La biographie de Cy Jung

L’Observatoire de la liberté de création sur Radio libertaire



Cy Jung — L'Observatoire de la liberté de création sur Radio libertaire

Vendredi 6 avril 2018 de 19 heures à 21 heures.

La Ligue des droits de l’Homme, qui anime deux vendredis par mois une émission sur Radio libertaire, consacre celle du vendredi 6 avril 2018 de 19 heures à 21 heures aux combats de l’Observatoire de la liberté de création.
Le débat est animé par Jean-Luc Deryckx, président de la LDH20, avec Jean Claude Bologne, codélégué de l’Observatoire de la liberté de création, Alain Esmery, trésorier de la LDH, et Cy Jung, membre de la LDH section 14-6 et de l’Observatoire.

Cy Jung — L'Observatoire de la liberté de création sur Radio libertaireVous pouvez écouter le mp3 ici. N’oubliez pas de faire un don à Radio libertaire sans qui cette émission et ce fichier n’existeraient pas ().

Le déroulement de l’émission

Jean-Luc Deryckx : Bienvenue. Présentation de l’émission et des invités.

[Pause musicale (coupée par respect du droit d’auteur).]

Jean-Luc : Petit historique de l’Observatoire : du Manifeste au texte de Libération. Censure historique de groupes réactionnaires. Nouvelles formes de censure.
Jean Claude Bologne : De la censure de la création par des groupes d’extrême droite aux nouvelles censures par des organisations proches de nos valeurs (lutte contre le sexisme, le racisme, l’homophobie…) (Exhibit B, Polansky, Cantat, Blackface). Art, création, réalité, représentation, opinion. Distinction entre l’artiste et son œuvre, entre les personnages et les idées de l’auteur.
Alain Esmery : Développement des mêmes thèmes. Originalité de l’Observatoire : la création est un espace particulier (Littell). Distinction entre « liberté d’expression » et « liberté de création ». Émotion à la réception intime de l’œuvre et confusion entre l’œuvre et son auteur.
Jean-Luc : Distinction entre les attaques contre des œuvres par ce qu’elles véhiculeraient (Les dernières heures de Mohamed Merah, Balthus) et les attaques contre la personne des artistes sans que leur œuvre ne soit en cause (Cantat, Polansky).
Cy Jung : Qu’est-ce que la création artistique, et l’œuvre d’art ? Les différentes attaques selon la qualité, la notoriété, de l’œuvre le sujet (sexe, meurtre, guerre…), l’accessibilité de l’auteur. Démocratie autoritaire, action judiciaire et action directe (usage de moyens illégaux).
Jean-Luc : Le Manifeste de 2003 portait-il en germe ces questions ? ou sont-elles nouvelles ?
Jean Claude : De l’action judiciaire à la pression directe (efficacité, immédiateté). Rose bonbon, à l’origine du Manifeste. Confusion entre les artistes et leurs personnages. Question de la décontextualisation (jurisprudence et arguments de l’Observatoire), Orelsan, détail de l’affaire.
Alain : Le contenu du Manifeste (lecture) (référence directe à Rose bonbon). Qu’est-ce qu’une œuvre de fiction ? Représentation et distanciation. L’émotion provoquée par l’œuvre vs l’esprit critique.

[Pause musicale (coupée par respect du droit d’auteur).]

Jean-Luc : Des exemples d’attaque contre les œuvres ?
Cy : C’est récent. Destruction physique d’œuvres : Piss Christ, Journal d’un Barbaker, photos de couples mairie du 3e, Plug anal Place Vendôme. Critique légitime de l’œuvre et destruction, censure. À quand les attaques physiques contre les artistes ?
Jean-Luc : Référence à Charlie Hebdo.
Alain : Depuis quinze ans, attaques physiques régulières contre les œuvres ou des lieux de diffusion.
Jean Claude : Kapoor.
Alain : Cela vaut pour toutes les formes d’expression artistiques (Piss-Christ, Gaza-strophe, Golgota pic-nic).
Cy : Indignation à géométrie variable selon les œuvres, et selon le type d’œuvre (livre, tableau, etc.). Incompréhension de cette volonté de destruction.
Alain & Cy : Œuvres uniques (tableau) et œuvre de reproduction (livre, film). Destruction vs enfermement (L’Enfer de la BNF).
Alain & Jean Claude : L’Observatoire et la diversité des expressions artistiques. Présentation de la composition et du fonctionnement de l’Observatoire, groupe de travail de la Ligue des Droits de l’Homme, animé par trois codélégués, Agnès Tricoire, Daniel Véron et Jean Claude Bologne.

Extrait – Retranscription, à partir de 39:22
Jean-Luc : Pour que notre discours soit crédible jusqu’au bout, il y a quand même une question à laquelle on doit répondre. Je crois, sinon vous me dites que je me trompe… Les gens qui détruisent des œuvres, ou qui s’en prennent aux œuvres, les personnes physiques ou les personnes morales ; que ce soit précisément parce qu’ils considèrent c’est immoral, non pas immoral au sens de puritanisme mais au sens que la morale c’est aussi en philosophie un lien pour le vivre ensemble ; ou bien les gens peuvent considérer que cela choque leur identité en tant qu’individu, en tant qu’individu catholique, individu musulman, individu homosexuel, ou individu juif, une grande partie d’eux-mêmes ; ou bien ils peuvent considérer que ça propage des idées dangereuses pour la société, donc que c’est une force de destruction ; même si au niveau du tribunal il n’y a pas les deux trois éléments qui vont faire qu’il y a eu condamnation ; est-ce que ça veut dire qu’on nom de la liberté de la création, on ne tient pas compte de ça, et qu’on laisse se propager — et avec les médias nouveaux aujourd’hui les choses se propagent vite et partout —, est-ce qu’on laisse se propager des œuvres qui peuvent porter, avec la force d’une œuvre d’art, des idées dangereuses, amener des gens à prendre des positions dangereuses ? Surtout, ne faut-il pas protéger les plus faibles, les enfants, ceux qui comprennent moins, ceux qui ont moins l’éducation que les autres…
Jean Claude : Beaucoup de questions…
Cy : J’ai beaucoup aimé ta liste. En fait, ce que tu viens de décrire c’est tous les arguments d’un régime totalitaire contre une œuvre d’art. Ces arguments-là : la morale, ça me choque en tant que… ; c’est contraire à mon idéologie ; c’est mauvais pour la société ; cs quatre arguments-là, on prend n’importe quel régime totalitaire dans son contrôle de la création artistique, et ce sera ces quatre arguments. Tous les gens qui, dans notre démocratie, qui se prévalent de l’un ou l’autre de ces arguments, ne font pas autre chose que ce que fait n’importe quel régime totalitaire dans ce monde. Et ça, j’aimerais qu’ils en aient conscience. C’est ça le fond du problème, ils n’en ont pas conscience, ils placent ces quatre arguments au nom d’une toute-puissance personnelle qui relève de la psychothérapie. Le souci, il est là. Il faut dire que ces arguments-là sont des arguments de régime totalitaire. Point. C’est tout.
Jean-Luc, Alain & Jean Claude : Ce n’est pas tout !
Jean Claude : Dans le Manifeste de 2003 comme dans la tribune de 2018, nous disons très explicitement qu’un artiste est aussi responsable. Responsable cela ne veut pas dire qu’il faut détruire son œuvre. Cela veut dire qu’il doit en répondre. Il ne faut pas non plus censurer les censeurs. Si quelqu’un a quelque chose à dire contre mes livres ou contre n’importe quelle œuvre d’art, il peut le dire, bien entendu. Mais tout cela, cela fait partie du dialogue, qui peut être musclé, mais ce ne peut pas déboucher sur une censure et si l’on veut parler d’une œuvre d’art, il faut commencer par la voir, et pour la voir, il ne faut pas la censurer : c’est aussi simple que cela. Lorsque l’on censure, ça veut dire qu’on juge que le public est irresponsable et qu’il n’aura pas l’intelligence d’aller voir au-delà. Si c’est le cas, il faut éduquer. Et l’éducation artistique est aussi pour nous absolument essentielle. Autre distinction importante lorsqu’on dit qu’un artiste est responsable : nous avons beaucoup parlé de la distinction entre l’artiste et son personnage, d’un auteur et son personnage, le personnage n’est pas forcément le porte-parole de l’auteur. Pourtant, il arrive que ce soit le cas ; l’œuvre engagée, cela existe aussi. Dans ce cas-là, l’artiste bénéficie bien entendu de la liberté de création, mais il entre surtout dans le cadre de la liberté d’expression. Or la liberté d’expression est restreinte : si un romancier ou un auteur de sketches tient des propos antisémites qui sont non pas le fait de son personnage mais sa propre pensée, il est responsable de ce qu’il dit. Je fais directement allusion à l’affaire Dieudonné. Effectivement, il ne s’agit pas de dire que, sous prétexte de création artistique, Dieudonné ait le droit de tout dire. Il y a eu à ce sujet un jugement qui a été porté d’ailleurs par la Ligue des droits de l’Homme et par Agnès Tricoire qui la représentait : à partir du moment où Dieudonné a introduit dans son spectacle des éléments de réel, où il a invité Robert Forisson, où il lui a remis le « prix de l’infréquentabilité », il a été condamné pour propos antisémites. L’affaire est remontée jusqu’à la Cour européenne des droits de l’Homme] ; il a été jugé que la soirée avait perdu son caractère de spectacle et présentait les caractéristiques d’un meeting. Dans un meeting, ce sont ses propres idées qui passent ; ça ne veut pas dire qu’il n’a pas le droit de le dire ; ça veut dire que ses propos ressortissent à la liberté d’expression et qu’on a le droit de l’attaquer parce que ce ne sont plus des idées d’un personnage mais les siennes. Il y a une responsabilité de l’artiste : s’il défend ses propres idées à travers des personnages, il est normal qu’on lui en demande des comptes ; ce n’est pas pour autant qu’il faut le censurer mais il est responsable de ce qu’il fait. Simplement nous demandons à ce que l’on fasse la distinction entre des idées qui sont les siennes, des idées qu’ils prêtent à ses personnages, et éventuellement des actes qu’il aurait commis en dehors et qui n’auraient rien à voir avec son œuvre.
Alain : C’est la possibilité qu’offre une œuvre d’une mise à distance, la possibilité, effectivement, qu’on parle bien d’une œuvre. Une œuvre, si c’est un personnage qui profère à un moment donné tel propos, c’est le personnage de ce livre-là. Ce n’est pas quelqu’un qui, sur scène, dans un stand-up, à un moment donné, où il va y avoir un battement entre le personnage du stand-up ou la personne qui va effectivement tenir des idées. On est sur des choses où c’est toujours du cas par cas. On n’énonce pas des vérités absolues. On renvoie toujours à chaque situation. Quelle est l’œuvre ? Dans quelles conditions elle est faite, elle est proposée au public ? C’est à ça qu’on renvoie sans arrêt aussi bien les aspirants censeurs que les organisateurs qui présentent l’œuvre quelle qu’elle soit, que les juges. C’est aussi le travail que l’Observatoire fait depuis quinze ans, qui est un travail de pédagogie, aussi auprès des différentes instances de justice et le ministère. Je reviens sur une chose qui a peut-être été dite à un moment : une œuvre elle voudrait dire ça et donc certaines penseraient que c’est dangereux pour la société ; mais, la réception d’une œuvre ne peut pas être identique d’une personne à l’autre. Déjà. Nous quatre, si l’on voit un film, je suis persuadé qu’on n’aura pas vécu ce même temps du film ni exactement les mêmes émotions. On a tous une histoire différente, une culture un peu différente, etc. etc. Donc, chaque personne qui reçoit une œuvre, qui fait l’expérience d’une œuvre, va la ressentir de façon différente. Donc, il y a toujours un abus quand des gens disent « Ce livre — on revient à l’épisode fondateur Rose Bonbon —, ce livre est dangereux parce que’l raconte l’histoire d’un pédophile et donc il va amener des gens peut-être à devenir pédophile. »
Jean-Luc : À s’identifier.
Alain : À s’identifier, voilà. Et donc, d’un seul coup, cela pourrait générer des prédateurs à venir. Ça, c’est la première des choses. Puis ensuite, c’est une façon parfois unique de voir une œuvre parce que, ma morale étant atteinte, je ne vais voir qu’une partie de l’œuvre. Une œuvre, la plupart des œuvres, j’allais dire toutes les œuvres sont polysémique. Selon la manière dont je l’aborde, selon l’état dans lequel je l’aborde, fatigué, pas fatigué, en forme, amoureux, dépité, avec des dettes ou sans dettes, etc. etc., je n’aurai pas la même expérience moi-même, moi, une seule personne, je n’aurai pas la même expérience de l’œuvre. A fortiori, cette œuvre va parler différemment à mon voisin ou à ma voisine, etc. etc. Donc on ne peut pas assigner une œuvre à une unique interprétation. Le jugement debout que nous opposent les réactionnaires de tout bord pour motiver des attaques dont on a parlé sur des œuvres ou des interdictions d’œuvres, souvent, ils assignent l’œuvre à une seule interprétation. Et ça, c’est insupportable parce que d’abord on s’aperçoit que dans le temps, et ça pose problème d’ailleurs, dans le temps une œuvre de Balthus n’est pas lue de la même façon dans les années 60 qu’aujourd’hui où ça pose problème au MoMa à New York qui a été, un moment donné, assigné par certains penseurs vertueux a enlevé le tableau d’une jeune fille endormie. On voit bien que des œuvres de cinéma sont relues aujourd’hui trente ans, quarante ans plus tard, à l’aune des combats féministes qui existent et qui sont tout à fait légitimes au regard des violences qui sont exercées sur les femmes. Mais cette relecture qui en arriverait pour certains, ou plutôt pour certaines, à demander une interdiction de projection d’œuvres, là, on est dans un monde de totalitaires. On est dans un monde totalitaire.

[50:00. Suite.]
Jean-Luc : Y a-t-il moins ou plus de liberté pour un créateur ? Des choses ont-elles été gagnées ou perdues à travers les combats de l’Observatoire ?
Cy : Censure institutionnelle (État, collectivités locales), judiciaire ou par des groupes de pression. Censure au cinéma. Aspiration de la société civile au contrôle et au totalitarisme. Évolutions selon les époques (Duvert, Desproges). Consommation de la création, distanciation, démocratisation (participation vs représentation), technique artistique, apprentissage et création artistique.
Alain : Vaste débat. Création sans passage par une école. Qualité de l’œuvre et formation de l’artiste.
Jean-Luc : Multiplication des censures à partir de la division de la nature des œuvres. Œuvre amateur et œuvre professionnelle.
Cy : Il ne s’agit pas d’un jugement esthétique. Création de classe. Faire et penser ce que l’on fait.
Alain : Création et réflexion sur la démarche de création.
Jean Claude : Menaces sur la création et autocensure (artiste, programmateur). Censure par les intermédiaires (programmateurs, organisateurs de spectacles) : Silence de Zoulikha Bouabdellah (mairie de Clichy-la-Garenne) ; Cantat (festivals, salles) ; Sleep Al Naim (Villa Tamaris). Importance dans ce contexte de la loi de 2016, première reconnaissance officielle de la liberté de création.
Alain : Lecture de la loi. Affirmation de la liberté de la création et de sa diffusion. Pénalisation des atteintes à cette liberté.
Jean-Luc : Censure au cinéma. Quelle évolution ?
Alain : La Religieuse de Rivette. Actions de Promouvoir sur la base des « scènes de sexe non simulées » : Baise-moi, Virginie Despente. Intervention du juge. Conséquences sur l’œuvre de la classification des films.
Jean Claude : Classification et survie économique des films. Censure économique.
Alain : Fonctionnement de la commission des visas d’exploitation. Décision du ministre. Action judiciaire.
Cy : Œuvre de création, produit culturel, marché. Circuit économique, libéralisme, fragilité économique des artistes (loi du marché). Soumission des artistes aux diffuseurs.
Alain : Lecture de l’article 2 de la loi 2016.
Cy : Liberté de la diffusion et contraintes économiques. Attaque contre des artistes, souvent des précaires. Nécessité de protéger les artistes. Ils sont la critique sociale. Les attaques de par les réactionnaires plus compréhensibles que celles de groupes qui défendent des valeurs démocratiques. Discuter les œuvres n’est pas les interdire.
Alain : Suppression en 2015 de la notion de « sexe simulé ».

[Pause musicale (coupée par respect du droit d’auteur).]

Jean-Luc : On sait les combats de l’Observatoire. Et demain ? Qu’est-ce que l’on peut faire ?
Alain : Rappel de l’action de l’Observatoire pour défendre Exhibit B (Spectacle raciste ? Couleur de la peau du metteur en scène) : attaque de la salle, médiation par l’Observatoire.
Jean Claude : Au-delà de ce cas, se pose la question de la visibilité de tous les artistes, notamment les noirs. L’Observatoire entend cela et partage ce combat.
Cy : Discutons mais n’interdisons pas : tel est le fond de l’action de L’Observateur. Interdire parce que l’on n’est personnellement pas ou mal représenté dans une œuvre n’est pas acceptable. Dire à un artiste « Tu ne dois pas écrire ça » est une violence insupportable.
Jean-Luc : Doit-on ajouter l’éducation ?
Cy : Faute de comprendre, la violence s’instaure. Appel à l’intelligence. Profonde indignation face aux demandes d’interdiction.
Jean-Luc : Où peut-on vous retrouver ?
Alain : Sur le site de la LDH. Il y a le Manifeste, et le texte de Libération de janvier 2018. Lecture du dernier paragraphe. Notre action vise à considérer chaque œuvre, partager les différences, échange sur les désaccords, interroger l’artiste.

Cyt Jung — L'Observatoire de la liberté de création sur Radio libertaireExtrait. Retranscription à partir de 1:30:40
Cy : Quand on travaille une œuvre, on a une intention, au départ. Je me souviendrai toute ma vie de ma première confrontation avec une lectrice. J’étais dans un festival, je présentais mon premier roman, j’étais fière comme Artaban. Une femme vient vers moi, me parle de mon livre et m’a descendue avec une… Pas de la violence ; elle n’avait pas aimé, elle avait des arguments ; elle me disait quelque chose de la représentation de la sexualité lesbienne que je faisais dans cet ouvrage. Je l’ai laissée parler ; j’ai fini en larmes. J’étais bouleversée. Elle avait senti mon roman comme une agression là où je rendais visible une sexualité qui était totalement occultée dans la littérature (…). J’étais troublée parce que je me suis rendu compte qu’entre mon intention et sa réception, il y avait un monde, il y avait un gouffre. Je me suis dit, « Peut-être je peux essayer de résorber ça ? » Un autre de mes romans est construit sur une succession de scènes qui s’enchaînent de façon un petit peu aléatoire. Dans une librairie, la libraire qui présente ce roman me dit, « Dans ce recueil de nouvelles… » et parle de mon roman comme d’un recueil de nouvelles. Je me suis dit, « Si je gouffre va jusque là, jusqu’à confondre un roman avec un recueil de nouvelles, c’est foutu. » Je ne peux plus me dire en tant qu’écrivaine que je dois travailler pour résorber ce gouffre. Cela m’a rendu une part de ma liberté de création, ce fait de me rendre compte que mon intention, elle m’appartenait et qu’il n’y aurait jamais personne qui pourrait l’appréhender réellement. Cela ne veut pas dire que je n’entends pas ce que l’on me dit. J’écris des scènes érotiques lesbiennes : quand j’ai des femmes qui disent « En mettant en scène notre sexualité, tu nous mets en danger en tant que femmes et en tant que lesbiennes. », je suis obligée de l’entendre ! Je ne peux pas faire comme si je ne l’avais pas entendu. Cela ne veut pas dire que je vais arrêter. Cela veut dire que je vais travailler mon écriture pour que cette écriture les mette moins en danger tout en faisant cette représentation. La critique elle permet d’avancer à partir du moment on l’on est dans une démarche où l’on ne me critique pas pour que j’arrête, mais où l’on me critique pour que je fasse mieux. On revient à ce que je disais il y a cinq minutes : l’idée n’est pas de dire aux artistes « Arrêtez ! » ; l’idée c’est de dire à Orelsan « Ton intention, c’était peut-être sympa mais nous on en a pris plein la gueule et on s’est senties agressé dans ce que tu as fait. » C’est important qu’il le sache. Je ne connais pas ce garçon mais j’espère qu’il l’a entendu. Y a des imbéciles partout mais la majeure partie des artistes l’entendent mais il ne faut pas leur dire « Arrêtez ! », il faut leur dire « Ton truc, cela me blesse, cela me choque, cela m’interpelle ; il faut que tu arrives à faire mieux, que ce que tu dis produise un écho positif et non un écho négatif. » On peut progresser. Mais si l’on me dit « Tu n’écris pas ça ! », je sors mon revolver.

[1:34:33. Suite et fin.]
Jean-Luc : Remerciements.
Jean Claude, Alain et Cy : Merci et au revoir !

[Pause musicale (coupée par respect du droit d’auteur).]

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Information publiée le mardi 22 mai 2018.

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