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Victor Hugo, Les Misérables - Tome III



Cy Jung — LexCy(que) : Victor Hugo, Les Misérables - Tome III

Les mots et les phrases de Victor Hugo.

Je poursuis tranquillement ma lecture des Misérables, ravie dans ce tome III par le Paris de Hugo dans lequel je me sens bien, et toujours aussi tenue en haleine par le devenir de Jean Valjean. Lorsque je lis un livre papier (je pourrais même dire « je lisais » tant je me concentre désormais sur les éditions numériques), je lisais toujours les dernières pages quand le début me plaisait afin de savoir si cela valait la peine de lire le livre ; comme si la qualité d’un livre se jugeait à l’aune de ce que la fin nous plaît, ou non. Je gage que mes lectrices et lecteurs n’en fassent pas autant !
Avec les éditions numériques, je suis toujours tentée par ce travers mais crains de ne pas retrouver ma page (alors que je sais faire)… J’ai donc dû attendre la toute fin pour que le suspens soit levé, dévorant les pages de ce volume, la peur au ventre, presque. Cela ne m’a pas empêchée de noter les mots inconnus et citations heureuses. Le LexCy(que) a donc aussi survécu au suspens. Ouf !
Voici donc ces mots relevés, suivis de quelques citations. Avec toujours l’espoir de vous donner envie de lire Hugo.

Note liminaire.
Comme je vais être amenée à beaucoup citer Le Grand Robert, je ferai sous la forme LGR (lesbien, gay, r… ?)

Vocabulaire

Faucheux
« Enfin il a sa faune à lui, qu’il observe studieusement dans des coins ; la bête à bon Dieu, le puceron tête-de-mort, le faucheux, le « diable », insecte noir qui menace en tordant sa queue armée de deux cornes. » [Chapitre II - Quelques-uns de ses signes particuliers]

Antidote me propose une sorte d’arachnide, des petites bestioles qui vivent dans le foin coupé. Je pensais plutôt au masculin de « faucheuse » qui représente souvent la mort. Antidote n’en propose pas de masculin. Mais finalement, si le faucheux vit dans le foin que la faucheuse a fauché, n’est-il pas aussi un symbole de la mort ou apparenté, comme le souffle la phrase de Hugo. Le TLF suggère d’ailleurs que « faucheux », anciennement « faucheur », désignait aussi « celui qui fauche ».
Mais peut-être est-ce tout simplement un « insecte noir » copain du gamin de Paris ? À chacun d’y voir ou non une métaphore.

Pigoche
« Quiconque a erré comme nous dans ces solitudes contiguës à nos faubourgs qu’on pourrait nommer les limbes de Paris, y a entrevu çà et là, à l’endroit le plus abandonné, au moment le plus inattendu, derrière une haie maigre ou dans l’angle d’un mur lugubre, des enfants, groupés tumultueusement, livides, boueux, poudreux, dépenaillés, hérissés, qui jouent à la pigoche couronnés de bleuets. » [Chapitre V - Ses frontières]

Ni Antidote ni LGR ne connaissent « pigoche ». Le TLF et XMLittré oui. Je cite le second : « Sorte de jeu qui consiste à faire sortir d’un cercle tracé à terre une pièce de monnaie, en jetant dessus une autre pièce. » Il s’agit aussi, précise le TLF, du « bouton de métal » qui peut être utilisé dans ce jeu en guise de pièce qu’on lance sur celle dans le cercle.
Enfant, je me souviens avoir joué à ce jeu, mais avec des petits cailloux plats. Je n’en connais pas le nom.

Steamer
« (…) les galères étaient alors à la marine ce que sont aujourd’hui les steamers. » [Chapitre VI - Un peu d’histoire]

Il s’agit d’un bateau à vapeur, dit LGR, en précisant qu’il s’agit d’un « anglicisme vieilli ». L’attrait pour l’anglais, la langue de l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste a-t-il démarré dès le XIXe ? Pourquoi pas finalement, la révolution industrielle aussi.

Houvari
« Le gamin aime le hourvari. » [Chapitre VIII - Où on lira un mot charmant du dernier roi]

Il s’agit du cri du chasseur pour appeler ses chiens qui n’ont pas pris la bonne piste, dit Antidote. Cela désigne aussi un « vacarme ». Dans ce sens, cela semble s’utiliser comme n’importe quel nom masculin. Je vais essayer de m’en souvenir, avec l’idée de l’utiliser dans un sens péjoratif tant, à l’instar de Petit Mouton le vacarme des chasseurs m’est insupportable.

Callipyge & Hottentote
« À cela près, Paris est bon enfant. Il accepte royalement tout ; il n’est pas difficile en fait de Vénus ; sa callipyge est hottentote ; (…) » [Chapitre X - Ecce Paris, ecce homo]

Je sais que « callypige » est un adjectif qui désigne de « belles fesses ». Mais je ne connais pas le nom. Dans la construction de la phrase, on peut penser qu’il s’agit des belles fesses de Vénus qui seraient « hottendote » qui se rapporte aux « hottentot », autrement dit à des « pasteurs nomades de Namibie, vivant au nord de l’Orange. » Ouh là là ! J’aimerais bien dénouer tout cela car je n’y comprends pas grand-chose. Il doit me manquer des références.
Le LGR me le confirme. Il indique que « Vénus hottentote : type de femme bochimane stéatopyge. » « Stéatopyge » est le contraire de « callypige », et désigne des fesses avec embonpoint. Je traduis donc la phrase de Hugo ainsi : Paris n’est pas difficile car sa Vénus censée avoir de belles fesses à un gros cul… Serait-ce à dire qu’il faudrait avoir des fesses de petit calibre pour qu’elles soient belles ? Je suis très loin d’être d’accord avec ce canon-là !

Quatrevingt-dix (sans trait d’union)
« Il avait dépassé quatrevingt-dix ans, marchait droit, parlait haut, voyait clair, buvait sec, mangeait, dormait et ronflait. » [Chapitre I - Quatrevingt-dix ans et trente-deux dents]

L’absence de trait d’union sur « quatre-vingts » (avec un « s » quand il n’est pas suivi d’un autre nombre, bien sûr) me surprend. Je comprends vite qu’il s’agit là d’une forme d’écriture ancienne (ce qui va bien à Hugo) encore usitée en Suisse ou en Belgique en concurrence avec « nonante ».
Plus loin, j’en trouve un second exemple dont il convient de relever le « quatrevingt-treize » qui fait directement référence à un roman éponyme de Victor Hugo qui se déroule pendant la Révolution française, en 1993 : « Quelquefois il faisait allusion à son âge de quatrevingt-dix ans, et disait : J’espère bien que je ne verrai pas deux fois quatrevingt-treize. » [Chapitre IV - Aspirant centenaire]. Je ne me souviens pas avoir jamais entendu ce titre… Quand j’aurai fini les Misérables, je pensais lire le Dernier jour d’un condamné à mort ; voilà qu’apparaît un autre texte où Hugo porte sa réflexion sur la Révolution ; cela m’intéresse.

Tranquillités
« Il avait des tranquillités singulières » [Chapitre I - Quatrevingt-dix ans et trente-deux dents]

C’est le pluriel qui m’intéresse ici, bien sûr. Je remarque d’ailleurs que mon traitement de texte le considère comme fautif tant, j’imagine, il est peu usité.
J’en comprends le sens mais j’ai envie d’en savoir plus. LGR le signale dans son encart « formes » mais n’en donne aucun exemple ni définition. Le TLF propose une citation du tome I des Misérables, le terme m’avait alors échappé : « Le calme de Jean Valjean était de ces tranquillités puissantes qui se communiquent. » Exactement comme je l’imagine ! Cette citation vient en appui de la définition C de « tranquillité », « État d’un individu qui n’éprouve aucune inquiétude morale (…) » sans que le pluriel ne soit explicité.

Bergerades
« Il occupait un vieil et vaste appartement au premier, entre la rue et des jardins, meublé jusqu’aux plafonds de grandes tapisseries des Gobelins et de Beauvais représentant des bergerades ; (…) » [Chapitre II - Tel maître, tel logis]

Il s’agit, en matière de peinture, de représentations de Berger. En littérature, il s’agit de « Poésie pastorale insipide » (Antidote). Je préfère oublier le mot !

Guimard-Guimardini-Guimardinette & Manchon d’agitation
« Qu’elle était jolie, cette Guimard-Guimardini-Guimardinette, la dernière fois que je l’ai vue à Longchamps, frisée en sentiments soutenus, avec ses venez-y-voir en turquoises, sa robe couleur de gens nouvellement arrivés, et son manchon d’agitation ! » [Chapitre III - Luc-Esprit]

Que c’est joli, « frisée en sentiments soutenus », et tout ce qui suit ! Des métaphores délicieuses (et redoutables !) qui mêlent mise et stature sociale, avec ce « manchon d’agitation » en point d’orgue. J’admire.
Je n’arrive pas à élucider ce « Guimard-Guimardini-Guimardinette » ; peut-être un nom patronymique au vu de la majuscule ? Je ne l’ai pas repéré dans ma lecture mais parfois, je me laisse emporter par le texte. Dites-moi si vous savez.

Monnerons
« (…) il ne leur donnait jamais que des monnerons ou des sous démonétisés (…) » [Chapitre VI - Où l’on entrevoit la Magnon et ses deux petits]

LGR m’indique qu’il s’agit d’une monnaie en cuivre fabriquée sous la Révolution. Il l’écrit plus volontiers avec un seul « n ».

9ème
« À Wettingen, il reçut dans ses bras, sous une grêle de balles, le colonel Maupetit blessé mortellement à la tête du 9ème dragons. » [Chapitre II - Un des spectres rouges de ce temps-là]

Je suis surprise par l’abréviation de neuvième puisque les règles en vigueur indiquent le « e » sans accent en exposant (Voir l’article « Centième » de ce LexCy(que), ici). Antidote est d’accord avec moi, l’Académie française aussi (). Pour une fois que je le suis avec elle !
Peut-être n’était-ce pas le cas au XIXe. Je n’en trouve pas trace.

Esquille
« Il fut haché à cette occasion, et on lui tira vingt-sept esquilles rien que du bras gauche. » [Chapitre II - Un des spectres rouges de ce temps-là]

Voilà une définition qui fait « Ouille ! » : « Petit fragment qui se détache d’un os fracturé » (Antidote). Je suis toujours aussi surprise du nombre de mots que nous avons à notre dictionnaire et dont ignorons l’existence même. Voilà aussi à quoi sert de lire nos classiques : apprendre notre langue.

Whist & Genre introuvable
« Quelques députés du genre introuvable y faisaient leur whist, M. Thibord du Chalard, M. Lemarchant de Gomicourt, et le célèbre railleur de la droite, M. Cornet-Dincourt. » [Chapitre III - Requiescant]

Il s’agit d’un jeu de cartes.
L’expression « Genre introuvable » pour désigner des députés, je suppose, à l’étiquette politique non définie, me porte à sourire.

Être reçu à correction
« Quelques ralliés pourtant pénétraient, par tolérance, dans ce monde orthodoxe. Le comte Beugnot y était reçu à correction. » [Chapitre III - Requiescant]

Une fessée pour les députés de genre introuvable ?
Je ne trouve pas l’expression ni la construction « à correction » mais, au vu du contexte, je suppose que ces députés de genre introuvable sont reçus dans les milieux orthodoxes à fins de corriger leurs égarements politiques, les ramener dans le droit chemin, « ce qui ramène à la mesure » dit le TLF, avec cette citation de Saint-Beuve « À côté du Montesquieu, j’ai voulu lire du Machiavvel, c’en est la vraie réfutation au moins la vraie correction. »

Clarté
« On jugeait là les faits et les hommes. On raillait le siècle, ce qui dispensait de le comprendre. On s’entr’aidait dans l’étonnement. On se communiquait la quantité de clarté qu’on avait. » [Chapitre III - Requiescant]

Je n’explicite pas le terme, je le trouve simplement joli dans cet emploi.

Duègne
« Et il ajouta à part lui : – Me voilà duègne. » [Chapitre VII - Quelque cotillon]

Le mot me disait quelque chose sans que je ne puisse dire quoi, sans doute par son application à certains rôles au théâtre. Il s’agit donc d’une femme âgée chargée de l’éducation des jeunes filles, et péjorativement, d’une « Vieille femme acariâtre et gênante. » (LGR).

Chevet (d’une église)
« Parvenu à l’église, Marius n’y entra point, et tourna derrière le chevet. » [Chapitre VII - Quelque cotillon]

J’ignorais que le terme de chevet pouvait également s’appliquer à une église. C’est la partie derrière le chœur qui, pour Jésus, fait donc office de tête de lit.

Quinquet
« Le quinquet était solennellement allumé. » [Chapitre IV - L’arrière-salle du café Musain]

Il s’agit logiquement d’une lampe, en l’espèce à huile.
Le terme désigne aussi les yeux, que l’on ouvre ou ferme, le quinquet fonctionnant avec un système d’entrée d’air que l’on ouvre et ferme.

Utilité (rôle de)
« Il avait appris l’allemand et l’anglais ; grâce à Courfeyrac qui l’avait mis en rapport avec son ami le libraire, Marius remplissait dans la littérature-librairie le modeste rôle d’utilité. » [Chapitre II - Marius pauvre]

Pour un acteur, « utilité » désigne un « rôle subalterne », dit Antidote, « jouer les utilités », précise LGR. En est-il de même dans une librairie ? Il semble.
Je remarque au passage le « littérature-librairie » ; distinguait-on autrefois les libraires selon le type de livres qu’ils vendaient ? C’est le cas aujourd’hui mais je ne connais pas cette expression composée avec un trait d’union comme « librairie-papeterie » mais cette fois avec la spécialité en premier ; TLF indique d’ailleurs que la spécialité suit le nom, et non l’inverse. Je ne trouve rien d’autre à ce sujet.

Calmant
« Ce restaurant Rousseau, où l’on vidait si peu de bouteilles et tant de carafes, était un calmant plus encore qu’un restaurant. » [Chapitre II - Marius pauvre]

Un « calmant » est normalement un médicament (ou toute autre chose) qui calme la douleur physique ou morale. Un « calmant » serait-il dans le Paris miséreux de Hugo un restaurant où l’on se calme la faim plus que l’on y mange ? L’expression serait aussi redoutable que jolie.
Je m’en tiens à mon hypothèse, je ne trouve le mot nulle part.

Billevesée
« Il ne comprenait pas que les hommes s’occupassent à se haïr à propos de billevesées comme la charte, la démocratie, la légitimité, la monarchie, la république, etc., (…). » [Chapitre IV - M. Mabeuf]

Il s’agit d’un « Discours insensé » dit Antidote. LGR semble préciser un usage au pluriel, « dire des billevesées ».

Chiragre
« Il était un peu chiragre, et quand il dormait ses vieux doigts ankylosés par le rhumatisme s’arc-boutaient dans les plis de ses draps. » [Chapitre IV - M. Mabeuf]

Le terme existe en tant que nom féminin et adjectif (ici attribut) pour désigner une maladie de goutte (inflammation) des mains, en référence à une maladie identique aux pattes des oiseaux. Par extension, LGR indique que l’adjectif peut signifier « impotent ».
Ce n’est pas facile à prononcer, mais cela peut être utile.

Fichtre
« Je parie tout ce qu’on voudra, un million contre un fichtre, qu’il n’y aura là que des repris de justice et des forçats libérés. » [Chapitre VI - Le remplaçant]

Je connais l’exclamation, mais pas le nom masculin. Antidote et LGR sont comme moi, le TLF également. Hugo utiliserait-il le terme que l’on trouve en adverbe derrière un verbe pour en renforcer l’énoncé négatif (comme l’indique le TLF) en tant que nom comme synonyme de « rien ; chose insignifiante qui ne vaut fichtre rien » ou quelque chose d’approchant ?

Margoton
« Ne lis pas tant dans les livres et regarde un peu plus les margotons. » [Chapitre I - Le sobriquet : mode de formation des noms de familles]

« Margoter », c’est « crier ». « Margoton » n’a rien à voir, ou presque.
Pour LGR, une « margoton » est une « femme, fille », terme construit sur Margot, diminutif de Margueritte. TLF précise que « margot », sans majuscule cette fois, désigne une femme « bavarde » ou « aux mœurs légères », « magoton » en étant un synonyme. Il avère par ailleurs l’origine en tant que diminutif de Margueritte, la bavarde étant la pie de la fable de la Fontaine, la jeune fille légère étant, elle, de provenance moins établie.

Portefaix
« Il avait probablement un peu touché au maréchal Brune, ayant été portefaix à Avignon en 1815. » [Chapitre III - Babet, Gueulemer, Claquesous et Montparnasse]

Il s’agit d’une « personne qui porte des fardeaux », dit LGR, de « porter » et « faix », « lourde charge » dans un usage de type « faix du fagot » (La Fontaine) au sens propre, ou « faix des ans » (Racine) dans un sens plus figuré.
J’aime bien, « faix » dans ce sens. Je vais tâcher de l’utiliser (il semble que le « x » ne se prononce pas).
« Faix » a deux autres sens, un technique, « Tassement qui se produit dans une maison qu’on vient de construire. », l’autre médical, « Le fœtus et ses annexes (arrière-faix). » (LGR). Le fœtus, un fardeau ? C’est le dictionnaire qui le dit !

Pitre & Paillasse
« Il avait été pitre chez Bobèche et paillasse chez Bobino. » [Chapitre III - Babet, Gueulemer, Claquesous et Montparnasse]

Le « pitre » est un bouffon qui appâte le chaland devant un théâtre ou un cabaret par des facéties (d’où, « faire le pitre » ; le « paillasse », lui est un « Bateleur d’un théâtre forain. » dit LLF, le « bateleur » étant une « Personne dont le métier est de faire des tours d’acrobatie, d’adresse, d’escamotage, de force, sur les places publiques, dans les foires. » (TLF toujours). Tout un métier ! comme « pitre », d’ailleurs.
Je note également que le « paillasse » est un homme sans conviction, un « homme politique changeant ». C’est drôle mais c’est le premier sens qui m’est venu. « Paillasse » comme « paillasson » ? Ah bien non, « paillasse » comme « Pagliaccio, personnage du théâtre italien, dont l’habit était fait de toile à paillasse. » Bigre ! Merci LGR !

À intentions
« C’était un homme à intentions, beau parleur, qui soulignait ses sourires et guillemetait ses gestes. » [Chapitre III - Babet, Gueulemer, Claquesous et Montparnasse]

Une fois encore, le sens se comprend mais l’expression « à intentions » ne se trouve nulle part dans mes ressources. Je trouve dans Google de nombreux exemples « d’appel à intention » (numériques) venant d’universités. Le sens se comprend également et est bien différent.
Un « homme à intentions » donc… un coureur de jupons ? C’est comme cela que je l’entends.

Escarpe
« C’était le gamin tourné voyou, et le voyou devenu escarpe. » [Chapitre III - Babet, Gueulemer, Claquesous et Montparnasse]

Au féminin, il s’agit d’un talus ou d’un chemin escarpé ; mais ici au masculin, cela se comprend presque dans la phrase, il s’agit d’un « Assassin de profession ; voleur qui ne recule pas devant l’assassinat. »(LGR), donc un degré supérieur de voyou. L’étymologie n’est pourtant pas là : il s’agit de l’argot provençal « escarper », « assassiner, tuer » (LGR) que l’on retrouve plus loin en tant que verbe.

« – Il n’y a plus qu’une chose à faire.
« – L’escarper ! » [Chapitre XX - Le guet-apens]

Grisette
« La première grisette qui lui avait dit : Tu es beau, lui avait jeté la tache de ténèbres dans le cœur, et avait fait un Caïn de cet Abel. » [Chapitre III - Babet, Gueulemer, Claquesous et Montparnasse]

Il s’agit d’une jeune fille de condition modeste, dit Antidote. TLF précise que c’est par métonymie avec une « étoffe commune de teinte grise » et ajoute que cela désigne aussi les employées en maison de couture et de mode et, de manière péjorative, une « jeune ouvrière coquette se laissant facilement courtier ».
Il me semble que la phase de Hugo appelle ce dernier sens.

Mirliflore
« (…) tel était ce mirliflore du sépulcre. » [Chapitre III - Babet, Gueulemer, Claquesous et Montparnasse]

Un « jeune élégant aux manières affectées » dit LGR. L’origine du mot (qui s’écrit avec ou sans « e ») est intéressante : il s’agirait en même temps d’une référence à l’eau de mille-fleurs dont on faisait des parfums et une « attraction » pour « mirifique dans sa variation burlesque ». On image d’autant mieux le mirliflore !

Pincer au demi-cercle
« Les cognes sont venus. Ils ont manqué me pincer au demi-cercle. » [Chapitre II - Trouvaille]

Les « cognes », ce sont les policiers ; ça, je sais. « Pincer » doit signifier « mettre les pinces », soit les menottes ou les poucettes que l’on verra plus bas. Mais « demi-cercle » qui semble désigner un endroit au vu de son déterminant « au » ? Qu’est-ce donc ?
Le TLF m’éclaire : « au demi-cercle » est une locution militaire (« attaquer, prendre au demi-cercle ») qui indique une « manœuvre consistant à faire demi-tour en se déployant en demi-tour ». Son emploi est surtout figuratif, « par un coup inattendu ». Ma première interprétation était donc fausse : il s’agit d’un moyen et non d’un endroit, une sorte de surprise.
Belle expression que j’imagine déjà détournée de son objet initial, « Elle m’embrassa au demi-cercle. » ; j’en rêve (si tant est que « elle » soit celle qui me plaît, bien sûr) ! Et que ma mémoire d’écrivaine ne faillisse pas.

Goule
« Les jeunes filles m’apparaissent toujours. Seulement autrefois c’étaient les anges ; maintenant ce sont les goules. » [Chapitre II - Trouvaille]

Je ne lis pas assez d’histoires de vampires (je n’en lis pas du tout) pour savoir qu’il s’agit là de leur homologue féminine dans les légendes orientales. Le mot vient de l’arabe, dit LGR, et désigne à l’origine un « démon qui dévore les hommes ». Je connaissais les « succubes », démons qui elles s’accouplent à un homme à l’insu de son plein gré. Des cousines, sans doute.
Un sens figuratif propose « Femme lascive, insatiable. » Des cousines, donc.

Bouzin (bousin)
« Je leur flanque des bouzins sur l’honneur, sur la morale, sur la vertu ! » [Chapitre IX - Jondrette pleure presque]

« Bouzin » comme « bouse »… de vache ?
Presque dans le sens, pas du tout dans l’origine car cela vient de l’anglais « to bouse », s’enivrer. Un « bouzin » (« bousin » pour LGR) est un cabaret mal famé, une maison de prostitution. Il s’agit également d’un « grand bruit, tumulte », dérivé là de « bouzine », sorte de trompette (LGR). Par extension, il s’agit d’un objet bruyant, comme un moteur et par extension encore une voiture.
Je reviens à la phrase de Hugo. « Flanquer des bouzins ». Bigre. Je reprends la citation plus largement. C’est l’affreux Thénardier qui parle.

« Car j’élève mes filles dans la religion, monsieur. Je n’ai pas voulu qu’elles prissent le théâtre. Ah ! les drôlesses ; que je les voie broncher ! Je ne badine pas, moi ! Je leur flanque des bouzins sur l’honneur, sur la morale, sur la vertu ! Demandez-leur. Il faut que ça marche droit. » [Chapitre IX - Jondrette pleure presque]

Ce pourrait être des coups, mais pas « sur l’honneur, sur la morale, sur la vertu »… « Bousin » est aussi une « tourbe de mauvaise qualité » mais je n’y crois pas. Je penche pour une construction argotique figurative qui indiquerait qu’il a toute autorité pour leur faire suivre le droit chemin. Quelque chose comme ça. Vous avez des idées ?

Crebleur !
« Crebleur ! pas de ça dans la famille Fabantou ! » [Chapitre IX - Jondrette pleure presque]

Un dérivé de « sacrebleu » ? Le « r » en terminaison reste surprenant. Le TLF propose en effet un « crebleu » par apocope. Ne serait-ce pas plutôt par aphérèse ? Je ne suis pas assez calée en linguistique pour le discuter.
C’est ici toujours Thénardier qui parle ; un accent de méchanceté, sans doute.

Pèremuche
« – Bonsoir, pèremuche ! glapirent les filles. » [Chapitre XVI - Où l’on retrouvera la chanson sur un air anglais à la mode en 1832]

Une manière pour les filles Thénardier d’appeler faussement leur papa ? L’adjectif « muche » signifier « Beau, excellent » dit LGR ; c’est de l’argot ; et de citer Zola où le qualificatif désigne de manière un peu caustique de jolis objets. J’en conclus que « Pèremuche » peut à la fois être un « beau-père » (je ne sais plus si Thénardiers est le véritable père de ses filles) ou un père qui serait beau, idéal. TLF donne pour « muche », « excellent, parfait ». Cela arguerait pour le second sens usé péjorativement, bien sûr.
Le TFL indique le verbe « mucher », « cacher » avec la locution adverbiale « à muche-pot » (ou « musse-pot ») qui signifie « en cachette ». Si je m’en souviens, cela peut être « so muche » ! Oh ! pardon, voilà une blague globish que je serais seule à comprendre ; c’est joli pourtant, en superlatif de type « beau beaucoup ». Je garde juste « à muche-pot » sans que TLF ne donne des usages ; je peux tenter, « Le clitoris joue à muche-pot avec sa langue »… Ah ! tentation !

Taillandier
« – Ce sont des outils de taillandier, pensa Marius. » [Chapitre XVII - Emploi de la pièce de cinq francs de Marius]

Il s’agit tout simplement de celui qui fabrique des couteaux et autres objets tranchants. Encore faut-il le savoir.

Balayer dans un coin
« – Est-ce que Boulatruelle est mort ? Demanda-t-il.
« – Non, répondit Bigrenaille, il est ivre.
« Balayez-le dans un coin, dit Thénardier. » [Chapitre XX - Le guet-apens]

L’expression se comprend toute seule ; je la signale car je la trouve très jolie.

Savetier
« – Quand je pense qu’il ose venir me parler comme à un savetier ! » [Chapitre XX - Le guet-apens]

Le suspens, dans ce chapitre sur le guet-apens, est insoutenable. Y revenir pour cet article du LexCy(que) me glace de nouveau les sangs. C’est dire !
Le « savetier » est un cordonnier, réparateur de « savate », donc. Au sens figuratif, LGR indique un « ouvrier maladroit ». On lui parle donc mal, à un « savetier » puisqu’il travaille mal. Sur le principe, je ne suis pas d’accord, mais le sens est forcément celui-là.
Par ailleurs, la locution « comme un savetier » est synonyme de « très mal » dit TLF après avoir précisé que le « savetier » est aussi « celui qui manque de créativité, d’originalité, de talent dans l’exercice de son métier » avec cet exemple « C’est un savetier en littérature. »

Brindesingues
« – Qu’as-tu à dire avant qu’on te mette en brindesingues ? » [Chapitre XX - Le guet-apens]

Toujours ce même chapitre…
Je connais « brindezingue » adjectif dans le sens de « un peu fou, bizarre » (Antidote). Mais il doit s’agir d’autre chose au vu de la construction « en + pluriel ». LGR indique « ivre » en sens premier avec la locution « être dans les brindezingues » pour « être ivre ». Le mot serait formé sur une déformation argotique de « bringue » (« beuverie, noce, foire ») et peut-être « zinc », « comptoir ».
Thénardier menace-t-il ici Jean Valjean de le mettre dans un état qui pourrait se rapprocher d’une ivresse excessive ? TLF avère « se mettre en Brindezingue(s) » pour « être en état d’ivresse ». Une métaphore donc. Ce sera ma conclusion.

Plus que parfait du subjonctif
« M. Leblanc saisit ce moment, repoussa du pied la chaise, du poing la table, et d’un bond, avec une agilité prodigieuse, avant que Thénardier eût eu le temps de se retourner, il était à la fenêtre. » [Chapitre XX - Le guet-apens]

Et encore…
Il est rare ce plus-que-parfait du subjonctif ! C’est aussi pour cela que je me régale à lire Hugo ; sa maîtrise de la concordance des temps, idéale révision pour l’écriture de mes roses, les seuls de mes romans écrits au passé, subjonctif en prime !

Maringotte
« Tu sais où tu as laissé la maringotte ? » [Chapitre XX - Le guet-apens]

Un suspens à hauteur des mots qui m’y sont inconnus.
Il s’agit tout simplement d’une sorte de voiture à cheval.

Merlin
« Et, déposant son merlin dans un coin, il suivit la Thénardier. » [Chapitre XX - Le guet-apens]

Cela ne s’arrêtera-t-il donc jamais ? Je tremble pour Jean Valjean, ce d’autant qu’il ne doit pas s’agir de quelque chose de très enchanteur. LGR donne le choix entre une hache servant à fendre le bois et une « masse à long manche pour assommer les bœufs ». Mais pourquoi donc vouloir assommer les bœufs ? Drôles de mœurs au temps de la traction animale. Il semble que cela se passe plutôt du côté de l’abattoir, le merlin étant l’ancêtre du pistolet électrique. Ce n’est pas mieux.

Margoulette
– Monsieur Thénardier ! ce vieux t’a fait poser ! Tu es trop bon, vois-tu ! Moi, je te vous lui aurais coupé la margoulette en quatre pour commencer ! [Chapitre XX - Le guet-apens]

Toujours…
L’expression « se casser la margoulette » m’est familière sans que je ne connaisse le sens de « margoulette ». La figure ? Eh bien non, c’est la « mâchoire » dit Antidote, et la « bouche » précise LGR qui devient tête quand on se la fait « sauter avec un pistolet ».

Eustache
« Le malheureux qui aspire à la délivrance trouve moyen, quelquefois sans outils, avec un eustache, avec un vieux couteau, de scier un sou en deux lames minces, de creuser ces deux lames sans toucher aux empreintes monétaires, et de pratiquer un pas de vis sur la tranche du sou de manière à faire adhérer les lames de nouveau. » [Chapitre XX - Le guet-apens]

Ouh là là ! Va-t-il réussir ?
Rien à voir avec Bartolomeo Eustachi, l’anatomiste italien (v. 1510-1574) qui laisse son nom aux trompes qui se trouvent dans nos oreilles. Par contre, le coutelier Eustache Dubois, lui, a laissé son prénom à un « couteau de poche à virole et à manche en bois, servant d’arme. », également « couteau à cran d’arrêt » et même « couteau en général » (LGR).

Se colleter comme des auvergnats
« Ne nous colletons pas comme des auvergnats. Soyons gentils. » [Chapitre XXI - On devrait toujours commencer par arrêter les victimes]

Pas de majuscule à Auvergnats ?
« Se colleter », c’est se battre (« sauter au coller »). Mais pourquoi « comme des auvergnats », surtout sans majuscule puisqu’il s’agit d’un gentilé ? Je retrouve la citation dans le Wikitionnaire, toujours sans majuscule.
Grevisse ne donne pas d’exception pour la majuscule. Dans le TLF, je trouve plusieurs références au fait que les Auvergnats seraient de bons bagarreurs. Un cliché parmi tant d’autres.

Poucettes
« – Les poucettes ! Cria-t-il. » [Chapitre XXI - On devrait toujours commencer par arrêter les victimes]

Des menottes ?
Plus exactement « Paire d’anneaux ou chaînette servant à attacher ensemble les pouces d’un prisonnier. » (Antidote). Le terme est un pluriel invariable. Logique.

Carcan de moutard
« Carcan de moutard ! Grommela-t-elle. » [Chapitre XXII - Le petit qui criait au tome deux]

Le « moutard » est un enfant ; un « carcan » ce qui entrave, exactement le collier de fer que l’on mettait aux esclaves. Serait-ce à dire que les enfants sont des esclavagistes privatifs de liberté ? J’en suis convaincue.

Kisss
« Kisss ! kisss ! Fit-il. » [Chapitre XXII - Le petit qui criait au tome deux]

Avec trois « s », donc.
Une onomatopée, genre « tss » ? Je suppose, je n’en trouve trace nulle part.

Citations

Je trouve cette citation démagogique à souhait mais bon, c’est Hugo !

« Regardez à travers le peuple et vous apercevrez la vérité. » [Chapitre XII - L’avenir latent dans le peuple]

Juste pour la formule « son relief extérieur et sa satisfaction intime ».

« Une des choses dont il composait son relief extérieur et sa satisfaction intime, c’était, nous venons de l’indiquer, d’être resté vert-galant, et de passer énergiquement pour tel. » [Chapitre VI - Où l’on entrevoit la Magnon et ses deux petits]

« Le plaisir d’être un aigle », pour une vierge ? Cela fait un peu cliché mais j’ai envie de croire ces deux dames lesbiennes.

« Elle avait une amie de chapelle, vieille vierge comme elle, appelée Mlle Vaubois, absolument hébétée, et près de laquelle Mlle Gillenormand avait le plaisir d’être une aigle. » [Chapitre VIII - Les deux ne font pas la paire]

Là, j’adore ! Surtout le « c’est chicaner le bûcher sur le degré de cuisson des hérétiques » ! Rien que pour cette phrase, je vais me plonger dans le tome IV dès que j’en aurai fini d’autres lectures plus contemporaines.

« Être ultra, c’est aller au delà. C’est attaquer le sceptre au nom du trône et la mitre au nom de l’autel ; c’est malmener la chose qu’on traîne ; c’est ruer dans l’attelage ; c’est chicaner le bûcher sur le degré de cuisson des hérétiques ; (…) » [Chapitre III – Requiescant]

Information publiée le mardi 18 avril 2017.

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