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[#62] Les deux hommes qui chantent le soleil d’été (V-01)



Cy Jung — [#62] Les deux hommes qui chantent le soleil d'été (V-01)

[Le prétexte] Je traverse un square. C’est un de ces jours de septembre où le vent souffle un peu, faisant alterner éclaircies et ragasses. Pour l’instant, le soleil brille.
Deux hommes sont assis sur un banc à une place, collés l’un à l’autre. À mon passage, ils chantonnent en chœur.
— On est bien sous le soleil d’été…


Petit rappel liminaire

Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.



[La nouvelle]
Eunice caresse la hanche de Camille. Sa paume n’est ni trop ferme, ni trop tendre. Ses doigts cherchent sous la peau les connexions nerveuses. Camille ne bouge pas, calée contre elle, profitant de la chatterie comme on savoure un instant suspendu à l’éternité. Eunice respire ses cheveux. Ils sont frais et chaleureux comme le désir qui enveloppe leur étreinte. Elle y pose un court baiser. Camille ronronne.
— Tu as des nouvelles de Louisette ? Lily m’a dit qu’elle n’était pas à l’entraînement d’hier.
— Elle s’est fait mal au genou.
— Zut ! Grave ?
— Le je-nous n’est jamais si grave qu’on le craint !
Eunice rit. Camille ne comprend pas. Eunice lui détaille son calembour. Camille lui mordille le menton.
— Tu es bête ! Elle s’est blessée au judo ?
— On ne se blesse jamais au judo ! Elle a voulu faire sa butch avec une perceuse et a pris un mauvais appui. Je lui ai conseillé un peu de repos. On la verra mercredi.
— Tu aurais dû le dire à Lily ; elle s’est inquiétée.
Eunice fait la lippe. Elle promet de s’en excuser auprès de son élève dès qu’elle la verra. Camille lui sourit. Elle l’embrasse à pleine bouche. Leurs langues sitôt m’emmêlent. Leurs souffles s’accélèrent. Camille grimpe sur les cuisses de Eunice et referme ses jambes sur ses reins, ses bras autour de ses épaules. Eunice la ceinture avec cette force si particulière qui frise toujours la limite en toute connaissance de cause. Camille adore. Le baiser se prolonge, têtes basculées sur un côté. Il s’interrompt un court instant. Camille a les yeux humides. Eunice le remarque.
— Ça va ?
— Fais-moi l’amour. Fort.
— Dis-moi d’abord si ça va.
— J’ai parfois tant d’émotion à être dans tes bras que j’ai envie de pleurer. Ce n’est que du bonheur.
Eunice en pleurerait volontiers. Elle n’a jamais eu la larme facile. Sans relâcher l’étreinte, elle libère une main afin que l’autre se glisse entre ses cuisses. Le sexe de Camille est en eau. Les doigts de Eunice y barbotent, petits canetons pleins de joie et de sagacité. Coin. Coin. Camille a envie qu’ils plongent sans précaution, qu’ils fassent un peu mal peut-être, pas pour faire mal, juste pour bien dire qu’une fusion s’opère. En même temps, elle aime cette caresse tranquille qui flatte les moindres recoins du clitoris, asticote les petites lèvres, flirte avec l’orée du vagin. Comment choisir ? Elle ne veut pas choisir. Elle veut que Eunice statue sur le plaisir à recevoir, et à donner.
Les doigts barbotent encore. Un cri s’échappe de la gorge de Camille. La caresse s’en réjouit. Elle s’adoucit quelques instants, comme si elle décélérait à l’approche d’un virage en épingle, permettant au passage à Camille de reprendre son souffle, puis elle repart la poignée dans le coin, bien décidée à laisser un peu de gomme sur l’asphalte et que le clitoris gonfle, gonfle, gonfle jusqu’à s’élever dans les airs tel un ballon captif qui aurait rompu ses liens avec la terre.
Camille ferme les yeux. Eunice la bascule sur elle sans cesser sa chatterie, et descend jusqu’à ce que sa vulve épouse sa bouche. Tate shio gatame, en position très haute, pour les initiés. Camille prend appui sur ses coudes afin de ne pas sombrer, et ne rechigne pas à s’asseoir sur le visage de Eunice. Elle peut y aller ; on n’étouffe pas si facilement une championne du monde de judo ! Deux doigts ont écarté les petites lèvres. Le menton se cale au-dessus de la fourchette. La langue peut opérer. Elle opère. Les mains de Eunice rejoignent ses fesses et les contraignent pour donner du rythme au bassin. Camille râle. Ce qui se passe en son sexe relève du sacré. C’est à la fois d’une douceur insupportable et d’une force irrépressible. Il faut que cela s’arrête ! Cela doit absolument continuer ! Que choisir ? Toujours rien. Eunice s’occupe de tout.
Quand elle estime le clitoris à la limite de la rupture, elle dégage promptement sa tête et enfouit sa main au cœur de la vulve ignorant encore le vagin. La friction est rude, cette fois, et Camille comprend que son ventre va éclater. Il éclate. Elle exulte. Elle cherche à s’enfuir. Eunice la rattrape d’un bras ferme autour des hanches, la bascule sur le côté, s’agenouille entre ses cuisses, chope un oreiller qui traîne là, le glisse sous ses reins, bande deux doigts, astique encore le haut du clitoris et introduit sans vergogne son index et son majeur dans le vagin. Il pompe. Elle va. Il vient. Elle n’accélère pas. Il réclame. Elle garde le rythme. Il s’échauffe. Elle insiste. Tout en Camille choit. Le plaisir cette fois atteint le tréfonds. Les chairs se ramollissent, du dedans. Les muscles s’étarquent. Le souffle s’emballe. Les cris fusent. Ses doigts griffent, choquent, arrachent. Elle monte encore. Elle monte… monte… monte…
Sa paume se colle une fraction de seconde sur le bras de Eunice. Celle-ci reçoit le message. Le piston cesse son action. Camille porte ses deux mains à son poignet. Elle s’empale autant que vulve peut sur les doigts afin que son corps parte en vrille, encaisser les vagues, les ondes, ne rien manquer de la liesse qui gronde. Les répliques se succèdent. Eunice ne bouge pas. Camille s’accroche encore à son poignet. Eunice guette le moment où ses yeux vont s’ouvrir en même temps qu’elle amorcera un sourire de félicité.
Il vient.
Eunice est émue.
Camille aussi.
L’une et l’autre voudraient dire quelque chose qui ponctue cet instant. Elles n’y arrivent pas. Camille se love dans les bras d’Eunice. Elle hale au passage sur elles un morceau de couette. Leurs peaux se collent quand leurs jambes et leurs bras s’entrelacent. Elles se calent, tout en longueur. Camille entend le cœur de Eunice battre dans sa poitrine. Elle voudrait lui rendre dans l’instant le plaisir qu’elle vient de lui donner. L’idée lui tire un sourire. On ne rend pas un cadeau ! On en fait un autre. Elle y pense. Déjà. Elle savoure, encore. Il est trop tôt pour qu’elle ne perde pas le meilleur à se disjoindre. Eunice caresse son épaule cette fois. Camille s’agglutine un peu plus. Elle répond au petit baiser qui vient de se poser sur sa tête par un long soupir d’aise.
Que dire ? Que faire ? Comment revenir au monde quand la chair a ainsi emporté l’esprit au-delà de la matière ? Le désir s’y colle, toujours prompt à fomenter un nouveau voyage. La tête s’incline de quelques degrés. La bouche de Camille absorbe le mamelon qui se trouve là. Son ventre se plaque contre son homologue. Sa bouche lâche le mamelon pendant que ses coudes se posent de part et d’autre des épaules de Eunice. Un baiser s’en ensuit, un où Camille fait sa butch, sans perceuse, sans appui délétère, exprimant son désir avec une force qui emporte celui de Eunice. Le baiser dure. Aucune ne songe à l’interrompre. Les bassins sont soudés au point qu’ils se massent si profondément les abdominaux que le clitoris en profite. La cuisse de Camille aide un peu, pas tant que cela. Eunice sent monter une première vague qui ne correspond à aucune cajolerie en particulier, comme si les corps se connectaient en Wi-Fi.
Wi-Fi ou Bluetooth ?
« Bluetooth est une norme de communications permettant l’échange bidirectionnel de données à très courte distance en utilisant des ondes radio UHF sur une bande de fréquence de 2,4 GHz. » ; « Le Wi-Fi est un ensemble de protocoles de communication sans fil régis par les normes du groupe IEEE 802.11 (ISO/CEI 8802-11). » Entre un « protocole de communication sans fil » et un « échange bidirectionnel à courte distance », le choix est évident. Le baiser se poursuit. Eunice manque d’air. Camille s’en moque. Elle aime sentir que sa puissance s’exprime, que son désir est suffisant pour que Euncie en jouisse sans les mains ni la langue. Jouir du désir de l’autre ? N’est-ce finalement pas le meilleur ? Eunice n’en veut, à l’instant, pas un autre ; son âme et sa chair ne forment qu’un tout enseveli sous le poids plume de Camille, le baiser toujours aux lèvres et la joie qui irradie plus durablement que n’importe quel orgasme. La fulgurance se trouve dans l’intensité. Il est l’heure de se fondre l’une en l’autre, et que le monde, tout autour, continue de tourner sans intrusion dans le mitan. Camille ne bouge plus. Eunice trémule de pied en cap. Leurs lèvres se disjoignent. Camille plonge la tête entre épaule et cou. Eunice referme un bras sur elle.
Silence.
Amour.
Eau fraîche ?
C’est Eunice qui réclame la première. Elle a soif. Elle le murmure à l’oreille de Camille.
— On va devoir bouger ?
— À un moment ou à un autre…
— Jamais !
Un sourire commun les anime. Qu’il serait doux de ne plus jamais se lever, rester là, enlacées, à jamais recluses parmi les oreillers ! S’en extraire n’augure-t-il pas de retrouvailles tout aussi délicieuses ? C’est l’argument qui vient, en même temps que la soif, la faim, l’envie de faire pipi et les fourmis dans les jambes. Camille attrape un pull, Eunice une veste à capuche. Pantalons. Prothèse. Chaussettes. Un baiser furtif lance la cavalcade. Toilettes. Soupe à réchauffer. Cake en tranches sorti du congélateur et passé au grille-pain. Ça sent bon. Camille et Eunice se régalent de tout, assises côte à côte sur deux tabourets de cuisine, les jambes emmêlées et les caresses jamais loin. Eunice les interrompt un instant, le temps de mettre de l’eau à chauffer pour une infusion. Elle revient s’asseoir.
— On se demande avec Freddy si l’on ne fermerait pas la salle la première quinzaine d’août pour se reposer vraiment. Prendre des extra nous coûte cher et l’on n’est pas complètement tranquilles.
— Et vos clients ?
— On a fait un sondage chez les habitués et la plupart sont absents. Les autres nous ont promis de ne pas nous en vouloir.
La main de Camille se glisse contre le ventre de Eunice. Celle-ci l’attrape au passage et en caresse la paume d’un doigt. La pulpe dessine des arabesques.
— Cela te dirait que l’on aille se poser quelque part à ne rien faire ou à faire quelque chose ? Je ne sais pas.
— Je vote pour ne rien faire.
— Mer ? Montagne ?
— Montagne !
— Randonnée ?
— Non. Quelque chose de confortable avec le nécessaire à proximité et des balades alentour. J’imagine qu’il y a ça dans certaines stations de ski qui ouvrent l’été.
— On va trouver !
— Mais ça te va ?
— Oui, très bien ! On se fait vieilles. J’aime l’idée de prendre le temps et de profiter de ce qui facilite la vie.
Camille récupère sa main non sans provoquer un nouveau baiser. Elle débarrasse la table sans faire la vaisselle. Eunice s’occupe de la tisane.
— Qu’est-ce que tu veux pour le dessert ?
— Le dessert ?
Camille sourit. Elle tire un tabouret et s’assoit le nez contre les fesses de Eunice, debout devant le plan de travail. Elle tire sur le pantalon. Il descend. Sitôt, ses mains épousent les chairs, sa bouche les croque, sa langue les attise. Eunice se campe sur ses jambes. Elle aime l’idée de ne pas faiblir, tenir debout quoi qu’il arrive, comme si la résistance était un moyen donné au corps d’en savourer toujours plus. C’est confronté à la langue qu’il lui est le plus difficile de tenir bon. Elle fait tout pour que le bassin ploie, pour que les jambes s’écartent, pour que l’entre-deux-cuisses se pâme. Combien de temps va-t-elle tenir avant de céder sous les assauts de son propre plaisir ? Le suspens est total.



Cy Jung, 2 juin 2018®.

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