LexCy(que)

Massif de bruyères



Cy Jung — LexCy(que) : Massif de bruyèes et autres plantation

Ma phrase [*] : — Nom de Dieu de nom de Dieu ! blasphéma Marie-Ange en se levant d’un bond, jetant son verre dans le joli massif de bruyère. Quelle idiote !

Cy Jung — Camellia roseMaintenant que je sais que le pluriel des ingrédients qui composent un élément unique se joue sur le fait que ces ingrédients soient « comptables » ou « nom comptables », je remarque en dernière relecture de mon manuscrit ce singulier à « bruyère ».
Je m’étais déjà posé la question dans une relecture précédente et avait tranché, sans plus de recherches, en considérant que l’on disait « de la bruyère ». Pourtant, cela se compte, les pieds de bruyères, dans un massif ? Le pluriel ne devrait-il donc pas s’imposer ?

Antidote est catégorique : dans tous les exemples de « massif » qu’il donne (« roses, « peupliers », « pins » et autres « lauriers »), il indique le pluriel. Et dans son article consacré à « bruyères », si je n’y trouve aucun massif, je remarque que dans « recouvert de bruyères » ou « landes de bruyères », le pluriel y est… bien que dans ce dernier exemple, on peut se demander si ce n’est pas le pluriel à « landes » qui induit celui de « bruyère ».
Le Petit Robert propose les mêmes massifs qu’Antidote mais ne donne aucun exemple sur « bruyère » qui permettrait de trancher. Le TLF confirme les pluriels à « massif » (sauf pour un « massif de gazon », peut-être parce que ses rédacteurs n’ont jamais réussi à en compter les brins) et propose un « champ (singulier) de bruyères (pluriel) ». Le XMLittré ne dit rien de plus.

J’adopte donc le pluriel, en me basant sur ceux qui s’appliquent à « massif ».
Ma phrase devient : — Nom de Dieu de nom de Dieu ! blasphéma Marie-Ange en se levant d’un bond, jetant son verre dans le joli massif de bruyères. Quelle idiote !

Mais je ne vais pas m’arrêter là : qu’en est-il des autres plantations ? Après les recherches d’usage, il semble que les « jardinières de fleurs » et autres « allées plantées d’arbres » ne fassent pas de doute. Par contre, on peut s’interroger sur le « champ de blé », le « parterre de pissenlit » ou le « carré de gazon ».
Pour « gazon », le TLF ne comptait pas… et quand le pissenlit est en salade, Antidote non plus. Il semble donc qu’il faille revenir à notre règle du « comptable » et du « non comptable » et considérer que quand la plante peut être dénombrée, le pluriel s’applique (et inversement).

Cy Jung — Tu vois ce que je veux direMais qu’en est-il quand le sujet censé compter est amblyope et qu’on lui propose, par exemple, d’aller dans un champ d’asperges sauvages les y cueillir ? Une personne valide pourrait compter ces asperges ; l’amblyope, lui, même à quatre pattes, aurait du mal puisqu’il ne les distingue pas des brins d’herbe. Que l’on se rassure : cette difficile question orthographique a été réglée par maman il y a dès le début des années 70 : on peut cueillir des asperges sauvages sans les voir ; on peut donc en déduire que c’est la même chose quand il s’agit de les compter ! [**]

Notons enfin qu’il semble que certaines plantes ne s’emploient que très rarement au pluriel, comme le thym (« bouquet de thym », dit Antidote) ou le romarin, sans doute parce qu’ils sont entendus comme une matière qui demeure au singulier.

Le commentaire de Pascale

Je te réponds tout net, il faut un pluriel à « bruyère », parce que dans un massif, il faut plusieurs bruyères (ce sont des arbustes).
Pour ton gazon, ton pissenlit, ta salade, normalement on plante « de la salade », « du gazon », « du pissenlit » sans autres formes de tergiversation.
La bruyère se compte en arbres, comme les tomates se comptent en pieds, mais pas le basilic qui est au rang du pissenlit et autre gazon.
Cela dit, tu pourrais avoir un massif de salades, parce qu’on plante aussi des salades. En revanche, on ne plante pas des gazons ni des pissenlits, quoi que pour ces derniers, ce serait encore envisageable, puisqu’on finit par les manger par les racines…

Hormis ces considérations linguistico-botaniques, personnellement, j’ai un peu de mal à imaginer un massif de bruyères, mais pourquoi pas. Ça ferait plutôt un bosquet, non ?…

En bref, tu peux avoir une forêt de chênes, mais une forêt de gazon, c’est plus délicat. Une forêt d’herbes, pourquoi pas — à condition qu’il y ait plusieurs sortes d’herbes, parce que sinon, c’est de l’herbe et c’est plutôt considéré comme une matière et non comme des brins, d’ailleurs, on écrit « des brins d’herbe ».
Ton thym et ton romarin, c’est un peu normal. Tu ne cueilles pas des romarins, mais du romarin. Pareil pour le thym, le serpolet, la sarriette, la farigoule…
Comme tu le remarques donc, tout est une question de point de vue !


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[*Phrase extraite de Camellia rose, manuscrit, version 5, avril 2009.

[**Lire sur ce point mon livre témoignage, Tu vois ce que je jeux dire, vivre avec un handicap visuel.


Information publiée le mercredi 3 juin 2009.

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