D’un jour à l’autre

Rose toujours !



Cy Jung — Camellia rose

La publication de Camellia rose, quatrième volume de ma collection de romans sentimentaux parodiques du genre, me donne l’occasion de revenir sur le projet de Marine et Anne Rambach d’offrir aux lecteurs une littérature populaire homosexuelle.
On pourrait disserter longtemps sur la définition de « littérature populaire homosexuelle » : l’idée que j’en ai est qu’il s’agissait pour ces éditrices, en créant les éditions gaies et lesbiennes, de permettre la publication de livres LGBT appartenant à des genres considérés comme mineurs : romans policiers, romans sentimentaux, science-fiction, BD, etc. Le projet m’a rapidement intéressée : il me semblait en effet qu’il est essentiel à notre visibilité (donc à la lutte contre l’homophobie) d’affirmer l’existence d’une culture homosexuelle autant que chacun de nous, quand il prend le train ou passe un dimanche au fond de son canapé, peut avoir envie de lire un texte qui n’a d’autre prétention que de lui faire passer un agréable moment de lecture dans le récit d’une histoire d’amour qui lui ressemble.

Cy Jung — Carton rose Cy Jung — Bulletin rose Cy Jung — Diadème roseC’est ainsi que j’ai publié Carton rose, dont le scénario et le style collent parfaitement aux fameux romans Harlequin dont j’ai décortiqué la trame et les procédés d’écriture avant de les appliquer à mon objet. J’ai ajouté quelques scènes de sexe, grossi les clichés, augmenté la place des digressions et hop ! le tour était joué. J’ai ensuite enchaîné avec Bulletin rose, puis Diadème rose, m’autorisant à chaque fois un peu plus de libertés face aux canons du genre, mais toujours très assidue à conserver les éléments de style et de construction qui font que cela se lit vite, sans accroc, avec le sentiment à la fin que l’amour est toujours vainqueur.
Avec Camellia rose, je bouleverse encore quelques éléments du schéma initial : mes héroïnes ne sont ni jeunes, ni belles, ni en bonne santé ; les péripéties placent le bonheur d’entrée de jeu avant que la foudre ne s’abatte sur l’intrigue ; des sujets aussi incongrus que la mort, l’existence de Dieu ou le démantèlement du service public émaillent le récit ; mais au final, l’amour vainc l’adversité.
Au-delà des raisons politiques déjà évoquées, je dois avouer que j’adore composer ces romans-là. C’est à chaque fois un nouvel exercice de style, qui m’éloigne de ma manière d’écrire — notamment parce mon temps de prédilection est le présent, et non le passé — mais me permet, mine de rien, d’aborder des sujets peu coutumiers du genre à l’occasion de quelques digressions entre deux sursauts du récit. Qui se souvient, par exemple, que l’épilogue de Diadème rose faisait la part belle à l’Observatoire international des prisons ?
J’aime ces romans sentimentaux parce qu’ils font croire qu’il s’agit du plat récit d’amours plus ou moins contrariées là où se cache, parfois à l’insu du lecteur et toujours avec l’intention que cela ne gâche pas son plaisir, un portrait critique du monde dans lequel nous vivons. Oui, j’aime ça parce que je m’amuse à raconter une histoire qui dit autre chose ; j’aime détourner l’objet du roman autant que je me régale, au niveau du texte lui-même, à peaufiner mon savoir-écrire.
Je n’ai plus qu’à vous souhaiter une bonne lecture en vous promettant d’ores et déjà un cinquième volume dont le titre est… Chut ! c’est une surprise.

Cy Jung — 25 mai 2009

Lire le communiqué de presse (22 mai 2009).

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Information publiée le jeudi 4 juin 2009.

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