alice


P’tit Bibi est tout content. Aujourd’hui, c’est son anniversaire. Il ne sait pas quel âge il a, mais il sait qu’il va passer une belle journée. P’tit Bibi a peu de mémoire. Mais il est tout excité.
Sa maman lui a préparé un bon gâteau. Elle va lui allumer de belles bougies. Il se demande si c’est lui qui les soufflera ou si sa maman l’aidera.
« P’tit Bibi » ! « P’tit Bibi » « Viens mon chéri » ! « Maman t’a préparé un bon gâteau » !
P’tit Bibi sourit. Il est heureux. Il n’a pas de papa. Il n’en voulait pas. Et sa maman était d’accord.
P’tit Bibi arrive en courant. Sa maman lui dépose son gâteau sur la tête. P’tit Bibi est fier. Il se redresse pour bien montrer son gâteau. Maman allume les bougies.
P’tit Bibi applaudit. Maman rit et Maman chante. P’tit Bibi est aux anges comme dans un bon bain chaud. P’tit Bibi est heureux. Tout simplement heureux.
Le gâteau est merveilleux, sa maman est formidable. La vie est belle.
P’tit Bibi est devenu grand.
Sophie


Chair vibre, palpite, rugit, s’énerve. Il est écrasé par la pilosité brune, enfoui sous l’enchevêtrement de poils, caché sous la couverture soyeuse.
Affamé, Chair recherche la caresse, le contact, la chaleur, d’un doigt, d’une bouche, ou d’une cuisse peu importe. Impétueux, il s’emballe, grossit et impose au bassin des mouvements saccadés. Chair diffuse sa chaleur et réclame sa pitance.
Alors moi, sur mon vélo, je pédale en danseuse pour arriver plus vite chez toi.
Chantal


Une puissance est cachée dans le noir depuis plusieurs mois. À part les quelques rayons de soleils matinaux, elle est cachée au fond des pantalons trop chauds et serrés.
Sensible au contexte et à l’environnement, elle se sent vraiment faiblir de jour en jour et elle se sent triste sans trop savoir pourquoi. Aujourd’hui, pourtant, elle sent que ça va être différent. C’est la fin du mois d’octobre, elle sent l’odeur des feuilles jonchées sur le sol, la fraicheur matinale et un petit souffle matinal prometteur. Après le brouhaha habituel du métro et une petite marche revigorante, vivifiante, elle entre dans un nouvel espace. Elle sent tout de suite une présence, puis une autre. Il fait chaud, des jambes se frottent, des voix retentissent. Mmm de salutations chaleureuses, puis d’autres. Ça picote, le sang commence à circuler dans sa chair. Elle sent une force nouvelle. Encore et encore des rencontres avec de nouvelles présences. Elle veut les voir de plus près, enlève-moi ce pantalon, cette vieille culotte…
À travers le tissu du pantalon, elle sent une présence qu’elle veut vraiment s’en approcher davantage. Elle se grandit et durcit, elle pousse de toutes ses forces contre le tissu de la culotte, essaie de traverser celui du pantalon. Le rythme de son cœur accélère, elle transpire, sa peau devient lisse… puis elle effleure une présence… elle tremble… et perds l’équilibre,… Elle n’arrive plus à respirer… Mais enlève-moi ce pantalon !
Un doigt la frôle…
Floortje


Clioplaisir me donne bonne mine, clioplaisir me fait sourire, clioplaisir me fait frémir, clioplaisir vient de toi et moi, parfois rien que de moi, clioplaisir m’emporte dans ailleurs de douceur, clioplaisir électrise mon corps, clioplaisir me shoot l’esprit, clioplaisir est ton amour, clioplaisir st mon cœur qui bat, clioplaisir est mon corps qui vit, clioplaisir prend soin de moi, clioplaisir me rend confiante, clioplaisir me rend puissante, clioplaisir je t’aime.

Jour de fatigue, cliofrid
Journée merdique, cliofrid
Mec agressif, cliofrid
Violence, cliofrid
Manque de respect, cliofrid
Maltraitée, cliofrid
Cliofrid, ça me déprime !

Suggestion : remplacer clioplaisir par clitoplaisir ?
Christelle


Plaisir a pour nom le chapeau révolutionnaire de la passion bourgeonnante et sans concession de la pleine féminité et de son entrejambe.
Les plis et replis de Plaisir se délient, s’ouvrent et sa redécouvrent au rythme des doigts étonnés et charmés du joueur d’accordéon.
Plaisir ne s’en laisse pas pourtant compter facilement. Électricité, vérité et audace, s’ils dévoilent son visage aurait besoin d’une danse révolutionnaire et tenace pour atteindre les charmes de son âme.
Bénédicte

Le texte de Cy Jung

Il restait tant de mots dans le panier, des mots qui nous disent, des mots qui nous parlent. Il aurait été bien dommage de les mettre au rebus !
Les voici donc, par ordre alphabétique. Les articles ont été laissés et les doublons supprimés. Certains mots partageaient le même petit papier. Pardon de les avoir séparés.

Le plus bel endroit du monde. Accélérateur de particules. Amuse-bouche. Blancheur obscure. Bourgeon charnu. Bouton d’amour. Bouton de rose. Bouton magique. C ris o lit. Camélia. Celui qui rit lorsque la langue est agile car « Lorsque la langue est agile, le clito rit » dit un proverbe chinois. Chair. Cherry. Clit me up. Clitoo. Conejillo. DDR : disjoncteur différentiel à haute sensibilité. Envol de concorde. Étoile de mer. Fière de l’être ! Figue. Fleur. Fleur de badiane. Flower power. Goudou au poing levé. Griotte. Hortensia. I don’t have a clitoris, I need one. Iceberg. Iris. Je suis Casimir, le petit vibreur qui fait du bien à la jolie rose le clito. Junior. L’insistante. La beauté à l’état pur. La branche d’or. La fidèle. La filamandre de Vénus. La flèche. La pieuvre vibrante. La porte de Vénus. La racine du plaisir. La vibrisse jouissante. Le choupa choups. Le cliotounet. Le membre à rainures. Le ouistitie. Le point C. Love. Lys. Ma coquine. Ma jolie lentille. Ma petite perle. Moelleuse. Mon pénisse (+ signe féminin). Noisette. Nonet. Offrande. Omerta. Oui. Perrier. Petit bouton. Petit monstre vorace et insatiable qui n’a peur de rien de mes mains ni de mes doigts ni de leur langue. Pistil. Power on. Press here for pleasure. Pulpe. Rétractile. Rosebud. Tahnee. Tentaculaterio. Un « piège » à filles. Une algue. Une corolle de plaisir. Une peau de banane qui cherche sa maîtresse. Une pingouine qui a du mal à marcher. Une vieille goudou ! Vu ainsi une belle fleur qui s’ouvre au printemps mais aussi en été, hiver et automne. Bref la fleur est toujours là quelle que soit la saison. Wulkan. XXY.


Bonjour, je suis Clitoris mais mes amis m’appellent Cherry et les intimes, Clitoo.
Je vis au cœur le la pulpe et l’on m’attribue un flower power à faire pâlir de jalousie les soi-disant branches d’or masculines, ces ouistitis qui se prennent pour des membres à rainures pourtant incapables d’ouvrir la corolle de plaisir. Moi, par contre, qui suis pénisse au féminin, XXY parfois, je suis la beauté à l’état pur, la fidèle, l’offrande près de qui il n’est pas besoin d’être insistante pour que C ris o lit ! Hi hi !
Croyez bien que je suis sacrément fier de l’être depuis que ma Coquine a compris que je n’étais pas si rétractile que ça. Elle a mis le temps ! Pensez ! Il a fallu qu’elle brave l’omerta pour que je sorte de ma condition de jolie lentille junior à celle de piège à filles en passant par tous les stades de pieuvre vivante qui se pâme en vain, de rosebud flétri, de tahnee inassouvie et j’en passe !
Cela a commencé le jour où elle a décidé d’appuyer sur le petit bouton ; j’ai atteins la taille d’une noisette sans pour autant pétiller comme du Perrier. On ne franchit pas si facilement la porte de Vénus ! Il manquait le wulkan qui nourrit le pistil, la découverte du point C, l’idée même de Clit me up ! C’était compliqué, je craignais à tout instant de me métamorphoser en conejillo ou de redevenir cette pingouine qui a du mal à marcher et s’effondre sur le premier iceberg venu que j’avais été.
Un jour, enfin j’ai eu une drôle de visite.
— Bonjour, je suis Casimir, le petit vibreur qui fait du bien à la jolie rose le clito.
J’ai rougi d’instinct même s’il avait la tête d’une peau de banane qui cherche sa maîtresse. Casimir a continué.
— Finies les histoires de fleurs, d’hortensia, de badiane, de lys, d’iris, de camélia, de rose, ou de bourgeon charnu à l’état végétatif. Je suis un accélérateur de particules. Accroche-toi à la chair, ça va déchirer de la griotte ! Prêt ? Press here for pleasure.
Quelle fête ! J’ai eu l’impression de me transformer en Tentaculaterio, la petite perle de travers et la choupa choup décoiffée ! Je chantais aussi fort qu’un nonet de neuf filamandres de Vénus. J’étais passé du stade de figue moelleuse à celui de flèche à l’allure de DDR : disjoncteur différentiel à haute sensibilité.
Ma Coquine, pourtant, s’est vite lassée, réservant Casimir à sa future vie de vieille goudou au clitounet décati au point de ressembler à une algue échouée sur une étoile de mer comme si être une goudou au poing levé et à la vibrisse jouissante n’était que l’apanage de la jeunesse. Une honte !
Elle s’est mise à rêver que son bouton magique soit un bouton d’amour, comme si la racine du plaisir se nommait Love. Elle avait lu quelque part, je cite « Celui qui rit lorsque la langue est agile car « Lorsque la langue est agile, le clito rit » dit un proverbe chinois. » Foutu proverbe ! On ne trouve pas si facilement de langue capable de provoquer un envol de concorde. Et pourtant, elle est venue. Elle a dit.
— I don’t have a clitoris, I need one.
Ma Coquine lui a offert le sien tel un amuse-bouche. Oh ! oui. C’était bon, pas comme avec Casimir, plus comme la découverte d’une blancheur obscure concomitante à un adage romantique « Vu ainsi une belle fleur qui s’ouvre au printemps mais aussi en été, hiver et automne. Bref la fleur est toujours là quelle que soit la saison. » Et me voilà de nouveau le plus bel endroit du monde, petit monstre vorace et insatiable qui n’a (plus) peur de rien ni [des] mains ni [des] doigts ni de [la] langue.
Incroyable !

Cy Jung, 1er décembre 2016

Information publiée le jeudi 15 décembre 2016.

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