Célius, mousquetaire de la reine

Célius, mousquetaire de la reine
Épilogue

Farce lutécienne



Cy Jung — Célius, mousquetaire de la reine Épilogue

Célius, mousquetaire de la reine est une farce lutécienne en huit épisodes et un épilogue en lecture gratuite (ici) sur le site de Cy Jung. Elle met en scène la reine Anne et ses mousquetaires qui défendent une certaine idée du bien-vivre ensemble, contre la finance internationale et pour l’amour de leur royaume.
En voici l’épilogue, publié le 29 janvier 2019. Si vous avez manqué les épisodes précédents, ils sont . Bonne lecture !


Petit rappel liminaire

Un texte libre de lecture sur un site Internet n’est pas un texte « libre de droits ». Cela signifie que l’on a celui de le lire mais pas celui de le reproduire sans l’autorisation expresse de son auteur. Les conditions légales d’utilisation des contenus du site de Cy Jung sont ici.



Après deux jours de soupe, de crêpes et de chocolats chauds, Célius avait le foie un peu barbouillé mais se sentait d’attaque. Dame Bonno ne lui avait pas reparlé de son secret. Célius ne pouvait pas douter que la reine Anne était désormais au courant. Elle ne l’avait pas chassé. Au contraire, elle le convoquait au grand bal. Qu’allait-il se passer ? Célius était tendu, forcément. Il avait néanmoins le sentiment que la suite ne lui appartenait plus, comme si une force surnaturelle avait scellé son destin.
L’amour ? Il était évident que l’amour était une force mais, en l’état actuel des choses, Célius ne pouvait imaginer que sa reine était éprise. Dame Bonno l’avait accompagné dans sa turne puis jusqu’aux appartements royaux. Ils avaient croisé Benoît, Ian et Colombro qui avaient reçu ordre de ne pas rendre visite à Célius pendant sa convalescence. Ils s’embrassèrent chaleureusement. Déjà, les Lutéciennes et les Lutéciens se pressaient devant la Maison aux Piliers. Des acrobates et des bateleurs assuraient la première partie. La reine Anne, elle, tournait en rond. Elle jouait gros, elle le savait, très gros. Ces deux jours pourtant lui avaient fait prendre conscience qu’elle n’avait pas le choix. La félicité était possible. Elle devait la tenter, quel qu’en fût le prix.
Elle se présenta la première sur l’estrade qui avait été dressée place de Grève. Un hourra puissant l’accueillit. Ses sujets avaient tous eu vent du complot auquel elle venait d’échapper. Ils étaient heureux qu’elle fût leur reine et, même si toutes ses orientations environnementales, politiques, sociales et, et… (?) n’étaient pas toujours à leur goût, globalement, ils avaient le sentiment que l’apaisement des relations économiques ne pouvait qu’améliorer le bonheur collectif. Et Leur Majesté était si charmante ! Ils ne se lassaient pas de la voir sourire. Ce soir, pourtant, elle semblait un peu tendue. Que se passait-il ?
Elle prononça un discours assez bref qui se répandit de bouche à oreille de la Maison aux Piliers à la tour Saint-Jacques, son cornet amplificateur de voix n’étant pas très puissant. Elle résuma la situation, indiqua que les mesures prises récemment feraient rapidement l’objet d’un affichage public et que d’autres aménagements institutionnels seraient discutés dans des assemblées de quartier. Cela fut largement applaudi. La reine Anne leva la main. Ses sujets firent derechef silence.
— Je dois vous dire le plus important.
Un ange passa [un de la bande de Quartier rose, en effet, NdCy]. La voix de la reine Anne trembla un peu.
— Je vais me marier.
Dame Bonno poussa alors sur le devant de l’estrade Célius, en grande tenue de mousquetaire, qui attendait caché par une des tentures qui drapait la façade de la Maison aux Piliers. Il s’avança timidement sous les bravos nourris ; Benoît, Ian et Colombro lui emboîtèrent le pas, de larges sourires aux lèvres. La phrase magique se répandit comme une traînée de poudre. Des hourras lui répondaient. La reine Anne se tourna vers Célius et lui tendit la main. Il s’avança encore, ses trois camarades en ligne derrière lui.
Les Lutéciens les plus proches de la scène ne manquèrent pas alors un détail fort étrange dans la tenue de Célius. Sa cape s’arrêtait aux épaules. Sa tunique, loin d’être serrée au col, était échancrée et laissait deviner une fort jolie poitrine. Une fort jolie poitrine ? Un silence pesant s’était emparé de la place de Grève. Ceux qui avaient pu avoir des doutes avant ce soir mirent en mots ce que les autres, ébaudis, découvraient.
On entendit quelques cris. Le marin prénommé Querelle, Latude et quelques âmes aimables et sensibles, répartis dans la foule, rapportèrent que ceux-ci, à d’inévitables exceptions, n’avaient rien de haineux. À peine y eut-il, sur l’instant, quelques dévots pour invoquer le diable qui aurait ensorcelé la Couronne, lui qui avait tant à faire par ailleurs, par exemple pousser au vice les enfants purs. Leurs propos n’eurent guère d’écho. Sur l’estrade le spectacle était si confondant !
Entourées des trois mousquetaires, la reine Anne et Célius étaient main dans la main, un sourire de plus en plus franc aux lèvres. Un pasteur de l’Oratoire s’était approché avec une bible. Dame Bonno était là également, portant avec solennité un coussin aux armes de Lutèce sur lequel reposaient deux alliances. Le pasteur prononça les mots d’usage puis invita les deux jeunes mariées à s’échanger leur consentement. Ce que elles. Les trois mousquetaires lancèrent les applaudissements qui furent rapidement couverts par une immense clameur.
— Un baiser ! Un baiser !
La reine Anne et Célius se regardèrent, ne sachant que faire. S’embrasser n’était-il pas inconvenant ?
— Vous êtes conjointes, les rassura le pasteur de l’Oratoire.
Les deux femmes se firent face. La foule se tut. Dame Bonno et d’autres sortirent leur mouchoir. Les secondes paraissaient une éternité. Ce fut la reine Anne qui prit enfin l’initiative, portant d’abord une main à la hanche de Célius puis ses lèvres à sa bouche. Celui-ci crut défaillir. Sa seule ressource fut de s’accrocher à son tour à la taille de la reine Anne et d’appuyer le baiser. L’émotion était palpable sur la place de Grève. Le souffle manquait sur l’estrade. Le baiser s’acheva. Une salve de vivats lui répondit. La foule était en liesse. La reine Anne et Célius la remerciaient de larges gestes amicaux.
D’un claquement de doigts, dame Bonno lança l’orchestre. Célius prit la main de la reine Anne et l’invita à ouvrir le bal. À peine quelques mesures plus tard, Dame Bonno fit de même avec le pasteur pendant que Ian et Colombro s’enlaçaient en abandonnant le pauvre Benoît à la solitude des amoureux déchus. Mais ne voyait-il pas le marin prénommé Querelle qui l’appelait du milieu de la place ? Il préférait imaginer que la reine Anne et Célius auront beaucoup d’enfants dont il serait le parrain maternant et attentionné [la PMA ? Rêvez, bonnes gens ; on est encore loin de l’égalité des droits, NdCy].

Cy Jung, 29 janvier 2019®.

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