LexCy(que)

Resto



Cy Jung — LexCy(que) : Resto

La phrase de Pascale [*] : Ici, elle est servie dans un réfectoire : cela me fait penser à la compote toute lisse du resto U, du commerce (ou même la mienne, car je l’aime comme ça avec le boudin).

Au moment où nous avons travaillé sur cet article avec Pascale, j’avais noté de regarder pourquoi l’abréviation de « restaurant » s’écrit « resto » et non « restau ».

Cy Jung — Diadème roseCe n’est pas en général une abréviation que j’utilise, ayant choisi depuis longtemps dans mes textes de mettre les mots entiers là où le langage ordinaire les abrège, le passage à l’écrit me semblant l’exiger. Mais je me souviens, dans Diadème rose, avoir utilisé le terme « restovite » que m’avait recommandé je ne sais plus quel dictionnaire en lieu et place de « fast-food ».
Ma phrase était : « Sa collègue accepta sans lui demander aucune explication. Marjolaine savait pouvoir compter sur sa gentillesse et s’en alla déguster un sandwich kebab salade tomates frites sauce blanche au restovite turc de la rue Atta.  » [**]

Pou ce qui est de mes « resto » et « restau », Le Petit Robert établit les deux orthographes, avec un « resto U » qui n’en supporte qu’une. Antidote dit la même chose, également avec une préférence pour « resto ». Le TLF est moins catégorique et établit d’abord l’orthographe « au » avant de multiplier les exemples avec « o » dans les fameux Restos du cœur.
J’en conclus que l’abréviation devait initialement être « restau » avant de devenir « resto », aujourd’hui largement admis. Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française confirme cette évolution puisqu’il date « restau » de 1899 et « resto » de « 1970 » avec un « restau U » de 1960. L’économie d’une lettre par pure paresse d’écriture serait-elle à l’origine de ce passage du « au » au « o » dans un contexte où l’on abrégeait déjà « restaurant » ? Je serais assez versée vers cette explication et me tourne vers Le Grevisse pour creuser un peu. Une recherche plein texte m’indique qu’il ne dit rien de mes « resto » « restau ».

Pascale va-t-elle trouver l’explication ? Après tout, c’est sa phrase…
Avant de la lui poser, je signale à tous les internautes qui arrivent sur ce LexCy(que) en quête d’orthographe et de grammaire que le Robert Dictionnaire des difficultés du français établit « restoroute » avec un « o ».

La réponse de Pascale

Je pense que tu as bien conclu toute seule.
Une abréviation est par définition un raccourci, or, il est plus rapide d’écrire « resto » que « restau » — une lettre en moins tout de même !
Seulement, au départ, c’était un raccourci oral et dans ce cas, peu importe que ce soit « au » ou « o ». Le choix du « o » a dû s’imposer au moment où « resto » a relevé d’un usage courant à l’écrit.
À part cela, je n’ai aucune preuve de ce que j’avance.
Je peux aussi ajouter que normalement, les raccourcis devraient se terminer par une apostrophe « resto’ », mais que là aussi, l’usage l’a supprimé. On ne le rencontre plus guère que lorsque le raccourci se termine par une consonne, et encore, pas tous. Peut-être parce qu’on a plus l’impression que le mot est entier quand il se termine par une voyelle ?

La conclusion de Cy Jung

À propos des raccourcis et de l’apostrophe, on peut se reporter au §107 du Grevisse qui indique, pour le cas qui nous occupe : « Certains utilisent l’apostrophe pour le phénomène lexical de la réduction (§ 188) : La Maub’ [= la place Maubert] (Sandry et Carrère, Dict. de l’argot moderne, s. v. Maub’). (…)  »
Le Petit Robert, par exemple, la signale toujours pour «  petit-déj’ », avec un trait d’union !


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[*« Compote de pèche », article du lexCy(que), 18 mai 2009

[**Diadème rose, (février 2007)


Information publiée le mardi 4 août 2009.

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