La biographie de Cy Jung

L’accessibilité visuelle de votre communication numérique



Cy Jung — Petit Mouton tous albinos

Quand une personne valide pense « déficient visuel » ou « malvoyant », elle pense « aveugle », en tant que personne qui est « dans le noir ». Cette personne (vous ?) n’a, dans ce contexte, aucune raison de se poser la question de savoir si son mail, sa publication Facebook ou Twitter, son blogue ou son site, sont lisibles par ce déficient visuel : il ne voit pas, il est d’emblée hors-jeu ; et la personne valide a la conscience tranquille.

Pourtant, les aveugles qui sont « dans le noir » (65.000 personnes pour 1,2 million de malvoyants profonds et moyens selon l’enquête HIF-Insee actualité 2008) disposent d’outils de lecture (liseuses sonores, traducteurs braille, applis…) que je ne connais d’ailleurs pas car, si je suis déficiente visuelle en « basse vision » (vision inférieure à 1/20), je ne suis pour autant pas « dans le noir ». Quand certaines conditions sont remplies, je peux lire, écrire, ce d’autant que je dispose d’un ordinateur, d’une tablette, d’un ordiphone. C’est d’ailleurs grâce à l’ordinateur qu’à la fin des années 80 (au siècle dernier, donc) j’ai découvert le plaisir de lire ce que j’écris en simultané ayant passé les vingt années précédentes à écrire sans lire en direct ce que j’écrivais.
Depuis ce temps révolutionnaire de l’Amstrad PC1512 et son écran vert à police pixélisée jaune, je me suis adaptée aux outils numériques en utilisant rapidement des Mac, Apple ayant toujours été à la pointe du sujet. Les plus aguerris à l’accessibilité numérique vont sitôt me répondre qu’ils n’ont pas besoin de faire des efforts puisque Voice over est intégré et gère à lui tout seul l’accessibilité (la réponse m’a été faite par un responsable d’appli de la Ville de Paris). Certes. Mais Voice over est un système complexe, voire une usine à gaz, qui n’est pas aisé d’utilisation. Je lui préfère les zooms, les affichages en mode liseuse, les caractères que l’on peut agrandir à la demande, la lecture sonore et Siri intervient en cas d’extrême nécessité.
Les outils pour lire plus facilement sont donc nombreux, et aisé à configurer pour l’utilisateur malvoyant si tant est que les concepteurs numériques y mettent un peu du leur. Avec l’augmentation de la résolution des écrans (qui réduit de fait les tailles d’affichage) et de l’utilisation de gadgets visuels dont les valides raffolent, l’accessibilité visuelle par défaut est de moins en moins une évidence. Il ne se passe pas un jour, notamment sur des médias institutionnels, que ma lecture soit contrainte par la contemption généralisée pour les déficients visuels toutes catégories confondues ; un bon million de personnes, tout de même… Une quantité négligeable ? Sans doute y en a-t-il autour de vous avec qui vous communiquez régulièrement sans vous être jamais posé la question de savoir s’ils vous lisaient aisément.
J’ai donc décidé de rédiger cet article pour éviter de rabâcher toujours la même chose, en espérant que les éléments d’information que j’y compile convaincront les valides qu’ils ne sont pas obligés de pratiquer le validisme numérique, même par méconnaissance du sujet. Je précise que je ne suis pas une professionnelle de ces outils. Je gère certes des sites en Spip (CMS que je code également) et Wordpress (dont La Vie en Hétéronomie dont je vous recommande les nombreux billets « Bibgleuse@ ») et j’anime des pages Facebook associatives en plus de la mienne et mon compte Twitter ; je suis donc avant tout une utilisatrice de tous ces outils numériques dont il ne faudrait pas grand-chose pour qu’ils me simplifient véritablement la vie et, mieux encore, ne me donnent pas l’impression que mes interlocuteurs cultivent un mépris profond pour ma déficience visuelle.

Cy Jung — Tu vois ce que je veux dire, vivre avec un handicap visuelPour mieux appréhender mon exposé et mes recommandations, il est important de comprendre ce que sont les déficiences visuelles. Il y en a autant que de déficients visuels mais il demeure quelques constantes. Je présente la mienne ici. Elle n’est jamais référencée, l’albinisme étant une maladie rare à faible prévalence en France et aux conséquences visuelles multiples : basse vision, photophobie, nystagmus, champ visuel restreint, absence de vision binoculaire et au choix, hypermétropie, astigmatisme et/ou myopie auxquels, bien sûr, la presbytie, la cataracte, le glaucome, la DMLA… peuvent se mêler avec l’âge. Enjoy !
Vous trouverez en ligne de nombreuses présentations des types majeurs de déficience visuelle, par exemple .

Note. Je ferai évoluer cet article au gré de mes nouvelles expériences et de vos remarques. Vous pouvez m’écrire, ici.
Note aux déficients visuels. J’intègre à cet article des illustrations. Si je ne les décris pas dans mon texte, c’est qu’elles ne comportent aucune information signifiante.

Sommaire

Pour faciliter votre navigation, des ancres sont implantées dans les numéros des parties.

1Le Référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA)
Parenthèse sur les zooms.
2Les images
Les images non signifiantes. Les images signifiantes. Associer un texte à toute image. Les cartes interactives. Les CAPTCHAs. Les infographies projetées. Envoyer une photo par téléphone et ordiphone
3Les textes
Les polices. Recommandations typographiques. Le point médian. Les mails.
4Les documents en téléchargement
5Les applis mobiles
6Ressources et aides à la lecture
Petit bonus à l’intention des lecteurs basse vision et des valides aux yeux fatigués

1 — Le Référentiel général d’accessibilité pour les administrations (RGAA)

Cy Jung — secrétariat général de la modernisation de l'EtatLe RGAA définit les normes techniques d’accessibilité des services de l’État, des collectivités territoriales et des établissements publics pour Internet, le téléphone et la télévision. Cela s’adresse aux concepteurs de ces médias et à leurs donneurs d’ordre. On le trouve ici.
Ce référentiel est complexe. Je ne le connais pas. Je le signale car les responsables politiques et les agents publics doivent savoir que ces règles leur sont opposables si, par exemple, je décidais de lancer une action en discrimination parce que je ne peux lire un site public. Chacun aura noté que ce genre d’action est très rare. Les handicapés sont souvent considérés comme des emmerdeurs (si si !) ; ils ne le sont pas tant qu’ils pourraient l’être…

Pour exemple d’application du RGAA, voici la Déclaration de conformité RGAA du Musée d’Art moderne de la Ville de Paris (ici). Le site de la Ville de Paris ne semble pas en conformité (je n’ai pas trouvé de page qui l’indique) mais dispose d’une page « accessibilité » (bien cachée dans le pied de page) qui fait la réclame sans faire la preuve de sa propre accessibilité. Ce site m’est plus lisible depuis qu’il a perdu ses couleurs mais j’ai toujours du mal à naviguer ne serait-ce que parce que mon champ visuel réduit fait perdre tout intérêt à la colonne de navigation de gauche.
Quant à celui de la MDPH 75, il en parle (ouf !) sans dire s’il est conforme mais un effort notoire de qualité de lecture semble l’habiter ; re-ouf ! On remarquera d’ailleurs d’emblée qu’il utilise moins la largeur de page, ce qui n’est sans doute pas un hasard. Les liens sont soulignés. Il n’est enfin pas besoin de zoomer, un menu supérieur permettant à l’utilisateur de choisir la taille des caractères qu’il affiche.

Parenthèse sur les zooms

Cy Jung — Menu zoomJ’ignore tout de la manière dont on programme un zoom. Je sais par contre ce que cela donne quand on l’utilise sur des pages Web.
Cy Jung — Accessibilité IOSIl existe deux sortes de zoom, celui intégré au navigateur (menu Affichage en général) et celui du système, au moins sur IOS (je ne sais rien de Windows ni de Linux) dans les Préférences systèmes, Accessibilité, Réduire/agrandir (le même outil existe dans l’iPhone et les iPad). Le premier en général grossit le texte de la page là où le second permet de pointer un élément de celle-ci, par exemple un chiffre difficile à lire, une image…

Je prends comme exemple le portail numérique des bibliothèques de la Ville (ici), un bogue assez classique corrompant l’usage du zoom navigateur. Je l’ai signalé il y a un certain temps (deux ou trois ans peut-être). Sans succès. Notez que le souci est le même sur le portail des bibliothèques, plus ancien.
Voici une copie d’écran de la taille d’affichage de base chez moi. Je fais une copie d’écran plein écran pour que chacun puisse se rendre compte de ma grosseur d’affichage et de ce que j’ai à l’écran pour naviguer. Mon écran mesure 27 pouces, cette image est donc l’entière reproduction de ces 27 pouces que je lis à 30 centimètres.
Cy Jung — Portail des bibliothèque de la ville de ParisJ’ai donc devant moi un menu supérieur que je ne lis pas (petite police et mots en majuscules), un large champ de recherche, un second menu que je ne lis pas plus car écrit petit et en caractères blancs et jaune sur fond de couleur (les « couleurs inversées » sont très utiles à certains déficients visuels, aveuglants pour d’autres, dont moi ; d’où la nécessité de permettre à chacun de choisir) et une note d’information sur Bluefire reader. Le texte est petit ; je zoome navigateur.
Cy Jung — Zoom Portail des bibliothèques de la Ville de ParisVous noterez sitôt que tous les menus ont été engloutis par le zoom et que je n’ai plus grand-chose à l’écran à part un peu de texte et des bandes de couleur. Je descends sur la page pour accéder au texte que je souhaitais lire. Le rouge reste peu lisible. Je peux lire le noir.
Cy Jung — Zoom portail de la VilleJe descends encore : faites-le, vous verrez que se mélangent les sélections, les infos pratiques, dans une succession qui n’est liée qu’à la mauvaise programmation de l’affichage du site. J’arrive sur la « Sélection d’août » ; les couvertures de livres s’alignent sans étiquette texte.
Cy Jung — Zoom portail des bibliothèquesPour espérer lire le contenu de ces couvertures, j’utilise le zoom de l’IOS.
Cy Jung — Soom couverture livreLes images occupent à l’instant tout mon écran. Vous pouvez mesurer le grossissement avec la taille de mon curseur que j’entoure en bleu. Vous remarquerez que la couverture de gauche est lisible, pas celle à fond noir ; l’éditeur est responsable, bien sûr… Mais une simple étiquette texte indiquant l’auteur et le titre règlerait le problème.
J’ai bien conscience que cela nuirait à l’esthétique voulue par l’infographiste et le donneur d’ordre (les services culturels de la Ville ?) S’ils savaient ce que j’en pense de leur souci esthétique… Passons. Ce qui me met le plus en rogne dans ce genre d’exemple, c’est que le numérique (ePub) est LE format de livre accessible aux déficients visuels. Et patatras. Preuve est faite que l’accessibilité dont se targue la page ad hoc du site ne résiste pas à l’épreuve des faits : les aides techniques annoncées sont certes réelles ; mais que valent-elles si l’on ne peut y accéder ? Mais c’est une autre histoire encore… et encore une autre plus bas dans cet article.

Addenda. 30 août 2019.

Je remarque ce matin que le site de la Ville de Paris s’est refait une beauté. Et quelle beauté ! À mon niveau de zoom, que de jolies images sur la page sommaire. Que me dit-on ? Allez savoir ? Je me demande d’ailleurs si je suis sur un site institutionnel ou sur le blogue d’un photographe amateur. Ah ! Paris, que tu es belle. [Note : les copies sont faites en mode plein écran.]
Cy Jung — paris.fr accueil
Je clique. Les titres sont énormes, dans une police grasse où les lettres se mangent les unes les autres. Il y a des infos partout, à gauche, à droite… Mais où suis-je ?
Cy Jung — paris.fr article
Je clique sur un autre article. L’ancien chemin de fer à gauche est remplacé par un sommaire qui se dérobe quand on descend dans un article laissant une vaste colonne vide. Le chapeau bleu est dans une police grasse où les lettres se mangent les unes les autres. Je ne lis pas le texte, la police est trop fine.
Cy Jung — paris.fr autre article
Pour obtenir un bon niveau de zoom, je perds tout outil de navigation.
Cy Jung — paris.fr zoom
C’est si joli… lisible ? C’est donc bien une autre affaire.

2 – Les images

Que serait une publication Internet sans une belle image ? Même moi, j’ y suis sensible car l’œil, quel que soit son degré de validité, aime les images. Mais il y a image et image…

Les images non signifiantes

J’entends par là les images qui sont destinées à « faire joli », c’est-à-dire qu’elles ne comportent pas d’informations en plus du texte qui leur est joint. Si vous ne les décrivez pas, vous prenez juste le risque que le déficient visuel y prenne une vessie pour une lanterne ; ce n’est pas un souci pour lui ; il en a l’habitude. S’il vous amuse de constater ce que je peux « voir » d’une photographie, je vous invite à vous régaler de mes Photocritures, ici.
Sur notre blogue, La vie en Hétéronomie, nous ne décrivons pas les images non signifiantes ; parfois nous y faisons allusion dans le texte de nos billets. Nous avons fait ce choix à la création du blogue avec Isabelle car ce type d’image ne me manque pas. D’autres pourront contester ce choix. Quant à cet article, il comprend une image principale qui est décrite dans un champ qui ne s’affiche pas, Petit Mouton ne pouvant supporter de ne pas se présenter aux déficients visuels qui passeraient par là.

Les images signifiantes

Cy Jung — Infographie caniculeOn les appelle aussi « infographie » : il s’agit d’images au sens informatique du terme (en .jpg pour la plupart) qui comprennent des informations texte ou un montage de texte et d’images. Pendant les canicules, par exemple, les réseaux sociaux diffusent les consignes de sécurité uniquement sous cette forme.
Sur les sites, ce n’est pas forcément mieux. Sur celui de la Ville où je suis allée pêcher l’infographie ci-contre, les consignes y sont en format texte, mais pas associées à l’image ; on les trouve deux items plus loin, après deux cartes. Les déficients visuels qui manquent de perspicacité (c’est rare, mais cela peut arriver !) ignoreront donc ces consignes, mais c’est vrai qu’ils sont très endurants.

Je suis par trop cynique, sans doute ; c’est parce que c’est tous les jours, et sur des informations parfois importantes, que je rencontre ce type de difficultés. Voici en exemple une publication du 22 juillet 2019 sur la page Facebook de la mairie du 14e.
Cy Jung — Élection infographieLe texte tout en majuscules (les majuscules sont moins lisibles, je l’explique plus bas) indique « [INSCRIPTION LISTES ÉLECTORALES 2020] » ; et… et… et rien, car toutes les informations nécessaires sont contenues dans l’image .jpg tout en couleurs inversées. Mais le bleu blanc rouge est d’un si bel effet !
Cy Jung — Twitter, image signifiante illisibleVerdict ? Si vous résistez à la canicule, ne comptez pas voter… ni aller au cinéma. Au cinéma, un déficient visuel ? La Mairie du 19e ne s’y est pas trompée en publiant un microbillet Twitter (image ci-contre) avec un texte sans rapport direct avec l’information diffusée. Le court texte « L’été à Paris, la nuit.... ! » assorti d’émoticônes représentant des étoiles annonce une affiche pour du cinéma en plein air, séance non audiodécrite, j’imagine ; sinon, quelle publicité aurions-nous eue !

Cy Jung — Planche d'émoticonDans la catégorie des images signifiantes non lisibles, j’ajoute volontiers les emojis (émoticônes ou smileys, on les appelle comme on veut) et autres gif animés dont le sens est produit par l’image elle-même. Imaginez. Nous déjeunons ensemble. Nous sommes à deux mètres environ. Vous êtes une femme, dans mes âges, féministe, écolo, anarchiste et convaincue d’être sexy… Vous me faites un clin d’œil de type « Je rejouerais bien la révolution sexuelle avec toi. » Je ne bronche pas. Mais pourquoi ? Parce que vous n’êtes pas mon genre ? Impossible. Votre déduction est donc hâtive : je ne vois pas les expressions du visage à cette distance-là, à part les larges sourires. Alors, pensez ; face à la grille ci-contre, qu’est-ce que je peux voir à part des ronds jaunes avec plus ou moins de taches de couleur ? Dire ses émotions en mots est-il si compliqué ? Au vu de la manière dont deux internautes ont manifesté les leurs à l’évocation du démembrement d’un jeune albinos au Burundi, cela l’est.
Cy JUng — accessibilité emoticonesDe quoi je parle ? De cela, et de deux emojis publiés sous cette information relayée par la page Facebook de Genespoir, l’association française des albinismes, qui m’a tirée les larmes. Je ne comprends pas ce que disent ces deux « bidules » dont je vous colle l’image ci-contre et que j’ai dû me faire décrire : des animaux qui se consolent pour l’une et une espèce de chose à cheveux rose qui pleure. C’est cela que ces deux personnes sont en mesure d’exprimer pour dire l’horreur de ce crime ? Et que penser des représentations choisies ?
Je les plains et les remercie de cette illustration opportune de mon propos.
Cela dit, je connais quelques emojis sans forcément vraiment les comprendre. Et j’utilise plutôt ceux qui sont une combinaison de caractères type « ;-) », plus facile à mémoriser car, à l’instar d’un mot, ils ont une forme que je peux identifier.

Associer un texte à toute image

Pour éviter ce genre de situation, la solution est simple : il suffit de mettre un « texte de substitution », c’est-à-dire du texte qui dit le contenu de l’image (ou qui dit ce que dirait l’emoji, donc), et non pas un texte qui parle de quelque chose en ignorant le contenu d’une image pourtant essentiel.
Pour l’exemple de l’inscription sur les listes électorales, ce texte sera le contenu texte de l’infographie. Il est également possible de rediriger l’internaute vers une page où l’information est en format texte, avec une mention de type « Toutes les informations sont sur ce lien ». On a un bel exemple ci-dessous qui montre que la mairie du 14e sait faire. Le texte donne le rendez-vous pour la Fête de la petite ceinture en deux lignes avec un lien sur le site de la mairie qui donne toutes les informations contenues dans l’affiche.
Cy Jung — Image Facebook décrite* Sur Facebook, il a suffi donc à l’animateur de réseau de remplir le champ « Description » tel que ci-dessus.
Cy Jung — Twitter, image avec lien.* Sur Twitter, on peut activer la fonction « Composer des descriptions d’image » dans les paramètres d’accessibilité mais ces descriptions ne sont accessibles qu’à certaines applications. Pour être accessible à tous, le plus simple reste d’insérer un lien vers un site où l’information est en mode texte. Ci-contre, la mairie du 14e, toujours sur la Fête de la Petit Ceinture, ne s’y est pas trompée, preuve supplémentaire qu’elle peut être exemplaire.
* Sur les CMS, on peut utiliser le champ « Titre d’image » quand une dizaine de mots suffit à la description ou utiliser le champ « Description » puis copier-coller ce texte dans « Texte alternatif » pour les CMS où ce champ existe. Dans les maquettes grand-public, ces champs s’affichent pour tous ; cela se configure de manière à ce que seuls celles et ceux qui en ont besoin y aient accès. Je colle ci-dessous à titre d’illustration une image de l’interface de Wrdpress de La Cocotte enchantée où l’on voit ces champs, et le résultat dans une image incrustée en version affichage de la description.
Cy Jung — Interface Wordpress description d'images.

Ce qui m’attriste le plus dans cette affaire c’est que c’est souvent par simple méconnaissance que les animateurs de réseaux et de sites négligent les textes alternatifs et les liens ; lesquels sont réellement formés par leur employeur ? J’ai pu remarquer que quand je réussis à faire passer le message, les choses s’arrangent mais pas forcément de manière systématique tant ce sont les attitudes individuelles qui changent les choses. La bataille est parfois longue, et jamais gagnée. Voici l’exemple de la MDA 14 sur laquelle j’avais rédigé un billet en Hétéronomie, ici.
J’ai vu passer depuis quelques publications avec un texte de substitution. Mais que penser de cette publication (ci-dessous) d’un courrier comportant une offre d’emploi en mode image sans aucun texte de substitution ni lien ? Que les déficients visuels sont exclus de l’annonce ? Cela ne va pas arranger leur situation sociale, considérant que plus de la moitié sont au chômage.
Cy Jung — Image d'un courrier non décriteCe type de reproduction de courrier est très fréquente sur les réseaux sociaux. On trouve aussi beaucoup d’articles de presse ou de livres photographiés, une manière de passer outre le droit d’auteur. Qu’un particulier s’y adonne, c’est son problème, mais une administration, un établissement public, comment est-ce possible ? Où est l’intérêt général ? Je sais que si je veux être entendue, il faut que je sois gentille, précise, que je garde un ton courtois. Mais comment puis-je faire autrement que de parler de mépris caractérisé ? Dites-moi. Face à ça, je ne sais pas être gentille.

Les cartes interactives

Cy Jung — Carte ExtremaVoilà une autre catégorie de visuels à laquelle je peine souvent à avoir accès. Je prends l’exemple de la « La carte des îlots et parcours de fraîcheur » de la Ville de Paris (qui aime bien châtie bien) : la légende est au format texte mais les différents pictogrammes ne sont pas normalisés ; quant à la carte, quand on utilise le zoom, les noms de rue ont l’avantage de grossir (ce qui n’est pas si fréquent sur les cartes) mais les étiquettes qui s’affichent pour désigner les lieux ne sont pas normalisées, utilisent une petite police, beaucoup de mots entièrement en majuscules, des adresses à demi-écrites… La version appli est pire. J’y reviendrai.
Si l’on y réfléchit, il n’est pas difficile d’imaginer que la publication en parallèle d’une liste des lieux en format texte obéissant aux normes d’écriture qui permette à chacun de formater à son œil constitue une solution simple. Cette liste n’est pas un travail supplémentaire : les infographistes en avaient forcément une pour créer la carte. Il suffit de la publier. Ce doit être possible car je remarque [le 10 septembre 2019] que c’est le cas sur le site du médiateur de la Ville de Paris, ici, avec, petit plus, un renvoi sur une fiche texte complète avec la carte. Un exemple à suivre.
Cy Jung — Cartes interractivesJe rencontre le même type de difficultés dans toutes les cartes interactives annonçant des événements militants ; au moindre mouvement de souris mal contrôlé, la fonction zoom envoie balader à l’autre bout du monde (je suis sûre que vous avez rencontré cette difficulté, même en tant que valide) et quand on arrive à s’y repérer, les étiquettes ne sont pas lisibles. Une fois encore, la solution est de publier en parallèle une liste au format texte.
Dès que je croise une de ces cartes, j’ajoute l’illustration.

Les CAPTCHAs

Cet outil de sécurité est un verrou infranchissable pour nombre de déficients visuels, dont moi. Il existe des versions que l’on peut vocaliser, ce qui est un moindre mal. Quant à ceux où il faut résoudre des puzzles, identifier des photos parmi d’autres photos… misère.
Wikipédia vous dit tout sur l’accessibilité des CAPTCHAs ici.

Les infographies projetées

Il est de bon ton aujourd’hui de projeter sur écran une présentation lors des conférences, cours, réunions d’information… Même si cette présentation n’apporte pas d’informations particulières par rapport à votre discours (c’est le cas dans 99 % des cas, comme on me l’a argué ici), le support visuel peut être utile pour rester attentif, ou se représenter les choses (oui, les déficients visuels disposent de la fonction cognitive « représentation du monde » même si les images qui arrivent dans leur cerveau ne sont pas terribles).
Comment faire ?

J’ai passé mon PSC1 à la Croix rouge ; j’ai indiqué ma déficience visuelle à l’inscription. La formatrice m’a alors spontanément proposé de m’envoyer le support de formation. Je l’ai téléchargé sur ma tablette et ai pu, avec le zoom de l’iPad, suivre sans difficulté.
Verdict. Quand vous organisez une conférence, un cours, une réunion, indiquez aux personnes de vous signaler si elles sont déficientes visuelles et demandez-leur de quoi elles ont besoin selon les supports visuels que vous utilisez. C’est aussi simple que cela. Et cela fonctionne aussi si vous voulez accueillir dignement, en concertation avec elles, toutes les personnes qui auraient un handicap ; cela s’appelle l’inclusion.

Envoyer une photo par téléphone et ordiphone

En plus de vous demander si l’appareil de votre destinataire affiche les photos (et les émoticônes), vous pouvez aussi vous interroger sur sa capacité à voir ce que contient la magnifique photo que vous avez envie de partager. Le plus étrange, dans cette affaire, c’est la relation de chacun au partage : je peine à comprendre que l’on puisse « balancer » (je n’ai pas d’autre terme) quelque chose à l’autre sans se demander s’il est en mesure de savoir de quoi il s’agit. C’est pourtant ce qu’il se passe quand une personne qui m’est très proche (très très proche), qui connaît parfaitement ma déficience visuelle, m’envoie une photo sans texte d’arbres couverts de neige sur fond de champ enneigé… Que me dit-elle alors ? Que je suis bigleuse ? Pas autre chose.
Cela dit, comment faire ?
De nombreux déficients visuels ont un ordiphone sur lequel on peut envoyer des photos, mettre des émoticônes dans ses textes, etc. Si besoin, certains ordiphones peuvent décrire les émoticônes. Pour les photos, il suffit d’être un chouia perspicace dans le texte joint à la photo :

« Coucou ! Il neige. C’est magnifique. Tout est blanc ! On voit à peine les arbres se dessiner sur la neige. Gros bisous. »

Mon cerveau fait le reste et imagine des arbres qui sont couverts de neige dans un champ enneigé. Oui, mon cerveau car il est temps de vous le dire : contrairement à ce que pense le personnel du CCAS que je fréquente, un déficient visuel n’est pas forcément simultanément sourd, déficient mental et psychotique ; il peut, bien sûr, mais ce n’est pas la majorité. Autrement dit, il comprend ce qu’on lui dit, même au second degré qu’il pratique quotidiennement tant il lui est nécessaire pour encaisser le validisme ordinaire.
Note. Mon téléphone ne reçoit pas les images. Je dispose par ailleurs d’un ordiphone qui n’est pas relié au réseau GSM et me sert uniquement de terminal numérique pour notamment faciliter mes déplacements.

3 - Les textes

Les polices

On recommande le plus souvent les polices « bâton » (celles dénuées de toute fioriture) tel que Arial ou Verdana. Il y a plus d’espace entre les lettres de la seconde, ce qui pourra être un atout pour certains. Une police a également été développée spécifiquement, Luciole. Elle est ici.
Il existe aussi une police pour le DYs qui plaira à tous, .

Recommandations typographiques

Celles-ci s’appliquent aux textes qui peuvent être mis en forme, ceux des traitements de texte, des mails, des articles de sites et blogues… Il ne s’agit pas de s’opposer à la mise en forme, à ce qui rend un texte « joli » voire agréable à lire. Je suis par exemple très attachée à la justification sur mon site là où il est recommandé par l’AVH de laisser les textes en fer à gauche. Je lis mieux ainsi. Ceci pour dire qu’il y a autant de déficients visuels que de déficits visuels. Vous ne pourrez jamais tout bien faire pour tout le monde. Par contre, votre attention à la lisibilité de vos textes en améliorera la lecture pour tous, vous compris.
* Écrire en noir sur blanc de manière à assurer un bon contraste. Certains déficients visuels vont avoir besoin d’inverser ; ils ont les outils pour à partir des versions textes issues d’un traitement de texte avec des moulinettes ad hoc. Évitez au maximum la multiplication des couleurs, notamment à celles à faible contraste. Quant à la couleur de fond, vous noterez que sur mon site, il est très légèrement sépia. C’est pour limiter la photophobie provoquée par une page blanche (et l’angoisse de l’écrivaine, bien sûr !)
* Pour la taille des polices, il n’y a pas de règles car il existe des outils pour mettre à son œil. Les trop petits caractères arrachent les yeux des valides et les trop gros les découragent. Une base 12 points devrait convenir à tous.
* Éviter le souligné qui mange les caractères ou tout effet qui déforme les lettres.
* Éviter les mots tout en majuscules. Faisons un test : si j’écris « Anticonstitutionnellement » ou « ANTICONSITUTITONNELLEMENT », lequel des deux mots vous lisez le mieux ? Si c’est le second, je vous dois une pizza. Le mot tout en majuscule forme un parallélépipède rectangle (un gros pavé) là où celui en minuscule avec capitale initiale apparaît en une succession de syllabes qui sont facilement identifiables. En voilà la raison. Quant à la capitale initiale, elle obéit à des règles typographiques ancestrales qu’il suffit de respecter (sans succomber à la branchouille globish, de préférence). Je les ai rassemblées ici.
* Inutile de mettre du gras dans les textes, cela corrompt la lecture et votre lecteur est assez intelligent pour savoir spontanément ce qui est important si, bien sûr, votre texte est bien écrit. Réservez-les aux titres, cela aide à appréhender la structure des textes.
* L’italique peut corrompre la lecture. Son usage selon les règles typographiques en vigueur aide néanmoins à la compréhension du texte. Ces règles sont ici.
* D’une manière générale, prendre soin de la qualité rédactionnelle, typographique, grammaticale et orthographique d’un texte aide à la lecture dans la mesure où « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. », et inversement !

Le point médian

L’écriture dite inclusive ne se résume pas au fameux point médian que l’on trouve désormais à toutes les sauces et sans véritable cohérence sémantique (donc politique). Vous trouverez sur ce site un Manuel d’écriture inclusive que je porte à votre réflexion. Pour ma part, je travaille avec le sexisme de la langue française depuis plus de vingt ans. Jamais je n’ai eu la sensation d’être brimée dans l’expression de mon féminin lesbien ; j’ai toujours trouvé des solutions qui m’allaient, privilégiant toujours la syntaxe et le vocabulaire.
Pour ce qui est du fameux point médian, je n’ai jamais éprouvé le besoin de l’utiliser, ce d’autant que sa présence dans un mot déforme ce mot et contraint ma lecture. Peut-être n’est-ce qu’une habitude de lecture ? En tout cas un mot de type « lecteur·ice » m’apparaît comme un mot nouveau et non comme la combinaison de deux autres. Il n’est pas entré dans ma base de données de mots dans sa forme physique. Le sera-t-il un jour ? Je l’ignore. Mais il est évident qu’aujourd’hui, il ne fait pas partie de mon vocabulaire.
Je n’ai donc nulle intention d’utiliser le point médian. Si vous décidez de le faire par choix politique, c’est un argument que j’entends même si cela corrompt la lecture des déficients visuels. Mais, au moins, utilisez le bon ! Le « . » ou le « • » et « · » ne sont pas le même point : visuellement, le résultat est bien différent ; « écrivain.e », « écrivain•e » ou « écrivain·e » ne se lisent pas de la même manière, et c’est bien là que l’on mesure que le point médian, le vrai, arrête moins la lecture que les deux autres. Il n’a pas été choisi par hasard.
Pour savoir comment faire sur vos différents claviers, Wikipédia vous dit tout, ici.

Les mails

Il est possible de configurer ses mails pour qu’ils soient rédigés au « format texte » qui s’oppose au format html (dit « texte enrichi »). On ne peut alors pas mettre de gras, de soulignés, de couleurs… mais on améliore l’accessibilité de sa communication car le format texte est lisible par tous. Ce format a ma préférence car il me permet d’utiliser mes outils d’adaptation pour les lire. Le format html peut néanmoins ne pas être un souci à partir du moment où les recommandations d’écriture et d’utilisation des images sont respectées.
La configuration par défaut s’établit dans les Préférences de votre appli ou votre logiciel de mail. J’ai cherché pour Mail de Apple que je n’utilise pas. Il y a un onglet « Rédaction » où l’on choisit « Format texte » ou « Format texte enrichi ». Dans les webmail, il faut parfois chercher un peu. Pour Gmail (que j’utilise par dépit tant son accessibilité compense sa force d’intrusion), c’est assez simple, il faut cocher la bonne case à partir du menu disponible dans chaque nouveau message, juste à gauche de la poubelle, qui est tout en bas à droite.
Cy Jung — Html mal codéIl n’est pas rare que je mette des lettres d’info à la poubelle et m’en désinscrive uniquement parce qu’elles sont plus jolies que lisibles, notamment parce qu’elles sont trop larges pour ma configuration de lecture. Elles peuvent être aussi tout simplement mal codées par des infographistes qui oublient de les tester sur les affichages gros caractères. J’ai reçu, au moment où je travaille sur cet article, celle de 20 minutes, ci-contre, qui a un gros souci de superposition.
J’en profite en général pour les classer en pourriel. Tant pis pour l’expéditeur ! On m’exclut : bye bye.

4 – Les documents en téléchargement

Si vous joignez un document à un mail ou le mettez en téléchargement sur un site, le format texte est à privilégier ; il s’agit du format produit par votre traitement de texte ; le plus connu et lu est « .doc », produit par Word. Les nouvelles versions de ce logiciel produisent par défaut un « .docX » qui n’est pas lu par les vieilles versions de Word ou d’autres logiciels de traitement de texte. Le plus universel sera de proposer des textes en «  .txt » ou en « .rtf » mais je crains que vous ne pleuriez au vu de votre belle mise en page qui saute. Choisissez donc le « .doc », lu par quasi tous (mais pas forcément les ordiphones).
Note. Pour choisir le format de vos textes, dans votre traitement de texte, au moment de l’enregistrement, cherchez le menu déroulant « Type de fichier » ; vous verrez ; le choix est grand ! Vous pouvez aussi faire un réglage par défaut pour le format qui vous va bien, votre ordinateur n’étant pas là pour vous dicter une conduite mais pour obéir à vos besoins et souhaits.
Pour les documents comprenant des images, ou que l’on ne souhaite pas qu’elles soient modifiées ou copiées-volées par le destinataire, on utilise le plus souvent le pdf même si d’autres solutions, forcément plus complexes, existent. Je vous invite à zoomer un document pdf afin que vous compreniez pourquoi ce n’est pas un format pratique pour un déficient visuel ; le texte grossit, grossit, grossit… mais les lignes dépassent très vite la largeur de l’écran et un balayage horizontal est nécessaire à la lecture ; nausée garantie au-delà de vingt lignes. En voici l’illustration.
Ce sont les fichiers ePub qui permettent que les lignes s’ajustent en même temps que le grossissement, avec choix par l’utilisateur des polices, fonds, hauteur de lignes, marges, espacement des caractères… Juste le bonheur… du moins je le croyais jusqu’au 21 août 2019, date à laquelle j’ai découvert que la bibliothèque numérique de la Ville de Paris exige désormais que l’on utilise une appli qui bride le grossissement des caractères sous IOS. C’est la première fois que je constate une « mise en inaccessibilité » de quelque chose qui est par nature accessible, me privant ainsi de l’accès à la lecture que j’avais jusqu’alors. Ce n’est pas rien. Je vous colle ci-dessous un ePub maison à bonne grosseur (à gauche) et un ePub de la bibliothèque numérique de la Ville au grossissement maximum (à droite).
Cy Jung — ePub zoomJ’ai eu de longs échanges sur Twitter avec les protagonistes de cette mise en inaccessibilité. Le verdict est sans appel : je n’ai qu’à utiliser un lecteur sonore. Les mots me manquent un peu pour dire mon indignation, mon sentiment d’être méprisée au plus haut degré. J’ai décidé de porter l’affaire auprès de la direction des Affaires culturelles de la Ville, l’accessibilité étant un droit opposable. Ma coupe est pleine. S’il faut un juge pour que je puisse accéder à un fichier accessible, il y aura.

Je signale que des moulinettes permettent de fabriquer les ePub, voire certains logiciels de traitement de texte dans les menus « Exporter ». Enfin, sachez qu’il existe un moyen de créer des pdf lisibles par les machines à lire. L’AVH vous explique tout ici.

5 — Les applis mobiles

Beaucoup d’applis mobiles ne sont pas lisibles. Elles utilisent des chartes graphiques qui prennent le pas sur l’accessibilité notamment des petites polices qui se réduisent encore au fur et à mesure que les résolutions des écrans augmentent (c’est mathématique ; je travaille d’ailleurs sur mon ordinateur en basse résolution pour gagner en grosseur sur tous les affichages non paramétrables). La plupart du temps, elles ne permettent pas non plus à l’utilisateur d’effectuer des réglages personnels. Quant à celles qui utilisent des cartes interactives… J’en pleure.
Pour les cartes, voici ce que cela donne pour Extrema, l’appli fraîcheur de la Ville de Paris. Je l’ai mise en taille réelle.
Cy Jung — Externa Cy Jung — DMRMême au zoom, je n’ai pu lire la page d’accueil, j’ai dû la vocaliser et ai eu beaucoup de peine à cocher mon adhésion aux conditions générales d’utilisation. Quant à la carte, elle regorge de couleurs et j’avoue que les pictogrammes ne me parlent pas. Mais c’est loin d’être la pire appli que j’utilise. Je vous recommande par exemple l’appli Dans ma rue (ci-contre) dont j’ai appris par chœur la nomenclature pour pouvoir signaler des incivilités et que je vocalise si besoin. Je l’ai signalé bien sûr. La refonte de l’appli au printemps 2019 n’a pas pris en compte mes remarques.
En pire de pire, l’appli Too good to go, qui permet de récupérer des invendus. Le mode carte est inutilisable (la vocalisation ne fonctionne pas sur une image). Quant à l’affichage en forme de liste… Je n’y lis rien. Je suis obligée de chercher ce qui m’intéresse sur la tablette en ouvrant une session, puis la fermer pour pouvoir utiliser l’appli de l’ordiphone, l’appli ne supportant pas deux sessions simultanées sur deux appareils différents. Les concepteurs ont bien sûr été insensibles à mes arguments, prouvant là que leur discours écolo est commercial et non politique, la révolution écologique ne pouvant être qu’inclusive, la discrimination étant le propre du libéralisme.
Cy Jung — TGTG Cy Jung — Taille polices IOSJe ne sais rien des aspects techniques de la configuration des applis. Je remarque simplement que certaines s’adaptent d’emblée aux paramètres d’accessibilité « Polices plus grandes » de l’iPhone (ci-contre), ce que d’autres ne font pas. Je signale au passage que ces paramètres d’accessibilité peuvent être utiles à tous, les yeux des valides sont parfois fatigués et les protéger par un peu de lisibilité est bon pour leur santé.
L’appli RATP s’y est mise en juillet 2019. La taille des caractères est proportionnelle à la taille définie dans l’IOS ; si vous utilisez la fonction « Polices plus grandes », ce ne sera pas forcément aussi gros, c’est à vous de placer le curseur. Je ne résiste pas au plaisir de vous afficher quelques écrans en taille réelle. Vous pouvez ainsi comparer aux autres écrans que j’ai reproduits.
Cy Jung — RTAP
L’adaptation des applis est donc possible. Je ne comprends pas que les infographistes, notamment ceux de la Ville de Paris que j’ai maintes fois alertés, ignorent cette question. Dois-je suggérer à Apple de refuser d’homologuer les applis qui ne s’adaptent pas ? C’est tentant.
D’autres applis choisissent d’utiliser les paramètres utilisateurs pour permettre le grossissement des polices. Cela marche plus ou moins bien. Twitter, par exemple, propose un outil de gestion de la taille des caractères dans les préférences de compte (ci-dessous). Cela grossit tous les caractères mais ceux du fil d’actualité restent petits pour moi alors que l’affichage des microbillets est plus lisible. Un effet des choix de design, sans doute.
Cy Jung — Appli TwPour plus de confort, ou par nécessité, quand c’est possible, je fais le choix d’utiliser mon navigateur que je peux zoomer à deux doigts. Ou j’utilise le zoom écran. Ou la vocalisation… C’est à se demander pourquoi j’utilise encore certaines applis de commerçants comme Too good too go. Pour les applis de mobilité, je n’ai pas le choix. N’est-ce pas la SNCF, ADP ou Air France ?

Cy Jung — VocalisationNote. Sur iPad et iPhone, on peut activer la fonction « Énoncer la sélection » ou « Énoncer le contenu de l’écran » (Général => accessibilité => Parole). Je préfère la seconde car il est délicat de sélectionner quand le texte est petit. Pour la fonction « Énoncer le contenu de l’écran », il suffit ensuite de balayer de haut en bas avec deux doigts l’écran et un petit lecteur apparaît. Son usage est aisé, et sa lisibilité absolue, ce d’autant qu’il se déclenche à l’ouverture. Cela ne marche bien sûr pas sur les images.
N’oubliez pas de régler le débit de voix (plus bas sur le même écran) et même la voix que vous préférez ; quand on n’a pas l’habitude, un débit trop rapide se révèle incompréhensible.

6 — Ressources et aides à la lecture

Je vous en propose deux, majeures.
* Wikipedia dispose d’un article bien foutu qui vous dit l’essentiel sur l’accessibilité du Web, ici.
* Vous pouvez le compléter avec ce court article du Webzine Okeenea, qui résume bien les choses avec quelques ressources, .
* L’AVH, qui sait franchement de quoi elle parle même si elle est plus orientée cécité que basse vision, énonce les choses très clairement, de manière moins caustique et parfois différente de moi. Une référence, lala.

Petit bonus à l’intention des lecteurs basse vision et des valides aux yeux fatigués

Peu d’utilisateurs du Net savent qu’il existe un mode liseuse par défaut sur Safari et Firefox (ou Waterfox pour les nostalgiques de certains outils de programmation], avec une moulinette en téléchargement pour Chrome, qui permet de lire les textes des articles (et non des pages sommaires) des sites sans formatage avec le choix de la couleur du fond, la taille et le type de polices. Cela fonctionne sur les ordinateurs, les tablettes, les ordiphones. L’outil se trouve en général dans la barre d’adresse sous forme d’un pictogramme de trois ou quatre petites lignes superposées comme pour figurer un texte. Voici pour Safari (partie haute de l’image) et Firefox (partie basse de l’image).
Cy Jung — Pictogrames mode liseuseEt le résultat. Le grossissement est ici maximal, comme mes yeux l’exigent. C’est une copie d’écran plein écran de mon 27 pouces que je lis à 30 centimètres, toujours pour vous familiariser avec ma vue.
Cy Jung — Mode liseuseLes paramètres utilisateurs se rentrent de différentes manières. Ci-dessous pour Firefox.
Cy Jung — Liseuse paramètresJ’ignore comment les créateurs de site activent cette option mais elle est par défaut sur la plupart des CMS. J’ai remarqué que certains sites média l’ignorent, c’est bien dommage.

Il est également possible de faciliter sa propre lecture en affichant les sites en mode « aucun style » ou « sans formatage » ; cela se trouve dans le menu « Affichage » de votre navigateur. Cela peut se révéler pratique pour les sites qui regorgent de couleurs, de bidules qui clignotent et de fioritures.

Je rappelle enfin qu’une lecture s’effectue de gauche à droite. En général les infographistes ont cela inscrit dans leur schéma cognitif (sans même le savoir) et codent en conséquence. Si vous abordez une page par une lecture circulaire, notamment sur les sites marchands, vous ne trouverez rien de ce que vous cherchez. Ne nous en plaignons pas finalement ; arrêter de consommer à tout va sauvera la planète !

J’espère que je vous aurai donné envie d’avoir une communication numérique qui n’exclut pas d’emblée les déficients visuels. Ne le faites surtout pas par devoir ; faites-le pour témoigner de votre envie de partager votre vision du monde.
Si vous avez envie de réagir à cet article, c’est ici, ou sur Facebook , Twitter lala.

Information publiée le jeudi 29 août 2019.

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