LexCy(que)

S’entr’aimer & s’entreculer



Cy Jung — LexCy(que) : S'entr'aimer & s'entreculer

Ma phrase (ou plutôt celle de Érik Rémès [*]) : « Deux autres gars s’entreculent allègrement. »

Je ne me souviens plus dans quel contexte je suis arrivée au verbe « s’entr’aimer » ni où je l’aurais trouvé (je note les sujets de LexCy(que) en manquant parfois de détails) avec l’envie de l’associer au « s’entreculer » de Érik Rémès ; j’aime beaucoup le néologisme. Mais au fait, « s’entr’aimer » ou « s’entraimer » ? « S’entreculer » est forcément sans l’apostrophe puisque « en » a sauté ; sinon, on pourrait écrire « s’entr’enculer » : je vous renvoie ici. Autre question : au vu du sens de « entre », les deux sont-ils vraiment justes ?
Je commence par là car il me semble que quand j’écris « Elles toquent à la porte entr’ouverte du bureau de la directrice. » [**], « entre » ne relève pas forcément de la même construction. Antidote me propose ici « Ouvrir en écartant », ce qui va bien au néologisme de Rémès, et « Ouvrir en partie », ce que je n’imagine pas de la part de ses personnages. Quant à « s’entr’aimer », cela dirait « s’aimer en partie » ? Tout cela mérite d’être creusé.

Je me tourne vers le Grand Robert qui m’éclaire sitôt dans son article sur les composés de « entre » ; point II, entre « servant à former des verbes » : 1. « Pour indiquer que l’action est réciproque », avec « s’entr’aimer » qui trône dès la deuxième ligne. Ouf ! C’est sans doute là que j’ai trouvé le verbe, et « entre » peut dans ce contexte indiquer la réciprocité comme « s’entrelacer », « s’entre-manger » (ce qui revient au même)… et le « s’entreculer » de Rémès. Je remarque plus loin que « entre » pour composer un verbe peut également avoir le sens de « à demi » ; les auteurs pourront s’amuser à jouer du double sens.
L’amour n’est donc pas tout à fait sauf puisqu’il reste entre les mains de l’écriture. Reste à savoir pourquoi certains verbes qui unissent « entre » et un verbe commençant par une consonne s’écrivent en toutes lettres (« s’entretuer ») quand d’autres (« s’entre-dévorer ») prennent le trait d’union. Je reviens sur la Banque de dépannage linguistique sur laquelle j’ai mis un lien plus haut. Le « sans trait d’union » serait le plus usuel ; et l’apostrophe ne vaudrait que pour les verbes.

Je crois avoir fait le tour du sujet… et tombe dans mes notes mal classées sur le motif initial de cet article, une citation de La Boétie que j’ai trouvée dans son Discours de la servitude volontaire. « Voilà pourquoi il y a bien entre les voleurs (ce dit on) quelque foi au partage du butin, pource qu’ils ne s’entr’aiment, au moins ils s’entregraignent, et ne veulent pas en se desunissant rendre leur force moindre. »
Tout est dit, en ancien français, bien sûr. Pour le plaisir.


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[*Phrase extraite de Érik Rémès, Le 21e Sexe, Texte gay (2015).

[**[#20] L’homme qui n’est pas Jeanine (V-01), 4 septembre 2014.


Information publiée le vendredi 18 mai 2018.

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