Célius, mousquetaire de la reine

Célius, mousquetaire de la reine
******* Épisode 7 *******

Farce lutécienne



Cy Jung — Célius, mousquetaire de la reine ******* Épisode 7 *******

Célius, mousquetaire de la reine est une farce lutécienne en huit épisodes et un épilogue en lecture gratuite (ici) sur le site de Cy Jung. Elle met en scène la reine Anne et ses mousquetaires qui défendent une certaine idée du bien-vivre ensemble, contre la finance internationale et pour l’amour de leur royaume.
En voici le septième et avant-dernier épisode, publié le 29 novembre 2018. Si vous avez manqué les épisodes précédents, ils sont . Bonne lecture !


Petit rappel liminaire

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Avant que le marin prénommé Querelle n’eût fini sa deuxième assiette de soupe au chou et lard, le sauf-conduit était prêt. Célius lui indiqua de le rejoindre dans une heure près du port. Il lui donnerait les colombophiles avec les consignes pour en prendre soin. La nouvelle recrue au service de la reine Anne le remercia chaleureusement. Il avait toujours rêvé de la servir, regrettant que la Maréchale eût la main sur la sécurité fluviale grâce à des gars usagers de défonce [le fameux GUD, NdCy] qu’elle avait personnellement enrôlés. Ceux-là étaient hors de tout contrôle, même celui de leur cheffe, et la reine Anne couvait secrètement le dessein d’en débarrasser le fleuve, ce qui nécessitait de se dégager au préalable de la Maréchale ; une mission de longue haleine, et non sans danger.
On en était donc loin et, pour l’instant, celle-ci régnait en maîtresse sur la Marine royale. Au moins, le croyait-elle. Les eaux de la Seine, comme tout le royaume de Lutèce, ne manquaient pas de submersibles aux ordres des différents protagonistes de cette histoire. Aucun ne lui voulait vraiment du bien, pas même les soutiers du surintendant Mac Rone ou de l’empereur Firmin, l’un comme l’autre accordant leurs faveurs à qui les servait sans pour autant considérer qu’ils leur étaient redevables de quoi que ce soit. Autrement dit, dès que la Maréchale aurait accompli leur sale besogne, ils la remplaceraient par un domestique qui aurait meilleure image dans la populace et lui proposerait une soi-disant promotion dans une de ces mers où il fallait protéger, en donnant l’impression du contraire, le commerce d’êtres humains organisé par l’oligarchie mercantile et cupide. Un sale boulot !
Le coup de baume était-il imminent ? Le marin dévoué à Célius le supposa quand, après à peine douze heures de navigation, il avait entendu le capitaine converser avec son second.
— Une attaque se prépare… On doit faire attention de prendre le bon bateau.
— De quoi parles-tu ?
— Il paraît que la reine Anne était payée par le roi Branchu du pays de Morlaix comme agente pour mener les entretiens dans ses cabinets alors qu’elle était déjà sur le trône ! Des documents l’avèrent.
— Dame pipi ? Drôle d’emploi pour une princesse. Quel est le rapport avec nous ?
— La Maréchale est dans la cabale. Quand le scandale va éclater, elle doit mettre une frégate en panne canons tournés vers la Maison aux Piliers pour faire pression sur la reine. Les autres bâtiments de la Marine royale devront la rejoindre.
— Comment sais-tu cela ?
— Le capitaine de la frégate est mon beau-frère.
— J’espère que l’on sera loin de Lutèce ce jour-là ! Je n’ai pas envie de comploter contre la reine Anne ni de perdre mon travail.
— Et moi donc !
Le marin prénommé Querelle n’en avait pas écouté plus. L’information lui avait paru si grave qu’il avait décidé de ne pas la remettre au seul colombophile. Il rejoignit sa bannette et simula les symptômes du typhus pour être le plus rapidement possible extrait de la barge. Cela fut fait dans l’heure, grâce à la présence d’une écluse qui immobilisa l’embarcation près d’un appontement. Sitôt sur la berge, il fut confié à un apothicaire. Celui-ci le mit en quarantaine dans une hutte isolée au fond des bois — juste à côté de celle du Petit Chaperon rouge dont il ne s’occupa pas — de laquelle il s’échappa dès la nuit tombée. Cela n’étonna ni n’inquiéta personne ; les marins avaient mauvaise réputation et mieux valait qu’il alla propager sa maladie ailleurs.
Le colombophile qu’il avait libéré arriva néanmoins avant lui chez Célius. Il n’était pas loin de minuit. Le mousquetaire dormait mais l’oiseau n’eut pas de mal à le réveiller en toquant à sa fenêtre. À la lecture de la dépêche enroulée autour de sa patte — la droite —, il s’assit, sonné. L’affaire était grave. Il allait falloir agir, et vite ! Mais que faire ? Prévenir son chef, tout d’abord, et se rendre dans la foulée chez la reine.
Il embrassa le messager, lui donna quelques graines, un peu d’eau, le borda dans son nid et sauta dans ses bottes. Son épée à peine à la ceinture, il était déjà dans l’escalier. Il réveilla à grands bruits Benoît, ainsi que Ian et Colombro qui allaient devoir s’affairer pour aider à déjouer le complot. Au passage, l’âme aimable et sensible, tirée du lit par le marin prénommé Querelle qui toquait du poing à la porte de la Maison aux Piliers, et le marin prénommé Querelle lui-même, se joignirent à nos quatre mousquetaires qui se présentèrent prêts au combat vers une heure du matin dans l’antichambre des appartements de la reine Anne dont elle sortait justement avec l’intention de dire sa façon de penser à ces malotrus qui faisaient un tel ramdam au milieu de la nuit.
— Mais que se passe-t-il donc ? s’inquiéta-t-elle à la vue de cette forte délégation qui forçait sa porte.
Tous s’inclinèrent.
— Au fait ! Au fait !
Benoît semblait tétanisé. Était-ce la douillette de la reine Anne, sa coiffure en bataille ou ses mules de soie grège ? Colombro songea qu’elle aurait pu se couvrir un peu. Sa tenue n’était pas très digne. Peu chalait à Célius ! Sauver la Couronne était son urgence.
— Ma reine, encommença-t-il sans détour. Le marin prénommé Querelle ici présent était en mission pour vous sur un navire de la Marine royale. Il a ouï une conversation entre le capitaine et son second qui suggère l’imminence d’une conjuration ourdie par Mac Rone et la Maréchale.
— Encore ! s’exclama la reine. N’ont-ils rien d’autre à faire que de chercher à me destituer ? Cela devient agaçant.
— Cette fois est plus grave que d’autres. Ils disposeraient de documents avérant votre duplicité.
— Ma duplicité ? s’étrangla-t-elle.
Chacun soupira, heureux que Célius eût pris la responsabilité de lui annoncer une telle atrocité. La reine Anne savait être très acrimonieuse quand elle était contrariée, surtout en pleine nuit. Les conséquences pour celui ou celle ou hen qui s’y risquait pouvaient être redoutables.
— Vous auriez été payée par le roi Branchu du pays de Morlaix comme agente pour mener les entretiens dans ses cabinets alors que vous étiez sur le trône, précisa sans se démonter Célius, conscient qu’il pouvait s’attirer ses foudres.
— Dame pipi ! Mais c’est absurde ! Ce n’est pas une fonction royale même s’il n’existe pas de sot métier.
— C’est ce que le second du capitaine de la barge a suggéré, insista le marin prénommé Querelle qui n’avait pas froid aux yeux. J’ai trouvé cet emploi bizarre aussi pour une personne de votre rang ; peut-être que son beau-frère a mal enregistré l’information.
— Son beau-frère ? cria la reine Anne, à bout ! Mais de quoi parle-t-on ?
— Le capitaine de la barge tient le renseignement de son beau-frère qui est le capitaine de la frégate qui doit appuyer de ses canons la cabale en les tournant vers votre maison.
— Juste Ciel !
La reine Anne ne comprenait pas tout à l’affaire mais sentait qu’elle devait faire autre chose que d’envoyer tout ce joli monde au lit. Elle demeura quelques secondes bouche bée, son cerveau tentant de mettre bout à bout ces informations pour former quelque chose de cohérent. Célius reprit l’initiative.
— Colombro, Ian, avec moi ! Nous allons chercher ce capitaine.
— Et moi, je fais quoi ? bougonna Benoît.
— Restez près de notre Majesté, chef ! Elle a besoin d’une protection infaillible.
Benoît bomba le torse. C’était parfait. Son adjoint savait décidément y faire pour lui plaire. La reine était moins ravie, forcément, mais l’idée que Célius prenait les choses en main lui laissait le temps de réfléchir sereinement.
Celui-ci, Colombro et Ian prirent congé l’instant d’après, accompagnés du marin prénommé Querelle qui avait envie d’en découdre. Il savait, en outre, où trouver la frégate et s’y introduire en toute discrétion. Ce fut ainsi que le beau-frère susdésigné ouvrit les yeux alors qu’il était déjà menotté et bâillonné. Aucun des hommes d’équipage présents sur le navire n’entendit le moindre bruit, pas même celui de garde tout occupé qu’il était à pêcher à la ligne à la proue du bateau afin d’arrondir ses fins de mois, le poisson de la Seine étant prisé pour son authenticité par les taverniers installés sur les berges.
Nos quatre combattants sortirent discrètement leur prisonnier saucissonné dans un lourd cordage. Le marin prénommé Querelle le porta seul sur ses épaules, ravi de pouvoir le livrer à Sa Majesté. Il le déposa à ses pieds. Elle regarda le stipendié avec dédain. Célius lui ôta son bâillon sans lui restituer l’usage de ses membres.
— Explique-toi, capitaine ! tonna-t-elle sans même le saluer. Tes canons en veulent à ma personne ?
— Comment pouvez-vous croire, ma reine ? Je suis un humble matelot à votre service.
— Ne mens pas ! aboya le marin prénommé Querelle en le soulevant de terre avant de le lever haut comme s’il avait l’intention de le jeter au sol sans ménagement.
Il n’en était pas à sa première agression de capitaine de navire et se réjouissait que l’occasion lui permît de ne point encourir le cachot. La reine ferma les yeux. Elle ne souhaitait rien voir de la violence annoncée mais, pour cette fois, se refusait à l’arrêter. Il y avait urgence à savoir ce qu’il se tramait. Le marin prénommé Querelle fit tourner l’homme au-dessus de sa tête puis s’approcha d’une fenêtre donnant sur le fleuve que l’âme aimable et sensible, ravie de ce jeu, ouvrit.
— Pitié ! gémit le capitaine.
— Pas de pitié pour les traîtres, rétorqua le marin prénommé Querelle. Raconte ton histoire, ou tu finis dans la Seine.
Célius s’approcha à son tour.
— Si tu parles, tu vivras.
— Pitié ! Je vais tout vous dire mais qu’il me repose ! J’ai le vertige.
Craignant qu’il ne vomît, le marin prénommé Querelle le fit rouler jusqu’aux pieds de la reine Anne. L’homme peinait à reprendre son souffle. Tous attendaient.
— Alors ! le pressa la reine qui n’avait pas envie d’y passer la nuit.
— Si je parle, ils me tueront.
— Nous te protégerons, affirma Célius. Parle ! Maintenant.
Le capitaine frémit. Il savait que jamais il ne sortirait vivant de cette affaire. Se soulager de ses secrets libérerait peut-être sa conscience. Il décida de tenter sa chance.
— J’ai reçu ordre de la Maréchale, cheffe de la Marine royale, de préparer ma frégate pour la positionner demain midi canons face à vos fenêtres. Mac Rone va vous impliquer comme ayant été au service du roi Branchu du pays de Morlaix alors que vous étiez sur le trône de Lutèce. Il a des documents qui le prouvent.
— Des faux ! s’indigna la reine.
— La Maréchale le sait, mais Mac Rone est sûr de lui. Il ira jusqu’au bout. Elle s’est confiée à moi après que je l’ai trouvée en larmes face au parapet du Pont Neuf. Elle voulait venir se dénoncer. Elle n’aime pas votre politique mais a beaucoup de respect pour votre personne. Mac Rone lui est insupportable. Cette affaire la torture.
— Pourquoi s’être alliée à lui, alors ?
— Elle obéit avant tout à l’empereur Firmin.
Toujours cet impossible empereur Firmin, celui qui gouvernait le monde. Il allait falloir trouver le moyen de s’en débarrasser également mais il y avait plus pressant : déjouer ce vil complot.
La reine Anne manda à l’âme aimable sensible et au marin prénommé Querelle de descendre le capitaine au cachot, de l’y bâillonner ainsi que les deux locataires en place afin qu’ils ne pussent pas se parler. Le marin prénommé Querelle réclama d’être chargé personnellement de leur surveillance. Elle lui accorda volontiers cette grâce, l’homme lui inspirant une confiance absolue. Elle s’adressa ensuite aux quatre mousquetaires.
— Je ne peux convoquer Mac Rone si facilement sans une réplique immédiate de l’empereur Firmin. Nous les aurons tous les deux mais à notre manière. Par contre, ils ont forcément prévu de lâcher la Maréchale dès qu’elle ne les servirait plus ; ils doivent savoir qu’elle est devenue moins fiable. Elle parlera si je lui accorde l’impunité.
— L’impunité, s’étrangla Benoît, à cette grosse s…
— Benoît ! fulmina la reine Anne ; pas de sexisme en cette maison.
Benoît se renfrogna.
— Vous resterez à mes côtés pendant que Ian et Colombro iront la chercher sous le commandement de Célius.
Benoît commença à se demander si l’on n’était finalement pas en train de l’écarter du plus périlleux et accessoirement de son autorité. Mais comment refuser à la reine d’assurer personnellement sa protection ? Il ne pouvait pas et laissa filer ses compagnons d’armes du dépit dans le cœur. Cela n’échappa pas à Célius qui se promit d’en parler à la reine tant il n’était jamais bon de blesser un mousquetaire au sein. Il pouvait se tranquilliser ; celle-ci avait conscience de la nécessité de caresser Benoît dans le sens du poil — sans trop, tout de même. Elle lui proposa de partager une infusion et lui demanda son avis sur la meilleure manière de mettre fin au complot. Il n’en avait pas la moindre idée. Plutôt que d’en faire l’aveu, il se lança dans une diatribe qu’elle n’interrompit pas. La gestion du personnel royal avait ses moments difficiles. C’en était un.
De son côté, Célius toquait à la porte de la cabine de la Maréchale qui habitait un esquif coquet amarré dans le port de Lutèce alors que Colombro était sur la passerelle et Ian près d’une écoutille de secours. Il était trois heures du matin. Qui pouvait la déranger si tôt ? Au fond d’elle-même, elle avait une petite idée que la présence du mousquetaire sur le pas de sa porte conforta.
— Bonjour, madame, se présenta poliment Célius. La reine vous attend. L’affaire est urgente.
— Je vous suis.
Elle laissa l’huis ouvert le temps de passer son uniforme maritime directement par-dessus son pyjama constitué d’un pantacourt et d’un tricot d’homme. Célius détourna néanmoins le regard. La Maréchale avait des formes qui pouvaient émouvoir. Même le pur Célius ? Même. Derrière le mousquetaire, il y avait un homme. Un homme ? Le rire de la dame Bonno fendit la nuit. Y avait-il quelque chose de drôle ? Il fallait y croire tant les circonstances ne s’y prêtaient guère.
Célius s’écarta quand la Maréchale fut prête. Il lui emboîta le pas. Colombro les précéda. Ian ferma le cortège. Ils atteignirent la Maison aux Piliers un quart d’heure plus tard. Aucun mot ne fut prononcé. Leur arrivée sauva la reine Anne qui était en train de s’assoupir, bercée par la logorrhée de Benoît. Elle se leva précipitamment pour accueillir sa désormais prisonnière qui la salua avec une réelle déférence puis la reine mit de l’eau à chauffer pour un café ; l’heure n’était plus aux infusions de camomille.
— Mousquetaires ! les interpella-t-elle. Je vous laisse protéger les issues de cette pièce. Je dois m’entretenir seule avec madame.
— Et votre sécurité ? bredouilla Benoît marri d’avoir été interrompu dans son exposé sur les forces politiques en présence et le meilleur moyen de gagner la partie.
— Je ne risque rien, mousquetaire, en présence de la cheffe de la Marine royale qui a toujours servi au mieux les intérêts de la Couronne.
Célius ne manqua pas la pointe de raillerie de la reine. Était-ce une manière de mettre en garde son interlocutrice en la rappelant à ses devoirs à son égard ? Ce fut ainsi qu’il l’interpréta. Benoît s’installa devant la porte principale, Célius face à l’autre issue, Ian et Colombro à l’extérieur sur le petit parapet qui protégeait la Maison aux Piliers des crues de la Seine.

Cy Jung, 29 novembre 2018®.

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