[e-criture]

[#75] La balle dans la tête qui ne tue pas (V-01)



Cy Jung — [#75] La balle dans la tête qui ne tue pas (V-01)

[Le prétexte] Je passe devant une terrasse de restaurant. J’entends une voix d’homme.
— Il s’est tiré une balle dans la tête.
Quelqu’un lui répond, sans doute, mais je n’entends pas. Elle enchaîne très vite.
— Non, non, il n’est pas mort. Il a juste…
La suite m’échappe.


Petit rappel liminaire

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[La nouvelle]
Jésus est un prénom quelque peu encombrant, bien que la notoriété de l’autre soit en déshérence. Il est de plus en plus rare qu’on lui lance des vannes, hormis à Pâques ou à Noël où on lui promet volontiers la croix ou la mangeoire, c’est selon. C’est peut-être aussi parce qu’il vieillit. Les adultes ne sont pas moins méchants que les enfants ; ils le sont plus sournoisement peut-être. Jésus ne sait pas. La psychologie humaine n’est pas son fort, surtout celle des enfants.
Il a trente-trois ans aujourd’hui. Il a décidé d’aller fêter ça dans un café où il a ses habitudes, entre soirées football très arrosées et petits extra entre pratiques. Il a trouvé l’endroit par hasard, il y a plusieurs années. Un type l’avait abordé dans le métro en glissant un préservatif dans la poche de son jean. C’était osé ! L’homme était suffisamment baraqué pour pouvoir prendre le risque d’une réaction brutale. Jésus en aurait presque sifflé d’admiration. Ce genre d’occasion était rare. Il l’avait suivi sans un mot jusqu’à ce café qui offrait un sous-sol discret, juste après les toilettes, à ceux qui avaient besoin de se détendre après le travail, ou avant de retrouver leur bourgeoise pour laquelle ils avaient perdu tout appétit.
Le type avait baissé son froc puis son slip sans égard pour les civilités d’usage. Sa verge était assez fine. Elle remplissait à peine sa main qui s’en contentait, habituée qu’elle était à la branler pour accompagner l’enculade qui allait satisfaire sa prostate. Jésus le regardait : il avait descendu sa braguette, sorti sa queue encore un peu flasque et l’avait astiquée de la main droite tout en flattant les couilles de son partenaire de la gauche. Une fois qu’elle était arrivée à proportion, il l’avait couverte du préservatif donnant ainsi le signe que l’essentiel allait se produire. Le type s’était placé les deux coudes appuyés face au mur, jambes écartées. Jésus avait ouvert son anus d’un doigt sec, puis de deux avant d’y fourrer en force son vit en serrant les dents pour ne pas jouir au premier assaut.
C’était son problème, à Jésus ; il jutait en moins de rien. Ses partenaires s’en plaignaient. Cela lui valait des quolibets charcutiers, ce d’autant qu’il était monté comme le Jésus qu’il était. Alors il s’appliquait et, si besoin, était capable d’y revenir sans véritable temps de repos et avec, cette fois, une endurance supplémentaire. Au fil des rondelles, il avait appris à mieux se contrôler, proposant aux gars un peu serrés du gel et à tous une petite préparation digitale. Il s’était ainsi fait une bonne réputation de pointeur depuis que ce type l’avait amené dans ce café.
Il l’avait limé avec soin, tout en puissance, sans précipitation. Le gars s’était mis à beugler comme un homme qui a du plaisir à la défonce, attirant dans la cave d’autres pratiques. Quand Jésus avait joui, la copaille tenait mal sur ses jambes. Un second s’était approché, le soutenant par le côté, pendant qu’un troisième avait fait un signe à Jésus de s’écarter. Il avait la main gantée de latex. Elle avait rapidement pris la place laissée libre par la belle queue qui l’avait précédée. Le gars n’en pouvait plus. Il hoquetait, des larmes plein les yeux. Jésus s’assit entre ses jambes et le suça avec appétit.
La lope eut un dernier râle et tomba à genoux. Le type derrière retira son poing fissa en même temps que Jésus sentit le liquide chaud emplir la capote. Le troisième, un costaud, amortit l’effondrement général. Quelques minutes s’écoulèrent avant que chacun ne recouvrât ses esprits. Une bière s’imposait. Ils trinquèrent plus d’une avec quelques enculades supplémentaires puis Jésus quitta le café, des promesses de revoyure plein la bouche. Il aimait se souvenir de cette première fois, ravi de cette rencontre inattendue qui lui avait montré le chemin de ce temple de la virilité assumée.
Le type du premier soir sera-t-il là ? Pour son anniversaire, Jésus sent son désir de lui, particulièrement. Contrairement à d’autres, il n’avait jamais tenté de lui rendre la pareille, en arguant de la réciprocité de l’échange ou d’un appétit de baiser son petit cul. Il ne peut pas dire qu’il n’aime pas ça ; il n’en a simplement pas envie. Personne ne l’en blâme mais la pression est toujours forte, parfois à la limite du harcèlement, ou du viol. Selon qui est là, il réduit sa consommation de bière pour être sûr de ne pas se retrouver une queue dans le fion sans l’avoir vue venir. Certains sont de vrais obsédés voire des fiottes rougissantes qui n’assument pas d’aimer se faire tringler et espèrent recouvrer leur virilité en baisant celui qui les a baisés.
D’autres ont bien compris que leur rondelle est juste une voie de passage vers un plaisir unique. Les godemichés que peuvent utiliser leur femme ne rivalisent pas avec la douce puissance d’un sexe en érection ; question de texture, sans doute, et de psychologie, aussi ; quitte à être un enculé, autant que ce le soit dans un partage de testostérone savamment orchestré. Jésus préfère ceux-là ; ils sont capables de se donner entièrement à la queue qui les transporte au ciel, sans états d’âme, sans honte, laissant leur corps s’adonner au plaisir qui les inonde. Le nounours qu’il est en train de limer sous l’œil gourmand d’un grand zig qui attend son tour est-il de cette engeance ? Ce n’est pas la première fois qu’il se frotte à ce gros cul aux miches si grasses que leur propriétaire doit les écarter lui-même s’il veut permettre le passage. Une fois installé, Jésus doit avouer que c’est le bonheur de pédiquer pareil fondement.
Il s’y était refusé pourtant, un autre soir, le gars ayant exigé la réciprocité. Jésus avait dû mettre les points sur les i, obligeant ce gros cul à réviser à la baisse ses intentions. Il avait fait la promesse à Jésus de ne rien tenter mais celui-ci se méfiait. Il faisait bien ce d’autant que la nouvelle avait circulé que c’est ce soir son anniversaire. Pendant qu’il procède, celui qui mate lui colle une main aux fesses et lance « Et si on soufflait trente-trois bougies à travers ta rondelle ? » Un rire général fuse. Jésus débande sitôt, abandonnant le gros cul à une insupportable vacuité. Le nounours se retourne, le braquemart prêt à servir.
— Elle ne te fait pas envie, cette jolie chandelle ?
— Je te pompe, pas plus.
L’homme s’avance.
— Tu verras, c’est tout doux.
Jésus recule, espérant le secours du mur. C’est le mateur qu’il trouve et, avant qu’il ne réalise, celui-ci attrape son bras et lui fait une clé dans le dos. Il sent sa verge dure contre ses reins ainsi que celle du nounours à hauteur de son pubis. Jésus songe qu’il est encore temps qu’il proteste. S’il appelle, d’autres viendront et le patron n’aime pas qu’il soit fait usage de la violence dans son établissement. Sans pouvoir dire pourquoi, il reste muet, comme si son destin était en train de s’accomplir. Un autre gars s’approche. Il aide celui qui le tient par une clé somme toute fort peu serrée à l’installer de face sur la croix de Saint-André. Ils lui lient les quatre membres sans que Jésus ne tente quoi que ce soit, offrant son corps à qui voudra. Que lui arrive-t-il ? Il ne comprend pas sa soumission. Il sait que s’il dit non, ils arrêteront.
Il n’en fait rien. La main du nounours se glisse déjà dans son entre-deux-fesses pendant que le premier gars se met à genoux de l’autre côté de la croix et engloutit sa mèche éteinte. Jésus frémit. La main se fait plus pressante encore. Le majeur teste la rondelle et la détend. L’index s’en mêle. Jésus respire fort. Le froid du gel ajouté au préservatif précède la perception d’un emplissage dans un sens inverse de ce qui lui est connu. Cela ne fait pas mal. Cela transperce, fend, lentement, très lentement, ample, loin jusqu’à gaver les entrailles. Faut-il crier ? Jésus, à l’instant où son enculeur a atteint la butée, comprend les râles qu’il a si souvent entendus, leur fonction essentielle pour donner aux chairs un point de fuite. À l’instant suivant, après une courte pause, il comprend le grognement consécutif à un retrait partiel qui crée un impossible vide avant qu’une nouvelle pression, plus puissante, n’arrache à la gorge ce cri qui appelle à l’implacable mouvement de piston.
Et c’est parti ! Le braquemart se met en branle, sur un rythme que le corps décide, semblant s’enfouir plus loin à chaque fois, les couilles battant contre l’amorce de son cul. Jésus n’en croit pas ses sens. Comment a-t-il pu se priver de cela ? Il en a les larmes aux yeux, réant au fil de sa respiration. Jusqu’où le plaisir peut-il aller ? Ravi de convaincre, le nounours s’applique pendant que ses deux comparses empêchent tout mouvement de recul à Jésus afin que son fion encaisse le plus de charge possible. Tout son savoir-baiser ne suffit pas à combler le jeune ruminant. Une fois qu’il se retire après avoir épuisé son foutre, Jésus reste pantelant, le sentiment qu’il lui manque quelque chose encore.
Un second prend la place. Il n’y met aucune précaution, à part le préservatif rendu obligatoire par le maître des lieux. Il lime comme à l’exercice, moins attentif que le nounours au bien-être du puceau. Sa bite est courte et large. Jésus souffre un peu. Il ne s’en plaint pas. Il a envie de ces trente-trois chandelles promises, comme trente-trois bougies que l’on souffle avant de s’empiffrer du gâteau. Cela fait beaucoup pour une première fois ; beaucoup. Il s’en moque. Il veut sa revanche, le juste retour du plaisir, que tous ces hommes qui ont joui de sa verge lui caressent à leur tour la prostate.
Les choses s’organisent. Pour qu’il tienne la distance, chacun aura droit à trois minutes, montre en main, pas plus, afin qu’il goûte à chacune, en apprécie la spécificité sans que sa rosette n’ait à en souffrir. Les gars se mettent en file indienne, s’entreculant s’il leur est ensuite besoin de se finir. D’autres sont appelés à la rescousse. Jésus savoure, découvrant que les plus épaisses ne sont pas les plus agiles, que les plus puissantes ne sont pas forcément les plus viriles, que le rythme fait plus que la durée, que les montées en plaisir se renouvellent à l’infini. Pendant ce temps, sa pine va de bouche en bouche, ses couilles de langue en langue. La sienne appelle aussi un contact. Un baiser ? Jésus n’a jamais embrassé personne. Il attrape une bite qui passe à hauteur de ses yeux et la pompe, le cul plein d’une autre.
Ainsi va cette soirée d’anniversaire, le nounours comptant avec application les minutes et les bougies. Il va en manquer une. Doit-il y retourner ? Ce ne serait pas du jeu. Les hommes sont massés autour de Jésus. Que faire ? Un fist ? Chacun craint qu’il n’y survive pas tant son souffle est devenu court. Un ange passe. À bien le regarder, il s’agit de la serveuse du café qui s’avance, un godemiché rose à la ceinture. Quand elle pénètre Jésus avec une puissance qui n’a d’égale que la tendresse qui y préside, il sent son cœur fondre. Elle y va jusqu’à la garde puis ne bouge plus. Ses lèvres se posent au creux de son cou. Jésus a un ultime hoquet puis sombre. Le godemiché se retire. Les hommes détachent prestement le puceau de la croix de Saint-André et l’allongent sur le sol.
La serveuse s’agenouille. Elle met une main sous sa nuque.
— Reviens, Jésus. Reviens…
Ses lèvres épousent les siennes. Elle les sent bouger. Elle sourit, offrant sa langue à la sienne. Jésus ouvre les yeux. Des applaudissements fusent. Il est là.



Cy Jung, 4 mai 2019®.

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