LexCy(que)

Ponctuation



Cy Jung — LexCy(que) : Ponctuation.

Ma phrase [*] : Et ne sois pas surprise que j’aie été fâchée avec le désir  ; l’écriture, cela fonctionne bien comme palliatif !

* Développement initial du 16 août 2009.
* Addenda du 10 janvier 2016 : Majuscule après un point, exceptions.

Développement initial du 16 août 2009

Dans sa réponse au mail comportant cette phrase, Véronique Bréger m’interroge sur l’usage que je fais du point-virgule, ajoutant : « J’ai un problème personnel avec la virgule et je dois être fâchée avec le point-virgule. (…) J’ai lu plein de trucs à son sujet, mais je dois avouer que je n’ai rien retenu. »
Voilà l’occasion rêvée de parler ponctuation, un sujet délicat s’il en est car, s’il existe à l’évidence des règles, le jeu sur la ponctuation constitue aussi un élément essentiel du style d’un auteur. J’ai déjà évoqué dans ce LexCy(que) mon refus obstiné et non argumenté de mettre une virgule devant « mais » et mes soucis avec « ni » ; je n’en mets pas non plus devant « car » comme me le suggère à chaque fois Antidote.
En réponse à Véronique Bréger, voici donc un petit récapitulatif de l’usage de la ponctuation basé principalement sur les Règles typographiques en usage à l’imprimerie nationale.

* Le point
* Le point d’interrogation
* Le point d’exclamation
* La virgule
* Le point-virgule
* Les deux-points


Cy Jung — Once upon a poulette* Le point termine une phrase, ainsi que les trois points. Entre parenthèses « (…) », ces derniers indiquent une rupture dans une citation.
Exemple : « Elle se souvient de Go Fish, une fille, dans un bus… Elle sourit. » (Once upon a poulette, 1998, p.1)
Note : Les trois points ou points de suspension sont un caractère unique (sur PC ou Mac Alt+.).


* Le point d’interrogation termine une phrase interrogative.
Exemple : « Pourquoi les aurait-on crus ? Pourquoi les 78,58 % d’abstentionnistes, ces blasés des isoloirs, auraient-ils renoncé à leurs velléités protestataires au point de se compromettre avec les défenseurs de la République ? Qu’auraient-ils pu craindre de cet homme à l’allure très ordinaire, à la poignée de main affable et à la parole facile et tellement rassurante ? » (Hétéro par-ci, homo par le rat, 1999, p. 15)


Cy Jung — Carton rose* Le point d’exclamation termine une phrase exclamative. Il est également partie intégrale des interjections.
Exemple : « Ah ! cette voix. Annick s’était liquéfiée. » (Carton rose, 2003, p.98).


* La virgule… sert à beaucoup de choses et les livres de grammaire vous en feront le détail mieux que moi. Par contre, comme c’est Véronique Bréger qui inspire cet article, je pioche dans ses romans des virgules que je n’aurais pas mises, ou mises ailleurs, considérant, bien sûr, que je ne donne là que mon appréciation personnelle, souvent très intuitive en la matière. Les arguments que j’utilise en attesteront : ma subjectivité est totale.

Cy Jung — Véronique Bréger : À titre provisoire« Elle décida qu’après sa déposition, elle appellerait SFR. » (À titre provisoire, 2007, p. 22).
Je n’aurais pas mis de virgule car à en mettre une, il me semble qu’il en fallait deux puisque le complément de temps « après sa déposition » vient s’interposer dans la proposition principale. Avec virgule, cela donnerait ceci : « Elle décida que, après sa déposition, elle appellerait SFR. » C’est plus clair si je change ce « après » qui nécessite l’élision du « e » : « Elle décida que, sa déposition faite, elle appellerait SFR. »

« L’escalier en colimaçon faillit ne pas les conduire jusqu’à bon port, tant la pression du désir montait crescendo. » (À titre provisoire, 2007, p. 66).
Ici, je n’aurais pas mis de virgule sur l’argument que ce « tant » est intimement lié à ce qui précède (il est l’argument essentiel et remplace un « parce que » qui lui n’aurait pas requis de virgule) et la phrase est suffisamment courte pour ne pas réclamer de respiration.

Cy Jung — Véronique Bréger : Kilomètre 24« Un bruit de torrent emplit l’espace, et les remous bouillonnants transformèrent l’écume en un diffuseur d’oxygène humaine. » (Kilomètre 24, 2005, p.72).
Il est généralement admis que l’on ne met pas de virgule devant les conjonctions de coordination à l’exception de « car » et « mais », ce que je ne fais d’ailleurs pas !
Par contre, page 130 « Tu es nulle, et le mot est faible ! » ; là, la virgule me semble justifiée car, en mettant en apposition la deuxième partie de la phrase, elle donne une impulsion, accentue la force du commentaire. Cette deuxième phrase introduite par « et » est bien un commentaire, pas une proposition équivalente simplement coordonnée. Ceci explique sans doute cela.

« La conversation dura six barrettes du nouveau mobile de Camille qui avait une autonomie de trois heures, et si elle n’avait pas eu à se lever aux aurores pour prendre l’avion, le dernier carré y serait passé. » (Kilomètre 24, 2005, p. 152).
Ici, la virgule me paraît mal placée. Elle devrait encadrer la complétive « si elle n’avait pas eu à se lever aux aurores pour prendre l’avion » et donc se situer derrière le « et » et non devant. Ce déplacement est fréquent, et il n’est pas rare que spontanément je le fasse aussi. J’imagine donc qu’on peut le considérer comme un effet de style, à condition de le faire en toute connaissance de cause.


* Le point-virgule, disent les Règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale « s’emploie pour séparer dans une phrase les parties dont une au moins est déjà subdivisée par la virgule, ou pour séparer des propositions de même nature qui ont une certaine étendue. »
Note : Je n’aurais pas mis de virgule devant « ou » !

Je ne suis pas certaine que cela réponde à la question de Véronique Bréger ce d’autant que je n’emploie pas forcément le point-virgule dans ce contexte. Je l’utilise en général dans deux cas de figure : le premier, dans les énumérations, après deux points (comme je le fais ici) ; le second comme « lien logique » qui me permet d’éviter l’utilisation d’un adverbe ou d’une conjonction.
Je reviens à ma phrase d’origine : « Et ne sois pas surprise que j’aie été fâchée avec le désir ; l’écriture, cela fonctionne bien comme palliatif ! » Je suis ici à la fois dans le cas évoqué par Les Règles typographiques puisque ma deuxième proposition comporte « l’écriture » en apposition avec virgule. J’aurais pu, par contre, faire deux phrases ou remplacer ce point-virgule par un « parce que ». Tout bien réfléchi, c’est vraiment dans le cas de ce lien logique que j’aime utiliser le point-virgule.

Cy Jung — Un roman d'amour, enfinVoyons ce que cela donne dans les premières pages de Un roman d’amour, enfin (2008) :
p. 1 : « La passion m’a privée d’amour ; sa perte m’a jetée au fond. » Le point-virgule me permet ici d’établir un lien logique sans véritablement préciser sa nature : les deux propositions sont-elles équivalentes ou sont-elles reliées par un lien de causalité ? J’aime l’idée de laisser chacun trancher la question.
p. 2 : « Transporte-moi le long de ce boulevard, le soleil en point de mire, les pieds qui se posent en alternance sans qu’on ne leur demande de faire autre chose que d’assurer un pas ; puis l’autre. » Le point-virgule me permet de mettre en apposition (donc souligner) « puis l’autre » dans une phrase riche en virgules.
« Elle rince dans la flaque et grogne à grand renfort de propos convenus sur ces chiens que l’on devrait interdire, taxer ; exterminer ? » Ici, le point-virgule me permet d’introduire une proposition interrogative à la fin d’une phrase qui ne l’est pas tout en induisant un lien logique de type « donc ».
« La promenade est encore aux lignes droites ; nous traversons au feu et prenons l’avenue en face. » Aurais-je dû plutôt faire deux phrases ? Oui, sans doute.
Et je me rends compte que j’en utilise beaucoup, des points-virgules ! Trop ?
Les Règles typographiques précisent « On doit éviter d’en faire un emploi excessif et notamment de l’utiliser là où il faudrait une virgule ou un point. » Bigre ! page 3 : « Elle est moins frileuse que moi ; elle ne s’est jamais plainte d’être fatiguée ; elle est solide ; elle est robuste ; je ne suis pas le contraire ; j’aime en donner l’illusion. » Il va peut-être falloir que je fasse attention !


Cy Jung — Véronique Bréger : Open Space* Les deux-points introduisent une explication, une citation ou un discours.
Chacun en à l’habitude mais j’y ajoute cette forme particulière d’énumération que j’aime bien où les points-virgules succèdent aux deux-points, en transformant un passage de Open space (2009), de Véronique Bréger.
L’original (p. 49) : « Je fermai la fenêtre et me concentrai sur le repas du soir. Coup d’œil dans le réfrigérateur. Saumon fumé. Poulet froid. Il manquait la mayonnaise. »
J’aurais écrit : « Je fermai la fenêtre et me concentrai sur le repas du soir : coup d’œil dans le réfrigérateur ; saumon fumé ; poulet froid. Il manquait la mayonnaise. »

Pour un autre point de vue par l’exemple sur l’emploi des virgules, je vous renvoie à l’article « Virguleuses, virguleurs » de Langue sauce piquante, le blog des correcteurs (web) du Monde.fr.

Addenda du 10 janvier 2016 : Majuscule après un point, exceptions.

Je verse ici deux citations de Victor Hugo rempruntées à cet autre article du LexCy(que), ici.

« – Ah çà ! pourquoi ? s’écria M. Madeleine. Quel est ce galimatias ? qu’est-ce que cela veut dire ? où y a-t-il un acte coupable commis contre moi par vous ? qu’est-ce que vous m’avez fait ? quels torts avez-vous envers moi ? » [**]
« Mais, vieux, être tutoyé par le premier venu, être fouillé par le garde-chiourme, recevoir le coup de bâton de l’argousin ! avoir les pieds nus dans des souliers ferrés ! tendre matin et soir sa jambe au marteau du rondier qui visite la manille ! subir la curiosité des étrangers auxquels on dirait : Celui-là, c’est le fameux Jean Valjean, qui a été maire à Montreuil-sur-mer ! » [***]

J’y ai remarqué que certaines phrases ne commencent pas par une majuscule en dépit de la présence de points d’interrogation la première fois, de points d’exclamation la seconde, comme si la succession des propositions ne faisait qu’une seule phrase, les points d’interrogation et d’exclamations agissant un peu comme des virgules. C’est parfois tentant d’écrire ainsi dans le même genre de contexte interrogatif ou exclamatif. Et puisque, par exemple, les points d’exclamation autorisent dans leur utilisation avec une interjection de ne pas être suivi d’une majuscule, n’existe-t-il pas des exceptions avec les points d’interrogation et les points d’exclamation hors interjection ?

Grevisse me donne très vite la réponse : [§98c], « Majuscule quelle que soit la nature du mot », « c) Après un point ».
Je le cite, n’ayant pas grand-chose à ajouter.
« (…) le point d’interrogation, le point d’exclamation, les points de suspension ne sont pas suivis d’une majuscule lorsque ces signes sont utilisés à l’intérieur d’une phrase. (…) Il arrive aussi que le point d’exclamation, parfois les points de suspension soient suivis d’une minuscule alors qu’ils paraissent marquer la fin d’une phrase. C’est que l’auteur leur donne valeur d’un point virgule (ou d’un double point) ou même d’une virgule. »
Je conclus juste en indiquant qu’il s’agit donc d’un choix d’auteur que je ne vais pas manquer d’utiliser, comme l’a fait spontanément Petit Koala dans un billet récent en Hétéronomie : « C’est l’âge ? l’usure ? le truc sur l’quotidien qui lasse et tout ça ? » [****] Ah ! Petit Koala. Cela ne m’étonne pas qu’il ait lu Hugo ; il a tellement de style !


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[*Correspondance privée avec Véronique Bréger, 22 juillet 2009. Si vous aussi vous voulez écrire à Véronique Bréger, n’hésitez pas !

[**Victor Hugo, Les Misérables, Chapitre II - Comment Jean peut devenir Champ.

[***Victor Hugo, ‘Les Misérables, Chapitre III - Une tempête sous un crâne.

[****« Cuisine @22 », La vie en Hétéronomie, 6 janvier 2016.


Information publiée le dimanche 16 août 2009.

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