LexCy(que)

Ni… ni



Cy Jung — LexCy(que) : Ni… ni

Ma phrase [*] : « Ni sa lecture ni son petit-déjeuner ne m’inspirent. »

Je suis toujours embêtée avec «  ni… ni… », ne sachant ni s’il faut des virgules ni comment s’accorde le verbe à suivre au point que parfois, flemmarde, je change ma formulation pour ne pas être obligée de rechercher la règle. Je la pose donc ici avec, comme d’habitude, l’espoir de m’en souvenir.

Je me tourne directement vers le Grevisse.

* L’accord du verbe avec deux sujets reliés par « ni ».
Le principe de base [§450] est que la conjonction « ni » suppose un accord au pluriel mais Grevisse convient que, pour certains auteurs, cela « correspondra mal à la notion de pluriel ». Nous sommes ici dans le cas où « ni » n’est pas répété et je ne vous propose aucun exemple car je ne trouve pas trace dans mes romans de cette conjonction utilisée dans cette configuration.

* L’accord du verbe avec deux sujets introduit chacun par « ni ».
L’article 1085 du Grevisse énonce toutes les règles de construction avec réplétion de la conjonction de coordination. Je n’y trouve pas simplement énoncé ce qui m’intéresse : l’accord du verbe. Par contre les exemples foisonnent où le verbe est au pluriel et comme il est dit que le « ni » n’est pas forcément répété, je conclus que l’on en revient au premier point où le pluriel vaut.

Cy Jung — Bulletin rose* L’accord du verbe avec « ni l’un ni l’autre » en sujet.
Le Grevisse (§445b) dit le singulier plus fréquent mais signale largement le pluriel. J’ai retrouvé cette phrase dans Bulletin rose (2006) p. 109 : « Mais ni l’une, ni l’autre n’avait, en sa présence, évoqué le sujet, se contentant de parler des comptes de campagne, de l’avenir politique de la secrétaire d’État dans la circonscription de Berge-au-Loup, de cheval et d’institutions communautaires.  » L’accord au singulier serait donc bon, par contre, les virgules ne devraient pas y être.
Je maintiens le singulier en tout cas dans Piste rose [**], avec cette phrase : « L’audace fut récompensée d’une sorte de cri que ni l’une ni l’autre n’avait jamais entendu. »

J’en viens ainsi à ma deuxième question : faut-il mettre des virgules ?
À l’évidence de tout ce que je viens de lire sur « ni », la réponse et clairement non. Le Grevisse l’indique pour « ni… ni » (§125), ainsi que lorsque le premier ni n’y est pas. En recherchant dans mes romans les exemples pour ce qui précède, je ne compte pas les fois où j’ai mis cette virgule… Je vais donc opérer une changement d’usage et tenter le « ni » sans virgule ce qui serait cohérent avec mon usage de « mais » et « car » sans virgule également ! L’avenir dira si je m’y fais.

Et par précaution, je demande son avis à Pascale (qui en profite pour tester la version en ligne du Grevisse) ; mon intuition me dit que je n’ai pas fait le tour de la question.

Note : Et je m’en vais enlever la virgule et mettre le pluriel sur l’article « Crotte de nez » de ce LexCy(que) où j’avais écrit : « Ni « mickey », ni « moko » ne va à ma phrase… Je cherche encore. »

La réponse de Pascale.

Tu as bien fait de me faire enregistrer chez Grevisse ! Je suis donc allée immédiatement tester la chose à propos de la virgule entre les « ni ».
Je ne sais pas où tu as trouvé ta règle, mais voici ce que je lis [§125 C1] : « La virgule sépare d’habitude les éléments coordonnés quand ils sont au nombre de trois au moins et que la conjonction et, ou, ni est utilisée devant plusieurs éléments : (…) Enfin ni toi, ni ton oncle, ni Alissa n’aurez à vous sentir gênés (Gide, Porte étroite, II). »
Donc, ils appliquent bien la règle que j’ai toujours cru connaître, jusqu’à ce que tu me fasses douter : dès qu’il y a plus de deux « et », « ni », ou « ou », la virgule s’impose, moins de trois, pas la peine. Quant à ton histoire de logique avec la virgule que tu omets devant « mais » et « car », elle n’est pas spécialement logique, car « ni », « ou » et « et » ne jouent pas tout à fait les mêmes fonctions dans une phrase que « car » ou « mais »…

Maintenant, pour l’accord du verbe dans le cas de plusieurs « ni », la règle grammaticale est de mettre au pluriel, mais il peut arriver que le sens demande plus naturellement un singulier. En tout cas, voici ce qu’en dit Grevisse [§441] : « Règle générale : Lorsque le donneur d’accord est constitué d’éléments coordonnés, la règle générale est d’accorder avec l’ensemble des donneurs, c’est-à-dire que le receveur se met au pluriel même si chacun des éléments coordonnés est au singulier. (…) Jamais ni les halliers, ni le taillis, ni la futaie n’avaient pépié et sifflé de cette manière (B. Clavel, Marie Bon Pain, p. 326). — Voir cependant § 450. »
La règle générale est bien le pluriel. Après, ce que l’on en fait est une autre histoire.

La conclusion de Cy Jung.

Cy Jung — Piste rosePour la virgule, j’avais trouvé ma règle dans le §125C4, sans remonter jusqu’au C1, vu que je ne m’intéressais a priori qu’au cas de deux « ni » qui se suivent. À ma décharge, j’arguerai des soucis de navigation sur le site de Grevisse qui me font souvent aller au plus court. Voici donc la règle en entier, avec deux ou trois « ni », voire un seul.
Je trouve cet exemple dans le texte sur lequel je travaille [**] pour illustrer la pluralité des « ni » : « Elle n’y mettait pas de mauvaise volonté mais ni la séance d’étirements et de massage, ni l’adrénaline de la course de côte, ni la douche très chaude qui s’en était suivie, ni la tartiflette salade savourée au restaurant de l’Étoile des neiges, ni un dernier verre au Piste rose, le bar gay de la station, avec Francine et Dene — où elles avaient d’ailleurs croisée Stéphanie, seule, ce qui leur avait enfin, et peut-être hâtivement, permis de conclure à son célibat — avant une longue et bonne nuit de sommeil n’avaient eu raison de ses courbatures. » Les virgules sont à l’évidence indispensables !

Quant à l’accord du verbe, je n’avais pas trouvé le paragraphe cité par Pascale. Et j’avoue que je n’en comprends pas bien les termes même si j’en comprends la conclusion. Je note que finalement, on arrive au même résultat que celui résumé dans le §450.
Me voilà donc définitivement fixée sur ces deux points. Chouette !


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[*Phrase extraite de Je ne saurais jamais si elle était jolie, manuscrit, V5, mai 2009.

[**Piste rose, manuscrit, V1, août 2009


Information publiée le vendredi 11 septembre 2009.

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