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Marcel Proust, Le côté de Guermandes



Cy Jung — Marcel Proust, Le Côté de Guermandes

Les mots et les phrases de Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, tome 3, Le côté de Guermandes.

Après une longue interruption, je retrouve ces mots de Proust que j’avais notés lors de ma lecture du tome 3 de La recherche du temps perdu. Il s’agit d’en percer le sens, comme je l’avais fait pour les mots des tomes 1 (ici) et 2 (). Je ferai ensuite un Exercice, comme pour le tome 1 et d’autres lectures (lala).
Quant à Guermantes ? Je me suis un peu perdue (et ennuyée) dans la deuxième moitié dans ces réunions de salon si compliquées. j’ai souvent senti qu’il me manquait quelques clés pour mieux les appréhender. Ce n’est pas si grave ; la lecture de Proust m’apaise.

Voici donc ce que je peux dire de ces mots.

Bossuer
« Du reste, ayant dû au bout de deux jours aller chercher des vêtements oubliés dans celle que nous venions de quitter, tandis que j’avais encore, à la suite de l’emménagement, de la « température » et que, pareil à un boa qui vient d’avaler un bœuf, je me sentais péniblement bossué par un long bahut que ma vue avait à « digérer », Françoise, (…) »

Voilà une phrase un peu complexe. J’en ai repris le début pour situer le contexte. Je m’intéresse à « bossué » et accessoirement à « ce long bahut », peut-être un meuble dont l’importance m’avait préalablement échappé.
« Bossuer » signifie tout simplement « cabosser », dans l’action de déformer plus que dans son résultat ; je m’en doutais un peu mais ignorait ce verbe qu’il n’est pas si aisé, à première vue, à utiliser. L’adjectif « bossué » est avéré par Le Grand Robert, « qui présente des bosses ». Plus surprenant encore, « se bossuer » ; l’exemple qui me vient serait « Je me suis bossuée au dernier cours de judo. »
À retenir !

Amarante
« (…) je les voyais, médiévales et bleues, un peu grosses, se détacher comme un nuage sur le nom amarante et légendaire, (…) »

Je connais les graines d’amarante, que je ne trouve pas terribles à cuisiner. Antidote me confirme qu’il s’agit bien d’une référence à la plante elle-même, dont le rouge pourpre produit ce nom de couleur. À vois les graines, je ne m’en serais pas doutée ; le photo sur l’article de Wikipédia lève tout doute.

Sabraque
« (…) montrait la calèche attelée en ayant l’air de dire : « Des beaux chevaux, hein ! » mais tout en murmurant : « Quelle vieille sabraque ! »

Le Grand Robert connaît « chabraque ou schabraque » qui en terme injurieux à l’intention d’une femme propose « sabraque » en variante (« Vieille sabraque ! »). Ah ! les termes injurieux à l’encontre des femmes… Celui-ci ne déroge pas au sexisme ordinaire en proposant comme définition de « Chabraque » « Femme, fille (laide, de mauvaise vie, étourdie, selon les régions). » Antidote, dans ce registre, en rajoute une couche avec « prostituée »…
Sinon, une « chabraque » est une « Housse en peau ou en tissu des chevaux de selle des hussards. » On voit bien où la société hétérosexiste loge les femmes…

En frac
« Il me fallait l’en dépouiller maintenant que je la voyais en train d’offrir des bonbons glacés à un gros monsieur en frac. »

Proust aurait-il inventé les Fonds régionaux d’art contemporain… C’est que m’inspire « frac ». Blague à part, à lire la définition, elle me revient puisqu’il s’agit d’un « habit de cérémonie » type queue de pie. Par contre j’ignorais la définition plus ancienne d’un vêtement d’homme serré à la taille, avec de longues manches et un collet droit. Comme les mignons d’Henri III. Cela m’y fait penser.

Préluder
« Je comprenais bien que ce qu’ils faisaient là n’était qu’un jeu, et que pour préluder aux actes de leur vie véritable (…) »

« Être le prélude de » ? Oui, c’est exactement cela, avec deux usages, un qui consiste à « marquer le début » (« préluder à »), le second en vocabulaire musical, qui consiste à exercer sa voix ou son instrument en jouant un prélude (intransitif).

Lifte
« Et ce rôle serait mis un jour dans la lifte de ses plus beaux, auprès de celui de Phèdre. »

Antidote me propose le verbe « lifter », « faire un lift » au tennis. Ce ne doit pas être cela. Le Grand Robert itou.
Et s’il s’agissait d’une coquille ? « Liste » irait bien.

Diaprer
« La toilette de ces deux femmes me semblait comme une matérialisation neigeuse ou diaprée de leur activité intérieure, (…) »

Quelle jolie formule ! « Diaprer » se rapporte à « orner », « parer » de couleurs chatoyantes. Je ne saurais conclure comment Proust voit l’activité intérieure de ces femmes, mais c’est joli !

Cinéraire
« Je marchai en suivant une longue galerie qui me fit successivement hommage de tout ce qu’elle avait à m’offrir si je n’avais pas sommeil, un fauteuil placé dans un coin, une épinette, sur une console un pot de faïence bleu rempli de cinéraires, et dans un cadre ancien le fantôme d’une dame d’autrefois aux cheveux poudrés mêlés de fleurs bleues et tenant à la main un bouquet d’œillets. »

« Cinéraire » est a priori adjectif (« qui renferme les cendres d’un mort ») mais se fait nom ici. Que feraient ces cendres-là, dans ce pot bleu, élément de décor comme un autre ? En d’autres circonstances, j’aurais percuté sans devoir me faire confirmer le sens par un dictionnaire, mais là… Sans doute que l’époque ou la société entretenait un autre rapport à la mort que celui que je conçois. Je ne m’imagine pas décorer mon intérieur d’une urne funéraire. Vraiment pas.
Mais voilà que je me trompe. Je suis restée sur Antidote et le Grand Robert me donne la solution. En nom, les cinéraires sont des plantes aux feuilles cendrées. Ouf !

Tuf
« C’est à quoi peuvent, dans une certaine mesure, nous servir une grande fatigue que suit une bonne nuit. Celles-là, pour nous faire descendre dans les galeries les plus souterraines du sommeil, où aucun reflet de la veille, aucune lueur de mémoire n’éclairent plus le monologue intérieur, si tant est que lui-même n’y cesse pas, retournent si bien le sol et le tuf de notre corps qu’elles nous font retrouver, là où nos muscles plongent et tordent leurs ramifications et aspirent la vie nouvelle, le jardin où nous avons été enfant. »

Le « tuf » est une roche calcaire pulvérulente (à l’état de poudre ou que l’on réduire facilement à l’état de poudre). Mais c’est sa définition figurative auquel renvoie très certainement Proust « Élément originel que l’on découvre en profondeur » (Le Grand Robert). C’est ce que je nomme en général « tréfonds » ignorant jusqu’à présent le « tuf ».

Cy Jung — Bulletin rose (broché)« D’où venait alors cette charge électrique qui circulait encore au tréfonds de ses chairs ? »
Bulletin rose, Éditions gaies et lesbiennes, 2006.
Époilant
« Il n’avait pas de gilet blanc, mais mauve avec des espèces de palmes, époilant ! »

J’ignorais totalement cette version de « poilant » ou « au poil » avec un sens de « étonnant, surprenant ». C’est époilant, non ?

Grenu
« Le vent grandissait. Il était tout hérissé et grenu d’une approche de neige ; (…) »

Ce qui est un chouia dépitant, dans l’exercice auquel je m’adonne, c’est qu’une fois trouvée la définition, il n’est pas rare que son évidence me mette cruellement face à mon ignorance. Dans le cas de « grenu », l’adjectif renvoie à l’idée de grain, aspérités. J’aurais sans doute mieux percuté s’il s’était agi d’une roche. Mais c’est Proust que je lis ; un vent « hérissé et grenu d’une approche de neige » ; forcément.

Coudoyer
« (…) la duchesse de Guermantes mêlât à la vie publique des moments de sa vie secrète, se montrant ainsi à chacun, mystérieuse, coudoyée de tous, avec la splendide gratuité des grands chefs-d’œuvre. »

Le verbe « coudoyer », construit sur « coude », indiquait anciennement le fait de heurter quelqu’un du coude. De là à ce qu’il renvoie à « marcher coude à coude », puis à « être en contact », il n’y a qu’un pas que l’évolution du vocabulaire à tant l’habitude de franchir. L’usage impersonnel est fréquent, le Grand Robert en donnant quelques exemples, notamment dans le sens de « aller de pair avec ».
Cy Jung — Mathilde, je l'ai rencontrée dans un train Cy Jung — Un roman d'amour, enfinOn peut également « se coudoyer » au sens de « être côte à côte » ou faire cause commune (figuratif), voire « se coudoyer avec quelqu’un ». Je vais tâcher de m’en souvenir. J’aime bien l’idée d’un « Coudoyons ! » pour inviter quelqu’une à partager une marche, en référence à l’explicit de Mathilde, incipit de Un roman d’amour, enfin.

Abréviatif (nom)
« Mais la nouvelle Parisienne, usant, comme une élégante, d’abréviatifs, mais vulgaires, disait que la semaine qu’elle devrait aller passer à Combray lui semblerait bien longue sans avoir seulement L’Intran. »

« Qui sert à abréger »… évident. Mais je ne comprends pas la phrase avec ce sens-là, sans doute parce que l’adjectif que je connais n’équivaut pas au nom utilisé ici. Mes dictionnaires ne connaissent également que l’adjectif ; seul le TLF fait référence au nom sans en dire plus.
Je suis dans une impasse. Si vous savez, écrivez-moi !

Sectateur
« D’ailleurs, dernière sectatrice en qui survécût obscurément la doctrine de ma tante Léonie touchant la physique, Françoise ajoutait en parlant de ce temps hors de saison : « C’est le restant de la colère de Dieu ! »

J’ignorais tout à fait qu’un « sectateur » est un membre de secte, féminin « sectatrice ».

Pythique
« (…) tu sais, elle dit des choses qu’on peut approfondir indéfiniment, elle a vraiment quelque chose de pythique ! »

L’adjectif se rapporte à Apollon. Ma culture mythologique est telle que cela ne m’évoque rien du tout, à part une certaine beauté ? Je ne sais pas.

Sylphe
« Le danseur tourna la tête vers elle, et sa personne humaine apparaissait sous le sylphe qu’il s’exerçait à être, (…) »

On reste dans la mythologie pour ce « génie masculin de l’air » ; une sorte de covid ? Misère…

Redoute
« Si petite que je fusse, je me rappelle encore le roi priant mon grand-père d’inviter M. Decazes à une redoute où mon père devait danser avec la duchesse de Berry. »

Il s’agit du lieu où se tient un bal, ou le bal lui-même. Étrange. Plus anciennement, c’était un élément de fortification ou un radeau armé.
Si j’extrapole un peu les éléments de définition proposés par le TLF, on part de la « redoute », fortification ; on passe par un sens figuratif où les « redoutes » est une superposition de vêtements dont d’une femme galante se pare pour se protéger des assauts masculins, atours qu’il faudra lever comme une fortification pour atteindre le corps de la dame… et on arrive à la salle de bal où les femmes ont intérêt à sacrément se protéger. Belle histoire de langue que voilà !

Pers
« Il avait même proposé en plus une tragédienne aux yeux pers, belle comme Héra (…) »

La définition est facile à trouver. Il s’agit de la couleur bleu-vert. Je laisse la recherche car ces mots vont servir à un exercice. c’est toujours mieux d’avoir un peu de matière.

Palinodie
« Donc lui donner ma voix serait de ma part une sorte de palinodie. »

Du côté de Guermandes se situe en pleine affaire Dreyfus, ce qui donne une dimension supplémentaire à ce tome. Le héros est dreyfusard là où la société qu’il fréquente est plutôt antidreyfusard par antisémitisme assumé. La « palinodie » est le fait de changer d’opinion. En littérature il s’agit d’écrire une pièce pour démentir une que l’on a précédemment écrite. Cela m’arrive souvent ! Au moins, mes revirements portent désormais un nom.

Faire à l’oseille
« Mais enfin il ne faut tout de même pas nous la faire à l’oseille, (…) »

Je reproduis la définition du Grand Robert, pour le plaisir du verbe « accroire », dont je parle  : « (1860). Loc. Fig. et pop. Le faire (ou la faire) à l’oseille à quelqu’un, essayer de lui en faire accroire. »

Pronunciamiento
« La France, Dieu merci, n’est pas une république sud-américaine et le besoin ne se fait pas sentir d’un général de pronunciamiento. »

Quand je pense que j’ai fait huit ans d’études supérieures en droit public et sciences politiques et que je ne connais pas « pronunciamiento », un « Coup d’État organisé par l’armée » ; à croire que je dormais en cours…

Phaéton
« (…) il m’envoya un bel herbier en souvenir d’une promenade que nous avions été faire en phaéton au Val Richer et où je m’étais endormie sur ses genoux.

Il s’agit d’une voiture (à cheval) haute sur roue à l’instar de l’oiseau palmipède éponyme qui est haut sur pattes. Je suis allée chercher une image ; une marque de voiture a nommé ainsi un de ses modèles, une grosse berline qui rase la route. Le « phaéton » de Proust apparaît quand même parmi les photos ; bel engin !
Quant à l’oiseau, pour le trouver, il faut ajouter « palmipède » dans le moteur de recherche. Ce « phaéton » serait-il le symbole de notre monde qui ignore la nature et fait de la comm’ commerciale avec des références qui ne colle pas à la réalité du produit ? Je trouve.

Truqueur
« Du moins, lui c’est un homme, ce n’est pas un de ces efféminés comme on en rencontre tant aujourd’hui, qui ont l’air de petits truqueurs et qui mèneront peut-être demain à l’échafaud leurs innocentes victimes. »

Cette phrase de Proust aurait-elle passé aujourd’hui la censure réactionnaire de certaines associations de lutte contre l’homophobie ? Elle prouve, en la personne même de l’auteur, l’absurde de ces militants qui traquent le moindre propos en ignorant la nature même de l’œuvre.
Ah ! j’oubliais. Le « truquer » en question est un prostitué de sexe masculin. Mais chacun l’aura compris.

Magnésie
« (…) faites-leur croire que vous avez mis de la magnésie dans leur potage, ils seront pris de coliques (…) »

Je me doutais bien que cela avait un rapport avec le magnésium qui a des effets laxatifs reconnus. Pour cet effet-là, il s’agit d’« oxyde ou hydroxyde » de magnésium. En poudre pour assécher les mains des sportifs (comme les haltérophile ou lanceur de poids, javelots, etc.), il s’agit de « carbonate » de magnésium. Voici pour la chimie.
Quant à l’allusion de l’effet placebo, elle est amusante.

Vésanie, Urénie et Catarrhe
« Mais naturellement, madame, on ne peut pas avoir, pardonnez-moi le mot, toutes les vésanies, vous en avez d’autres, vous n’avez pas celle-là. »

C’est de la folie !
— Quoi ?
La « vésanie », pardi !
— Bigre.
Le terme est apparu au XVe, a disparu, est revenu et le TLF propose cette même citation de Proust !
— Ce n’est pas rien !
Pas rien. « Vésanie » est emprunté au latin « vesania », « insensé, forcené, fou, furieux ».
— Et c’est tout ?
Quoi de plus ?
— Urénie ?

« (…) le petit déchirement ou encombrement d’un vaisseau qu’avait produit l’urémie avait sans doute été très léger. »

Une simple « augmentation du taux d’urée dans le sang ».
— C’est grave ?
Qui sait ? On a « catarrhe » aussi.

« Chacun de nous eut son catarrhe. »


— De quoi s’agit-il ?
D’une « Inflammation des muqueuses accompagnée d’hypersécrétion ».
— Vous avez eu ça ?
Non, jamais. Mais le jeune Marcel est si fragile…

Voix de basse-taille
« On le « trouvait » toujours dans les circonstances graves, et il était si assidu auprès des mourants que les familles, prétendant qu’il était délicat de santé, malgré son apparence robuste, sa voix de basse-taille et sa barbe de sapeur, le conjuraient toujours avec les périphrases d’usage de ne pas venir à l’enterrement. »

Il ne s’agit pas d’une forme particulière de parler à voix basse, mais d’une voix de chanteur, entre le baryton et la basse.

Douer
« Aux yeux de Mme G*** elle doua Mme de Villebon d’un prestige (…) »

Simplement « doter », mais pas si simplement en fait. Il s’agit d’abord de « Pourvoir (qqn) d’un douaire. » (un droit de l’épouse survivante sur les biens de son mari) qui se transforme en « pourvoir de qualités, d’avantages » et finit par donner l’adjectif « doué (de) », qui a des dons. J’aime bien ce genre de logique lexicale.

Fuligineux
« Pour en revenir à l’antipathie qui animait les Courvoisier contre la duchesse de Guermantes, les premiers auraient pu avoir la consolation de la plaindre tant qu’elle fut jeune fille, car elle était alors peu fortunée. Malheureusement, de tout temps, une sorte d’émanation fuligineuse et sui generis enfouissait, dérobait aux yeux, la richesse des Courvoisier qui, si grande qu’elle fût, demeurait obscure. »

« Qui a un caractère confus, obscur » (figuratif)… comme cette phrase autant que son émanation.

Acide phénique (phonique)
« (…) puis il était protégé par sa vulgarité, enfin chez lui il ne recevait que la Faculté, dans des agapes sur lesquelles flottait une odeur d’acide phénique.  »

Savoir que ledit acide est du phénol ne présente aucun intérêt ; par contre, j’ai cherché un peu avant de remarquer que j’avais fait une erreur de retranscription ayant écrit « acide phonique ». Je n’en trouvais bien sûr pas la définition mais on peut imaginer quelqu’un qui aurait des propos si acides que sa bouche en produirait l’odeur quand ce quelqu’un parle ?
J’aime bien.

Empesé
« Il recherchait, feignait d’estimer, mais méprisait les situations politiques, et comme il restait pour lui-même M. de Guermantes, elles ne mettaient pas autour de sa personne cet empesé des grands emplois qui rend d’autres inabordables. »

Qui connaît l’« empois » ? Il s’agit d’une colle obtenue avec de l’amidon ; « empeser », c’est donc « amidonner ». En adjectif figuratif, le sens s’impose. Le Grand Robert m’amène pourtant à une question subsidiaire « Qui a quelque chose de raide et de compassé dans l’attitude, les manières. » ; « compassé » ? Cela vient du compas et renvoie à des idées de mesure, de règle ; en adjectif figuratif, on arrive à affecté, « Réglé trop rigoureusement, sans rien de libre, de simple, de spontané. »
Mais que ferions-nous sans le figuratif ?

Se faire un scrupule
« Je me fis un scrupule, bien vain, d’insister sur le fait qu’il y avait erreur, que je ne connaissais pas Mme de Chaussegros. »

« Hésiter », forcément. Mais l’expression (avérée par Antidote) est jolie.

Yquems
« (…) tout en buvant un des yquems que recelaient les caves des Guermantes, (…) »

Les amateurs de vin seront surpris que je ne connaisse pas le château Yquems ; je n’ai jamais bu de vin et ne connais de toute façon que les bourgognes, mon grand-père ayant été représentant en vins de ma région natale. Cela dit, je suis surprise de l’usage du pluriel par Proust, non qu’il me surprenne de boire plusieurs verres de Yquems : on boit « des coups », « des verres (de) » mais « un aligoté », « du Nuit Saint-Georges », et si l’ont boit « des bourgognes » ce serait plus pour dire que l’on boit plusieurs appellations différentes. Non ?

Manducation
« Cependant, pour qui s’était déjà assis plus d’une fois à la table mystique, la manducation de ces derniers n’était pas indispensable. »

La « manducation » est l’action de manger. Bigre. De « mandibule », je suppose. Le Grand Robert, en plus de ce mot, m’apprend qu’il signifie aussi « Action de recevoir le corps du Christ sous forte d’hostie. » Cela ne se laisse pas fondre dans la bouche, une hostie ? Il paraît (je ne sais pas, je ne suis pas catholique et n’ai donc jamais communié) mais la manducation, elle, ne se réduit pas à mâcher. À ne pas confondre avec la mastication, donc ; l’hostie me le rappellera.

Extinctor draconis latrator Anubis
«  — Ah ! extinctor draconis latrator Anubis, dit Swann. »

Je vais devoir terminer cet article sur une énigme. Je pensais trouver là une citation latine ; il semble qu’il s’agisse d’une création de Proust, très commentée sur des sites et blogues américains. Je ne lis pas plus l’anglais que le latin. Si vous souhaitez m’éclairer, sur ce point ou d’autres, vous pouvez m’écrire, ici.

Information publiée le dimanche 24 mai 2020.

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