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Nouvelle inédite — Conte de Noël



Cy Jung — Nouvelle inédite — Conte de Noël

Chacun sait Cy Jung très attachée à ne rien faire pour alimenter la « magie de Noël », tant il s’agit là pour l’ordre bourgeois, hétérosexiste et raciste de dévoyer une fête qui n’appartient qu’aux chrétiens pour accroître le pouvoir coercitif de la consommation et de la famille. Et pourtant…
Pourtant. En décembre 1998, elle a commis un court Conte de Noël qui vaut son pesant de cacahuètes (qu’en dire d’autre ?) et pourra mériter vos sourires moqueurs. Elle les préférerait amusés tant cela la fait rire de mettre en ligne (sans corrections particulières) ce 25 décembre 2017 cette fable sans queue et à peine de tête !
Bonne lecture.


Petit rappel liminaire

Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droit ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.



Il était une fois, dans un pays lointain, une jeune fille qui répondait au doux prénom de Florette. Elle vivait dans une masure de chaume et de bois, un lac côté cour, une forêt noire et sombre, côté jardin. Son père était mort à la guerre. Sa vieille mère était sa seule compagne. Toutes deux vivaient de pas grand-chose, heureuses, comblées chaque matin de la naissance d’un jour nouveau.
En ce 24 décembre d’un hiver particulièrement rigoureux, Florette peinait à se réveiller. Dans la nuit, la neige avait recouvert de son épais manteau la campagne alentour pendant que la jeune fille, à la lueur vacillante d’une chandelle, mettait la dernière touche aux chaussons en peau de loir qu’elle offrirait ce jour à sa mère. Elle avait veillé tard. Il lui fallait pourtant se résoudre à braver les congères pour rejoindre le poulailler où caquetait encore la poularde qui ce soir leur servirait de dîner.
Sa tâche accomplie, elle se réchauffa quelques instants face à l’âtre puis vaqua d’occupation en occupation jusqu’au moment sacré de la découpe du gallinacé cuit en cocotte sur un lit de navets fondants. Au moment précis où elle planta sa fourchette dans la bête, on toqua à la porte de chêne.
— Toc, toc !
Qui cela pouvait-il être ? Il y avait bien longtemps que Florette ne croyait plus au père Noël. Il ne pouvait s’agir que d’un trappeur égaré. La jeune fille frissonna. Si l’homme était bourru, sa vertu était en péril. Avant qu’elle ne poursuivît plus loin le culte de ses craintes utérines, la porte s’ouvrit avec grand fracas, laissant entrer une bourrasque de bise en même temps qu’une femme ébouriffée de vent et trempée de neige. Le pire n’était pas là : elle avait l’arme au poing.
La porte claqua dans son dos. Florette dégagea les fourchons et brandit son frêle ustensile de fer blanc comme s’il avait été Durendal. L’intruse, le doigt sur la gâchette, la rejoignit en trois bonds. D’un geste sûr, elle appuya le canon du revolver sur la peau si mince de sa tempe.
— Lâche ça ou je te bute !
L’ordre était sans appel. N’écoutant que sa légendaire sagesse, Florette enfonça de nouveau sa fourchette dans le bide de l’animal.
— Nous ferez-vous l’honneur de partager notre maigre repas ?
Quelle bienséance ! Sa voix était soyeuse et calme. L’étrangère en fut émue et prit place à table. La mère engagea la conversation sur ce ton de familiarité si cher aux vieilles gens. Bientôt, la visiteuse posa l’arme à droite de son assiette, dévorant la poularde tout en racontant à ses hôtesses sa longue cavale de voleuse évadée des geôles de l’Empereur.
La magie de Noël agissait. Les trois femmes riaient et plaisantaient joyeusement, allant jusqu’à oublier le drame qui les unissait. La fugitive surpassait sa peur. La meute policière semblait avoir perdu sa trace. Florette ignorait le danger. Pauvre enfant, si insouciante ! Dans le firmament, un ange priait pour son salut.
Au loin, le hurlement d’un loup leur glaça le sang. La fête était finie. La fuyarde attrapa son arme et somma Florette de barricader portes et fenêtres. Il n’y avait rien à craindre, assura la mère. La filoute ne voulait pas la croire. Elle renouait sans vergogne avec ses instincts de féline traquée, sensible au moindre bruit, défiante par nature, brutale. Elle enjoignit à la mère de se mettre au lit puis tira le rideau de l’alcôve non sans avoir pris soin d’entraver ses membres avec la longe d’ordinaire dévolue à la bique.
Florette protesta, en vain. À son tour, elle fut traînée jusqu’à sa paillasse. Son cerbère l’y allongea d’une bourrade, la menotta à l’un des piliers du bâti puis redescendit éteindre les chandelles. Elle s’assit au pied de la cheminée, les épaules couvertes d’un châle. Le feu déclinait. La malfrate s’était apaisée. Il était temps d’aller au lit.
Doucement, elle regagna les combles et se glissa dans la couche de Florette. Son corps était chaud. Elle le devinait si tendre qu’elle y aurait volontiers plongé la main pour y quérir un peu de réconfort. Elle retint son geste, n’étant pas femme à abuser d’une jeune fille et cela même si son désir était grand. Elle ferma les yeux, tendant l’oreille à l’écoute de la respiration de Florette. Elle était pure et régulière. Peu à peu, le sommeil les unissait… Au moins, le croyait-elle !
Sa prisonnière ne dormait pas. Les nerfs à vif, elle guettait le moindre mouvement de cette inconnue dont la force factice exacerbait ses sens. Pourquoi ne se passait-il rien ? Noël n’était-il pas aussi la fête des vierges ? Si cette pudibonde avait été un trappeur, elle n’aurait pas hésité. Florette promit mentalement à Lucifer de lui faire don de sa meilleure poule pondeuse si jamais il voulait bien obliger sa matonne à succomber aux turpitudes de la chair. L’ange prieur détourna la requête. Florette sombrait dans le désespoir. De sa main libre, elle écrasa la larme qui coulait le long de sa joue. Elle renâcla si fort que sa vestale se réveilla en sursaut.
— Que se passe-t-il ?
—  Fuck me… Please…
Le propos était vulgaire. Florette ne s’y reconnut pas. Quelle était donc cette force surnaturelle qui la faisait gourgandine en cette nuit de Nativité ? La réponse à cette question ne lui importait guère. Désormais, son désir était seul maître à bord de sa conscience de l’être. Son sexe était une étuve, son sein, un volcan au bord de l’éruption.
— À ta guise.
Et tout se déroula comme Florette n’aurait jamais osé le rêver. Les caresses étaient voraces, les baisers gourmands. Cuisses ouvertes et fesses brandillantes, elle s’adonnait sans pudeur aux joies de la concupiscence. Il était né, le divin enfant, immuable émissaire de la félicité. Jouez, hautbois, résonnez, musettes ! Le souffle court, Florette chantait son avènement.
Quand enfin elle s’endormit, le corps repu et l’âme ravie, les bracelets l’unissaient à son amante. Elles ne se pacsèrent pas et n’eurent aucun enfant mais qui pourrait dire si leur bonheur en était atteint ? Toutes les Boutin de la terre n’y suffiraient pas. Noël est jour de paix et Dieu reconnaîtra les siens.

Cy Jung, 18 décembre 1998


Cy Jung, 18 décembre 1998®.

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