LexCy(que)

Ouvrage



Cy Jung — LexCy(que) : Ouvrage

Ma phrase [*] : Nous avons quitté le magasin après avoir admiré le bel ouvrage mécanique en X et rejoint la rue de Rennes par la rue du Bac.

Je m’interroge sur le genre de « ouvrage », un usage au féminin me revenant.

Antidote n’en dit rien. Le Petit Robert, pour sa part, indique un usage « populaire » au féminin, « C’est de la belle ouvrage », avec le sens de « un travail soigné ». J’aurais pourtant parié que si cet usage au féminin existait, il aurait été plus littéraire que populaire…
Cela me donne envie de creuser la question. Le Grevisse [§469a1°] indique également qu’il s’agit d’un usage populaire, utilisé parfois « dans la littérature pour garder la couleur du parler populaire » surtout dans l’expression « La belle ouvrage ».
Le TLF est plus précis sur les causes de cet usage au féminin. Il l’indique comme existant « quelques fois » du temps de Louis XIV, « surtout en parlant des ouvrages des femmes » avant de devenir « toujours masculin » sauf dans le langage populaire. Le XMLittré, lui, pose le féminin comme « faute commise par le peuple » et ramène à son tour l’usage au féminin à la désignation par des femmes d’ouvrages faits par elles.
Enfin, le Dictionnaire historique de la langue française (Robert) confirme ces usages sans expliquer comment le féminin du terme s’est perdu. Par contre, et dans un autre registre, il indique que « ouvrage » était utilisé jusqu’au XVe siècle dans le sens d’acte sexuel (« ouvrage de chair » en ancien et moyen français) avant de désigner le produit d’un travail, essentiellement féminin (travaux d’aiguille).
Tiens donc… Les femmes, ces sorcières, seraient-elles toujours celles par qui le péché de chair arrive ? Le XMLitré parlait bien de « faute commise par le peuple » pour un usage au féminin… Je ne peux en tout cas pas imaginer que ce glissement sémantique soit un hasard, autant qu’il le serait que le masculin l’ait emporté quand le mot a essentiellement désigné le produit d’un travail.

Pour ce qui est de ma phrase, je garde néanmoins mon masculin car le féminin n’aurait pas de sens, à part saluer les beaux ouvrages réalisés par les femmes, ce qui n’est malheureusement pas le cas de l’escalier dont il est question dans ma phrase (il s’agit de celui du Bon Marché).


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[*Je ne saurais jamais si elle était jolie, manuscrit, V5, mai 2009


Information publiée le mardi 7 juillet 2009.

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