Exercices

Nouvelle — Cosette (V-01)



Cy Jung — Nouvelle — Cosette (V-01)

Dans le cadre de mes Exercices (de style), je vous ai déjà proposé plusieurs nouvelles à partir du vocabulaire de Marcel Proust et Victor Hugo, ainsi que deux variations sur Vernon Subutex de Virginie Despentes. Tout est ici.


Petit rappel liminaire

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Dans la même veine, j’avais à mon programme l’écriture d’un texte court à partir des mots que j’ai relevés de ma lecture du tome 2 des Misérables, de Victor Hugo, et le confinement est arrivé… J’ai donc lancé une « Invitation à l’écriture » () afin de partager cet exercice avec celles et ceux qui auraient envie d’écrire. J’ai reçu quatre textes que je publie ci-dessous.
Un grand merci à leurs auteurs ! À bientôt pour de nouvelles aventures d’écriture !

Les mots de Victor Hugo

Avec scandale. Biffer. Biscayen. Buffleterie. Cippe sépulcral. Colback à flamme. Discipline. Dolman. Écheniller. Éclopé. Empointure. Fricot. Gabier. Galetas. Gargotier. Giberne à grenade. Goule. Grand hunier. Guimpe. Haridelle. Jambage. Linéament. Melonnière. Mères vocales. Monachisme. Pêle-mêle. Poissarde. Poulaine. Profes. Quibus. Rabrouer. Railway. Robe de serge. Sabord. Sabretach. Shako. Statue en bois de sainte Anne. Tabellion. Tourier. Vaigrage.Vivandier.

Note. Isabelle me signale que j’ai oublié trois mots dans la liste que j’ai communiquée : « Chevau-légers hanovriens », « De résumé » et « Ç’a été ». Ils sont dans certains textes, pas dans d’autres selon à quelle liste chacun s’est référé.

Texte de Michèle Chazeuil
Texte de La bande des Mouton
Texte de Sabine Martini Blanc
Texte de Johnny
Texte de Cy Jung

Se forger un art de vivre par temps de catastrophe...

(titre inspiré de Camus)

Shako biffa d’un trait sa buffleterie, échenilla les dernières économies d’un éclopé, mit pèle-mêle : biscayen, dolman, giberne à grenade,... dans sa sabretache, et quitta son galetas de gargottier, avec scandale.
Enfourchant son haridelle, il se précipita chez les mères vocales, poissardes notoires. Oh ce n’était pas pour leur demander conseil — dans la situation présente, elles n’avaient pas droit au chapitre — mais pour goûter, encore une fois, avant de s’enterrer dans un certain monachisme, à son droit de jambage avec sa « poulaine ».
Il la trouva étonnamment élégante : elle avait glissé une guimpe en dentelles sous sa robe de serge. Ses empointures saillissaient avec une certaine insolence sous la guipure. Heureux Shako ! En hommage à sa poulaine, son colbac à flamme s’érigea comme une cippe sépulcrale ! Linéament, il l’entraîna derrière la melonnière. Quant à nous, pudiquement... retournons à notre texte !
Lorsque le temps fut venu de continuer le chemin pour échapper au conard-ô-virus, discipline liée au confinement oblige, il frotta une dernière fois sa goule au vaigrage de sa poulaine devenue rigide comme une statue en bois de sainte Anne. Elle n’aimait pas le voir partir son gabier ! Elle glissa un maigre fricot dans sa poche, et le rabroua amoureusement.
Lui, fier comme un tabellion, hissa fièrement le grand hunier, arborant un sourire de sabord.
Se dirigeant vers le Railway, il allait utiliser son Quibus pour faire Profès de vivandier

Michèle Chazeuil, 08-04-2020, 23h40.

Petit Mouton prit son courage à quatre pattes. La goule terrorisait copaiiiiins et copaiiiines. Il tria le matériel du bout des onglons. Du pêle-mêle, il rejeta le sabretach et la buffleterie en cuir comme le shako à plumes. Il prit le dolman en coton et la colback en flamme en lin qu’il s’attacha autour du front. Copain Mouton fit de même. Ils ressemblaient à des chevau-légers hanovriens.
Au cimetière, ils se cachèrent derrière un cippe sépulcral d’où ils virent la terreur du moment. Elle était comme un linéament dans l’aurore. L’affreuse jouait les mères vocales en hurlant sa douleur dans le vent, une vraie haridelle éclopée. Quelle poissarde de s’être pris une statue de bois de Sainte-Anne ! Déjà qu’une poulaine lui avait, avec scandale, déchiré sa robe de serge. Une histoire de vaigrage ayant bloqué un sabord. Les Mouton ne comprenaient pas trop, n’ayant pas les pattes marines.
Les Mouton étaient vaillants comme des gabiers. Mais quand un vivandier vint, ils se restaurèrent. C’était meilleur que le gargotier et son fricot peu ragoûtant. Ils dégustèrent un repas issu d’une melonnière préparé par de bons touriers, avec un biscayen en dessert.
Petit Mouton admirait les jambages des stèles funéraires, ému devant ces vies biffées : profès dont la vie n’était que discipline, fervents du monachisme, tabellions…
Rassasiés, les Moutons sortirent un cadeau de leur giberne à grenade, bien sûr sans arme. Courageux comme le marin prenant l’empointure du grand humier, ils donnèrent à la goule un quibus sans se faire rabrouer. Elle adora cette guimpe pour se protéger du soleil. Elle devrait moins souffrir et ne plus faire peur aux copaiiiiines et copaiiiiins.
Ils prirent contents le railway pour leur galetas et l’écheniller. De résumé, ç’a été une belle journée !

La bande des Mouton

Il courait dans la venelle ou s’entassaient pèle-mêle, éclopés et goules vendant leurs charmes. Haletant, il s’appuya au jambage branlant d’un galetas et jeta un œil inquiet derrière lui. Un hussard, habillé d’un dolman et coiffé d’un colback à flamme, dénotait dans ce quartier du sud du railway. Monté sur une haridelle grise chargée d’une giberne à grenades, il rabrouait une poissarde qui traversait la route, sa guimpe de travers sur son décolleté. Le soldat dégaina son biscayen, attaché à sa buffleterie, pour se faire obéir. Le fuyard en profita pour semer son poursuivant et rejoindre le monastère. Un père tourier habillé d’une robe de serge le fit patienter. Une cippe sépulcral, surmontée d’une statue en bois de sainte Anne invitait à la prière. Lorsque le père profès, rompu à la vie monachisme l’invita à confesse, le déserteur s’agenouilla et reconnu avoir volé un vivandier en cachant son quibus dans son shako et son sabretach. Un groupe de pères, pareil aux Mères vocales, l’enjoignit à racheter sa faute.
Avec scandale, il était biffer de l’armé par un tabellion et condamné à la prison.
Il n’avait qu’une seule échappatoire.
Le navire « Le Salut » présentait son linéament de chêne sur l’eau de la rade. Le capitaine rit en disant : « Voilà la nouvelle melonnière qui calfatera les vaigrages, briquera les sabords et pissera aux poulaines ! De la discipline les gars et vous aurez droit au fricot du gargotier ! Gabiers du grand hunier, à vos empointures ! Larguez les amarres ! »

Sabine Martini Blanc

Johnny a lu 1500 mots et non 1500 signes ; cela explique que son texte soit très long mais ce n’était pas une raison suffisante pour ne pas le publier avec les autres.

Voyage au Japon - Escale à Hiroshima : visite de l’île Miyajima

L’escalier mécanique dernier cri de la gare d’Hiroshima me dépose devant une locomotive grise qui porte l’inscription « Miyajima Railway ». L’anachronisme du train : les sièges en cuir, les fenêtres étroites et les portes métalliques me font redouter un trajet étouffant. Je monte dans la rame la moins pleine. Je trouve une place assise, confortablement installé au milieu de deux familles, je suis bercé par leurs récits comptés sous forme de résumé dans un anglais partiel, j’en profite pour déguster un mochi pâtissier travaillé avec passion par un maître tourier japonais. Des sifflets chantent de toutes parts, la sonnerie de la fermeture des portes rompt les conversations et annonce le départ.
Les stations s’enchaînent et mon angoisse de rater la mienne augmente. Enfin, nous voilà arrivés à Miyajimaguchi. Quelques minutes après, j’embarque sur le Ferry et me dirige vers la pointe du bateau, je ferme les yeux, sens le vent qui frappe mon visage, - il manque un mot- l’odeur salée de la Mer, des Bulbul à oreillons bruns m’accueillent avec un chant mélodieux, des oiseaux à la crête tels un shako militaire survolent l’eau avec grâce. Je m’imagine Capitaine, l’attention concentrée sur le linéament où s’éveille un soleil crépusculaire dans un ciel bleu immaculé. Équipé d’un dolman à colback et de sa flamme au drapeau tricolore. Une statue en bois de Saint-Anne trône devant moi, fière et percée par un biscayen. J’entends le gabier qui sermonne ses hommes en criant :« Hisser les voiles, mille millions de mille sabords ! »
Un flot de touristes qui tambourine le sol comme des « chevaux légers Hanovriens » interrompt soudainement mes rêveries. La précipitation de leurs gestes exacerbe le bruit intempestif des cliquettements de sabretaches, buffleteries et autres gibernes où sortent pêle-mêle téléphones portables, Polaroïds ou encore appareils photos numériques. Après la tempête photographique, les vacanciers accourent se réfugier dans le calme des poulaines où les remous de la mer de Seito ne les perturbent plus. Je reste à l’empointure du navire pour contempler la Baie d’Hiroshima, à imaginer que derrière cet horizon impénétrable se trouve mes proches, mes amis, mes repères alors que je suis au cœur de ma passion au Japon, le judo. Quelques minutes de traversée plus tard, mon regard croise le célèbre Torii rouge, porte d’entrée du sanctuaire Shintoïste d’Itsukushima.
Surpris par l’accotement du Ferry, les passagers descendent en ordre dispersé à la rencontre de vivandiers et autres gargotiers qui tiennent des échoppes dans lesquelles les touristes s’offrent pour quelques quibus des fricots, fritures locales, plats hors de prix ou encore souvenirs plastiques. À contresens des touristes, je m’empresse d’embrasser la Mer par un plongeon sincère sous le regard incrédule voire scandalisé des passants. Que ce bain de midi est revivifiant et rafraîchissant ! Ma hardiesse permet même à quelques téméraires, touristes et locaux, de braver la « goule » de la timidité pour se déchausser et me rejoindre faire trempette. Cette image de communion réchauffe mon cœur et restera gravée dans ma mémoire, pas celle figée et froide sur un disque dur, mais dans cette cervelle chaude et vivante.
Le soleil sèche ma peau tandis que je me dirige tout simplement vers un lieu déserté des vacanciers, vers une embouchure raide où débute l’ascension du mont Misen. Les marches étroites se suivent sans relâche, la chaleur est asphyxiante, l’air rempli d’une humidité suffocante mais la beauté provocante du lieu m’empêche de rebrousser chemin ! La succession de blocs d’asphalte s’interrompt quand j’aperçois un chemin d’ombre illuminé par des statues de divinités ornées de tricots multicolores m’offrant un répit inespéré. Les larges feuilles remplies de chlorophylle diffusent un parfum doux et m’offrent une protection bienvenue face aux rayons solaires. Je poursuis mon calvaire bienheureux jusqu’à atteindre la vue spectaculaire du temple Daishô-In. C’est avec beaucoup d’humilité que je rentre dans ce lieu sous le regard de statues dorées. La pièce remplie de bâtons d’encens qui offrent une lumière tamisée et une odeur suave de Bois de santal. Quelques personnes sont présentes dans cette chambre, certaines entretiennent les lieux, d’autres se recueillent ou prient pour un mariage heureux. Complètement abasourdie, les sens en alerte, je ne parviens plus à distinguer si le bruit que je perçois est celui de la respiration de mes congénères ou celle des murs portants les autels de la sagesse.
Sorti du temple, il faut quelques secondes à mes yeux pour se réadapter à la lumière. C’est à ce moment précis que la baie d’Hiroshima m’offre une des plus belles vues qui m’aient été données de voir. Ma première pensée fut : « Alors c’est à ça que ressemble le Paradis ? » Mes yeux s’embuent quand le souvenir de mon papa resurgit. Il y a 50 ans, il était à cette même place. Je l’imagine à mes côtés, nos regards tournés dans la même direction. Je médite plusieurs minutes, je prie pour les gens que j’aime. Le soleil est à son apogée, il doit bien être 14 heures. J’entreprends la descente dans les pas de mes prédécesseurs pour retrouver la civilisation.
Dans le cœur de la cité, je cède aux sirènes d’un momiji-manjû, un gâteau en forme de sirop d’érable. Une professe prépare à la minute ces pâtisseries à partir de farine de sarrasin et de riz, qu’elle fourre à la pâte de haricots rouges ou de patates douces. L’entrée sucrée se réduit comme peau de chagrin alors que je déambule dans les ruelles étroites pour dégoter un lieu calme, d’une sérénité sans pareil et où une table discrète m’attend comme par enchantement. Le monachisme n’est pas la discipline en vigueur et j’accepte de me laisser porter par les recommandations du serveur. Aussitôt le bon de commande accroché au Kongo grill qui sert de fourneau, un septuagénaire sort de nulle part, fait voler : ustensiles de cuisine, légumes, oeufs et autres aromates. Il échenille les traces de gras et autres coquilles pour préparer un Okonomiyaki, plat local par excellence.
Rassasié et réhydraté par les nombreux verres d’eau glacée servis en abondance, j’entreprends la poursuite de mon exploration de l’île avant de reprendre le Ferry. Des melonnières, des haridelles, des nippes magistrales, des éclopés, recouverts d’une guimpe en serge trempée par l’effort, acharnés à travailler les vaigrages m’étaient donné à voir. Le soleil commence à se coucher et fait raviver les couleurs de l’automne des feuilles du parc Momiji-dani. Ces feuilles pourpres, brunes et jaune or me raccompagnent jusqu’au jambage qui mène au ferry. L’accueil est occupé par une poissarde à l’allure de notaire qui biffe mon billet après m’avoir rabroué, « Trop lent vous, ç’a été moins une ! ».
Me revoici à la pointe du Bateau, la Mère vocale de la nature m’offre une vue imprenable sur le soleil rouge qui se couche sereinement pour laisser les étoiles nous guider vers de nouveaux horizons.

Johnny Delort-Dedieu

Enroulée dans une sorte de grand humier, Cosette mange sans appétit son fricot, le dos calé au vaigrage. Sa sabretach est à jamais vide. Pour conjurer ce destin qui la rabroue, elle caresse sa joue avec le plume d’un shako et rêve d’être de ces chevau-légers hanovriens portant haut le byscaien et le colback à flamme pour faire rougir d’émoi les poissardes que les vivandiers et autres tabellion forcent au jambage tout en en parlant avec scandale. Quel bonheur serait pour cette pauvre haridelle, confinée dans son galetas depuis que des mères vocales au monachisme désuet ont abusé de la discipline pour écheniller, la laissant éclopée, la jambe gauche plus raide encore qu’un cippe sépulcral, le sexe meurtri comme s’il avait avalé pêle-mêle le contenu d’une giberne à grenade et toutes les statues en bois de sainte Anne décorant le couvant ! Elles ne lui ont laissé qu’une robe de serge, elle qui adore porter le dolman, biffant toute possibilité de plaire à ces femmes à joli vaigrage dont la guimbe contient à peine la poitrine saillante comme une poulaine et les sabords qui donnent envie de se faire gabier. Quand le gargotier qui l’héberge la met en cuisine tant elle est professe tourière, elle guette le passage des goules aux fesses enchâssées dans des buffleteries pour les faire rebondir comme des melonnières. Son esprit alors attrape le rallway et puise le linéament d’un quibus dont son désir suffit à soulever l’empointure. Doux songe pour au pauvresse violentée. Doux songe.
Cy Jung, 15 avril 2020.


Texte publié sur ce site le jeudi 30 avril 2020.

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Rappel

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