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On-ne-sait-où, je-ne-sais-quoi



Cy Jung — LexCy !que) — On-ne-sait-où, je-ne-sais-quoi

Ma phrase [*] : Sa mère lui avait indiqué que cela prendrait le temps qu’il faudrait, que cela dépendrait d’elle, de sa capacité à renoncer à ces penchants qui lui viennent d’on-ne-sait-où mais certainement pas de leur famille.

Je suis souvent confrontée à la construction (ou non) de mots avec des traits d’union, comme dans cette phrase : je pourrais écrire en quatre mots « on ne sait où » (ce que me conseille Antidote) ; mais j’ai envie d’un « on-ne-sait-où » sorte de substantif qui me semble avoir plus de force ainsi combiné qu’en mode mot à mot. Pour faire cet article, je commence à le chercher dans Antidote ; il n’y est pas mais on me propose « on ne sait quoi » (sans traits d’union, synonyme de « je-ne-sais-quoi » avec des traits d’union en option.
D’emblée, il me semble que les traits d’union permettent de « substantiver » une expression. Antidote propose d’ailleurs des exemples où « je-ne-sais-quoi » est précédé d’un pronom. Mais alors, pourquoi pas pour « on ne sait quoi » avec des tirets ? J’adore ce genre de question. Mon seul souci est : où chercher la réponse ?

Je me retourne vers le Grand Robert qui fait de « je-ne-sais-quoi » avec ou sans trait d’union un nom invariable et me rappelle au passage l’existence de « presque-rien ». Il ne connaît pas « on-ne-sait-où ». Je me tourne vers le Grevisse qui propose un [§80] « Nominalisation d’un syntagme ou d’une phrase ». Au vu du « a) Syntagmes » qui fait été de mots simples comme « après-midi » ou « sans-culotte », je m’en vais raviver (euphémisme) ma définition de syntagme : « Groupe de mots constituant une unité syntaxique ». Effectivement, c’est clair, voire évident, que le trait d’union, dans ces cas, s’impose.
Je passe sur les nombreuses formes de nominalisation de syntagmes et en arrive au « b) Phrases ». Je n’avais jamais songé que « laissez-passer » fut à l’origine une phrase mais le lire me le rend évident. Grevisse en vient enfin aux phrases composées d’un sujet, d’un verbe (conjugué) et éventuellement d’un complément. Cette vénérable grammaire signale ici « sot-l’y-laisse » et « on-dit » ; logique.
Pour « je-ne-sais-quoi », elle indique que l’Académie préfère sans traits d’union, donne d’autres exemples mais ne me dit pas s’il existe une règle de nominalisation de ces phrases.

Plus loin, je trouve un [§379] « Sous-phrases incidentes s’intégrant à la phrase » où mon « on-ne-sait-où » figure. Aucune de ces « sous-phrases incidentes », bien que considérées par Grévisse comme ayant « perdu leur forme verbale », ne prend de trait d’union. On y trouve « n’importe quoi », « n’importe qui » ou encore « on ne sait comment »… Et dans aucun de ces cas, je n’aurais en effet mis de traits d’union.
J’en conclus que je fais un peu ce que je veux au sens où le mot à mot sans traits d’union semble le plus usité mais que l’on peut renforcer l’effet de nominalisation par les traits d’union sans que cela ne soit fautif. C’est ce que je voulais dans ma phrase. Je la laisse telle quelle.

Note. J’ai fait un article « Grand-mère » en octobre 2010 qui apporte quelques compléments, ici.


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[*Phrase extraite de « [#81] La fille qui cherche un autre truc (V-01) », nouvelle en [e-criture], 4 novembre 2019.


Information publiée le mardi 23 juin 2020.

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